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Kristina Hooper | 31 août 2017

Survol des marchés : Les banquiers centraux n’ont pas abordé les grands enjeux

La semaine dernière, nous avons assisté à l’événement sans contredit le plus important du calendrier de la politique monétaire, alors que les banquiers centraux et les économistes du monde entier ont convergé à Jackson Hole (Wyoming) pour participer au symposium annuel sur la politique économique de la Fed de Kansas City. Deux des plus puissants banquiers centraux, à savoir la présidente du conseil de la Réserve fédérale américaine Janet Yellen et le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, ont livré des allocutions d’une importance capitale, mais ni l’un ni l’autre n’a abordé les grands enjeux économiques qui hantent les investisseurs.

Dans le cas des États-Unis, la présidente Janet Yellen n’a pas parlé de la normalisation du bilan ni de la faible inflation qui perdure. Du côté de l’UE, le président Mario Draghi n’a donné aucune précision sur le retrait graduel du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE et n’a pas exprimé son intention de freiner l’appréciation de l’euro. Les deux ont plutôt profité de la tribune de Jackson Hole pour décrier certaines des tendances les plus puissantes qui se propagent dans le monde entier : la démondialisation et la déréglementation.

L’allocution de Mme Yellen : Défendre la réglementation

Dans son allocution, Mme Yellen a défendu la réforme réglementaire. Elle s’est évertuée à expliquer que la réglementation plus sévère adoptée au lendemain de la crise financière mondiale a permis d’éviter une nouvelle crise. Elle a tout de même admis que la réglementation n’est pas parfaite et que certains aspects de la règle Volcker – qui vise à empêcher les banques de s’adonner à des activités de nature spéculative comme celles qui ont contribué à la crise financière mondiale – pourraient être modifiés pour accroître les liquidités. Elle a également reconnu qu’il y a place à une certaine déréglementation des plus petites banques, qui sont, de son propre aveu, assujetties à une réglementation inutilement complexe. Cependant, elle a précisé qu’il n’est pas question d’effectuer un retour en arrière en matière de réglementation : « Tout rajustement au cadre réglementaire, le cas échéant, sera mineur et devra préserver la résilience accrue des grandes maisons de courtage et des grandes banques en lien avec les réformes qui ont été mises de l’avant ces dernières années. »

L’allocution de M. Draghi : Promouvoir la productivité

Dans son discours à Jackson Hole, M. Draghi a souligné que la reprise économique mondiale s’accélère, mais que l’Europe et le Japon en sont encore aux premiers stades de la reprise, ce qui sous-entend que ces pays ont toujours besoin de mesures d’assouplissement monétaire. À mon avis, son allocution était beaucoup plus importante que celle de Mme Yellen, puisqu’il a abordé les sujets délicats de la démographie et de la productivité.

M.Draghi a prévenu qu’en l’absence d’un meilleur potentiel de croissance, la reprise cyclique dont de nombreux pays jouissent en ce moment pourrait se détériorer. Or, pour bénéficier d’un bon potentiel de croissance, il faut soit une croissance de la population, soit une productivité accrue. Comme les perspectives démographiques jouent contre les pays industrialisés, M. Draghi a clairement indiqué que « le fardeau d’accroître le potentiel de croissance repose nécessairement sur la productivité ». Il croit qu’il y a plusieurs moyens politiques d’accroître la productivité, y compris favoriser la concurrence, la recherche et le développement et en particulier le libre-échange.

Bref, M. Draghi a livré un plaidoyer passionné, et opportun, contre le protectionnisme, alors que les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain et le Brexit sont en cours. On peut comprendre que le libre-échange et la mondialisation soient contestés dans plusieurs régions du monde à l’heure actuelle, puisque les secteurs d’activité et les perspectives d’emploi ont changé au fil des ans. En particulier, certains pays se plaignent de pertes d’emplois dans certains secteurs d’activité, comme le secteur manufacturier. À mon avis, le fait que M. Draghi ait insisté sur le libre-échange montre à quel point il est préoccupé par la vague de démondialisation et son impact négatif potentiel et pour cause, car on se souviendra que le protectionnisme a exacerbé la grande dépression des années 30. La question est de savoir si les autres pays vont en tenir compte.

Fitch exprime ses craintes à l’égard du plafond de la dette publique américaine

Dans un autre ordre d’idées, l’agence d’évaluation du crédit Fitch Ratings a servi un avertissement aux États-Unis, car elle craint que le pays ne parvienne pas à relever le plafond de la dette publique à temps. Fitch a expliqué que si le plafond de la dette n’est pas relevé suffisamment longtemps avant que les États-Unis manquent de liquidités, elle va devoir réviser la cote de solvabilité du pays, « ce qui risque d’avoir des retombées négatives ». Fitch a ajouté que le simple fait de mettre l’accent sur le remboursement de la dette ne suffira probablement pas à protéger la cote de solvabilité du pays : « Nous avons déjà dit que prioriser le paiement du service de la dette par rapport aux autres obligations si le plafond de la dette n’est pas relevé, dans la mesure où cela est légal et techniquement possible, ne confère pas nécessairement le statut AAA ».

Je vous rappelle qu’au cours de l’été 2011, Standard & Poor’s a non seulement servi le même avertissement aux États-Unis, mais a abaissé sa note de AAA à AA après la date limite fixée par le Congrès, mais aussi après que celui-ci a approuvé le relèvement du plafond de la dette publique. L’avertissement de Fitch est un signal d’alarme qui montre que l’agence craint visiblement que le Congrès ne parviendra pas à relever le plafond de la dette à temps. Cela nous rappelle qu’un scénario similaire, une chute généralisée des cours boursiers, pourrait survenir si le Congrès est incapable de relever le plafond de la dette publique en temps opportun. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation, tandis que le Congrès se prépare à revenir de sa pause estivale.

Le Royaume-Uni fait état d’une croissance économique léthargique

Enfin, nous avons appris la semaine dernière que l’économie du Royaume-Uni a enregistré un taux de croissance très faible de 0,3 % au deuxième trimestre, ce qui équivaut à la moitié du taux de croissance de la zone euro. La faiblesse de la croissance est attribuable aux dépenses d’investissement des entreprises et aux dépenses des ménages. Cela sous-entend que l’incertitude en matière de politique économique étouffe les dépenses des entreprises et des consommateurs, ce qui n’a rien de surprenant, étant donné qu’il y a toujours eu une corrélation négative entre l’incertitude en matière de politique économique et les dépenses d’investissement des entreprises.

Qui plus est, la récente publication des énoncés de position du Royaume-Uni sur le Brexit ne semble pas avoir apaisé les craintes entourant l’incertitude. Le document douanier pourrait être qualifié d’« ambitieux ». En particulier, le fait que le Royaume-Uni s’attend à maintenir la même relation commerciale avec l’UE au cours de la période de transition semble irréaliste, d’autant plus que le Royaume-Uni souhaite profiter de la période de transition pour négocier des accords commerciaux avec d’autres pays. Étant donné que l’article 50 a été invoqué en mars, le Royaume-Uni n’a que deux ans pour négocier cette sortie complexe et ses relations futures avec l’UE; il court donc le risque de se retrouver devant rien s’il ne parvient pas à conclure une entente post-Brexit.

Éléments à retenir pour les épargnants

Vous vous souvenez peut-être que l’un des principaux thèmes que j’ai abordés cette année est celui de la perturbation et, Dieu sait que les risques géopolitiques peuvent provoquer des perturbations. À leur tour, les perturbations peuvent attiser la volatilité et exercer des pressions sur le cours des actifs. Je crois que les épargnants devraient envisager la possibilité d’investir dans des stratégies de placement alternatives qui peuvent prendre des positions vendeur et profiter de la baisse de la valeur d’un actif. Ces stratégies peuvent parfois dégager des rendements positifs lors des replis boursiers, ce qui signifie qu’elles peuvent aider à contrebalancer les pertes subies par les autres actifs du portefeuille de l’épargnant. Une stratégie d’arbitrage quantitatif est particulièrement utile pour atteindre cet objectif. En outre, plusieurs types de stratégies de placement alternatives, comme celles qui investissent dans des devises, des marchandises et dans l’immobilier, ont toujours été faiblement corrélées aux actions et aux obligations traditionnelles, ce qui pourrait contribuer à réduire la volatilité de l’ensemble du portefeuille, mesurée par l’écart-type.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 28 août 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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