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Kristina Hooper | 18 septembre 2018

Survol des élections dans le monde

Les prochains mois seront d’une importance capitale pour plusieurs pays où se tiendront des élections qui pourraient altérer passablement leur leadership ou renforcer le statu quo. Dans ce blogue, je vous donne un aperçu des choix auxquels sont confrontés le Japon, le Brésil et les États-Unis.

Japon : Est-ce le début d’une « nouvelle ère »?

Le 20 septembre, le parti libéral démocrate (PLD) du Japon tiendra une course à la chefferie. C’est une élection de facto pour le poste de premier ministre, puisque le PLD détient la majorité des sièges à la Diète nationale, parlement japonais. Il n’y aura probablement pas de surprise de ce côté, car le premier ministre Shinzo Abe devrait remporter haut la main un troisième mandat.

Il sera intéressant de voir ce que M. Abe fera s’il remporte un troisième mandat. Lorsque M. Abe a pris le pouvoir au début de 2013, il a instauré la stratégie des « trois flèches » pour relancer l’économie japonaise : la première flèche vise la relance monétaire, la deuxième cible la relance budgétaire et la troisième s’attaque à la réforme structurelle. Je crois que M. Abe a visé juste avec sa première flèche en instaurant des mesures de relance monétaire sans précédent, à savoir des achats d’actifs à grande échelle par la Banque du Japon. Jusqu’à un certain point, il a également touché la cible avec ses mesures de relance budgétaire. Ces deux flèches ont contribué à stimuler la croissance économique du Japon. Enfin, les réformes structurelles sont entamées, mais il reste encore énormément de travail à faire.

S’il remporte un troisième mandat, M. Abe battra un record de longévité au poste de premier ministre du Japon. Je m’attends à ce qu’il continue de travailler sur sa stratégie des trois flèches, en particulier sur les réformes structurelles. M. Abe a de nouveaux projets ambitieux pour le Japon et veut amener le pays dans une « nouvelle ère », et je ne pense pas que ce soit une hyperbole.

M. Abe aimerait réviser la constitution du Japon, qui remonte à 1947, après la défaite du pays à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, alors que, sans surprise, le Japon a renoncé à se constituer des forces armées et à avoir recours à la guerre pour régler ses conflits. M. Abe aimerait apporter un changement important qui permettrait au Japon de se doter de forces armées, afin de refléter le nouvel ordre mondial qui prévaut depuis plusieurs années. Les changements d’administrations présidentielles aux États-Unis ont de toute évidence secoué le Japon, car l’Administration actuelle a remis en question ses engagements envers ses alliés. En particulier, le Japon craint que les États-Unis en viennent à conclure un accord nucléaire avec la Corée du Nord qui protégerait les intérêts des États-Unis, mais pas ceux du Japon, si bien que le Japon se retrouverait sans défense, puisqu’il n’a pas de forces armées.

Je m’attends aussi à ce que M. Abe repousse les États-Unis dans son troisième mandat si les Américains se lancent dans une guerre tarifaire contre le Japon. Bien que M. Abe entretienne des relations cordiales avec le président américain Donald Trump, il a agi de façon indépendante en matière de commerce en demeurant dans le Partenariat transpacifique, malgré le retrait des États-Unis.

Par conséquent, bien que cette élection soit un fait accompli, elle revêt tout de même une certaine importance, car elle laisse présager une évolution vers un nouvel ordre mondial sur le plan de la politique étrangère et une plus forte probabilité de différends commerciaux.

Brésil : Le « Donald Trump brésilien » va-t-il l’emporter?

Les Brésiliens iront aux urnes le 7 octobre prochain pour élire un nouveau président (si aucun candidat n’obtient 50 % des suffrages au premier tour de scrutin, un scrutin de ballottage aura lieu le 28 octobre). L’économie du Brésil enregistre peut-être une faible croissance, mais son gouvernement demeure aux prises avec les allégations de corruption qui pèsent sur ses dirigeants, y compris les ex-présidents Dilma Rousseff et Luiz Inacio Lula da Silva (communément appelé « Lula »).

Parmi les innombrables candidats de gauche, de droite et de centre et les diverses réformes proposées, Jair Bolsonaro est devenu le candidat le plus populaire et sa popularité n’a fait qu’augmenter depuis qu’il a été poignardé récemment. M. Bolsonaro est un populiste de droite et il est tellement connu pour ses opinions nationalistes qu’il a mérité le surnom de Donald Trump brésilien. Si M. Bolsonaro est porté au pouvoir, je m’attends à ce que le Brésil s’éloigne de la mondialisation en matière de politique étrangère et de commerce extérieur. (À l’heure actuelle, les électeurs semblent faire abstraction de Geraldo Alckmin, candidat centriste favorable au libre-échange et véritable réformiste qui, à mon avis, pourrait jouer un rôle plus positif pour l’économie du pays.)

États-Unis : Les républicains vont-ils perdre le contrôle de la Chambre?

Les élections de mi-mandat se tiendront le 6 novembre prochain aux États-Unis. Les Américains n’éliront pas un président, mais leurs décisions aux urnes pourraient avoir un impact sur l’Administration en poste. Pour le moment, on s’attend à ce que la Chambre des représentants, chambre basse du Congrès, passe aux mains du Parti démocrate, et à ce que le Parti républicain conserve sa majorité au Sénat et il se pourrait même que sa majorité augmente. Si tel est le cas, je crois que la majorité des candidats nommés par le président seront sélectionnés, puisque ces nominations reviennent au Sénat (qui est souvent qualifié de Service du personnel). Cependant, en pareilles circonstances, il se peut aussi que la Chambre des représentants ouvre un certain nombre d’enquêtes sur l’Administration Trump.

Ces enquêtes pourraient distraire l’Administration de son ordre du jour politique. Cependant, je crois qu’il importe de noter que les États-Unis ont déjà récolté les fruits de ce programme en faveur de la croissance, compte tenu de la déréglementation et l’ensemble des réformes fiscales. Les autres volets du programme, comme les politiques commerciales, ne favorisent pas autant la croissance, alors ce ne serait pas une si mauvaise idée, selon moi, de scruter les pouvoirs de l’Administration. De plus, si le Parti démocrate reprend le contrôle de la Chambre, les sénateurs républicains pro-croissance vont peut-être trouver le courage de remettre en cause la position de l’Administration Trump en matière de commerce, même s’ils craignent que cela nuise à leur popularité.

Évidemment, il se peut fort bien que les républicains gardent le contrôle des deux chambres du Congrès. Cela voudrait dire que la situation qui a prévalu en 2018 va probablement perdurer, surtout si les républicains gagnent des sièges au Sénat et obtiennent une majorité plus confortable. Si tel est le cas, certaines dispositions clés de la réforme fiscale pourraient devenir permanentes (à l’heure actuelle, elles font l’objet d’une clause crépusculaire). Par contre, il est très peu probable qu’on assiste à un balayage du Parti démocrate à la Chambre des représentants et au Sénat. Si cela se produisait, on pourrait assister à l’adoption d’un projet de loi sur des dépenses considérables en infrastructures, point à l’ordre du jour de l’Administration, mais qui serait probablement bloqué par un Congrès républicain, qui est préoccupé par l’accroissement du déficit. Selon une étude du Congressional Budget Office, les dépenses en infrastructures ont toujours eu un effet multiplicateur élevé, ce qui signifie qu’elles peuvent être très stimulantes pour l’économie. De plus, de judicieuses dépenses en infrastructures peuvent constituer un investissement en capital dans l’avenir de l’économie. On n’a qu’à penser aux infrastructures issues de la WPA (Works Progress Administration) dans les années 30, comme l’aéroport LaGuardia à New York ou les autoroutes construites dans les années 50 à même les fonds fédéraux; ces infrastructures ont facilité le commerce pendant des décennies. Cependant, la majorité des points à l’ordre du jour de l’Administration pourraient se retrouver dans une impasse.

Points importants à retenir

Quand on pense aux retombées des élections, il importe de se rappeler du célèbre adage du « père de l’investissement de valeur » Benjamin Graham, qui disait : « À court terme, le marché se comporte comme une machine à voter, mais à long terme, il se comporte plutôt comme une machine à peser ». Autrement dit, les investisseurs qui ont un horizon temporel suffisamment long ne devraient pas se préoccuper des fluctuations à court terme des marchés boursiers parce qu’elles ne reflètent pas les caractéristiques fondamentales.

En réalité, la majorité des événements politiques n’ont pas d’incidence majeure sur les caractéristiques fondamentales des marchés boursiers. Évidemment, il y a des exceptions, comme l’intensification des mesures protectionnistes, qui risquent de nuire aux dépenses de consommation et aux bénéfices des sociétés. Or, ces situations sont très difficiles à prévoir, parce qu’il y a tellement de scénarios possibles. Par conséquent, je crois que les investisseurs qui ont un long horizon temporel devraient continuer de miser sur un portefeuille largement diversifié. Ils pourraient investir à la fois dans des actions, des obligations et des catégories d’actif alternatives et diversifier considérablement leurs placements dans ces trois catégories d’actif.

La faillite de Lehman : Dix ans plus tard

Samedi marquait le 10e anniversaire de la faillite de Lehman Brothers, événement déterminant dans le déroulement de la crise financière mondiale. À mon avis, cet événement historique mérite qu’on s’y attarde. Au lendemain de cette crise, les États-Unis ont adopté un certain nombre de règlements visant à éviter qu’une telle crise se produise à nouveau. On n’a qu’à penser aux réformes dans le domaine des hypothèques (rappelez vous que le marché de l’habitation était à l’épicentre de la crise aux États-Unis), qui, selon moi, ont permis d’endiguer la crise et vont probablement prévenir une autre bulle immobilière semblable, suivie d’une récession.

Habituellement, je défends avec ardeur les bonnes réformes. À mon sens, le parfait exemple de bonnes réformes sont celles qui ont été adoptées dans la foulée de la crise monétaire asiatique, car elles ont énormément aidé à prévenir d’autres crises. Par contre, je pense que certaines des réformes adoptées au lendemain de la crise financière mondiale pourraient nous rendre plus vulnérables à une autre crise. Par exemple, la règle Volcker, adoptée dans le cadre des réformes Dodd Frank pour empêcher les banques de spéculer sur les marchés, pourrait accroître les probabilités d’une crise, car elle a éliminé d’importants intervenants des marchés, ce qui les rend moins liquides.

De plus, les États-Unis ne disposent pas de plusieurs outils budgétaires ou monétaires pour lutter contre une autre crise semblable. Compte tenu du niveau élevé d’endettement du gouvernement, le Congrès pourrait se montrer hésitant à dépenser massivement pour stimuler l’économie américaine en cas de crise. Par ailleurs, la Réserve fédérale américaine (Fed) vient tout juste d’amorcer la normalisation de sa politique monétaire, ce qui lui laisse très peu de « munitions » pour s’attaquer à une nouvelle crise. La Fed a un énorme bilan après trois phases d’assouplissement quantitatif et, bien qu’elle ait commencé à réduire son bilan, il demeure incroyablement gonflé; il est beaucoup plus gros qu’il y a une décennie, au début de la crise financière mondiale.

On ignore dans quelle mesure la Fed serait disposée à alourdir son bilan si une nouvelle crise éclatait. Qui plus est, bien que la Fed ait procédé à sept hausses de taux (et il y en aura fort probablement une autre en septembre), le taux des fonds fédéraux est encore relativement bas et il y a une limite au nombre de baisses de taux que la Fed pourra instaurer pour stimuler l’économie en cas de crise. (En comparaison, le taux des fonds fédéraux était supérieur à 5 % au début de 2007,1 ce qui donnait à la Fed beaucoup plus de marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt et combattre la crise.) Selon moi, la situation est encore pire pour les banques centrales qui viennent tout juste de commencer à normaliser leur politique monétaire, ou qui n’ont pas encore commencé. Même si la prochaine crise n’est pas pour demain la veille, il n’est jamais trop tôt pour réfléchir aux armes à utiliser pour lutter le moment venu.

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1 Source : Bloomberg, L.P.

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Comme pour tous les placements, les rendements fluctueront. Il est possible de perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 17 septembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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