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Kristina Hooper | 2 août 2017

Survol des marches : L’été des cent coupures de papier

Les employés de bureau sont confrontés à certains types de risques professionnels, le plus redouté étant sans doute la coupure de papier. Bien qu’elle ne soit pas dangereuse en soi, la coupure de papier varie de quasi indolore à agaçante, voire à légèrement douloureuse. La bonne nouvelle est qu’on se coupe rarement plus d’une fois au même moment. Qu’arriverait-il si on se coupait avec du papier plus d’une centaine de fois en même temps? Bien qu’elles ne soient pas mortelles, autant de coupures seraient certes très douloureuses.

La conjoncture géopolitique et économique de cet été s’apparente un peu à des coupures de papier. Individuellement, le marché ne s’en ressent pas trop. Par contre, si les coupures de papier s’accumulent sur un court laps de temps, il se peut que les investisseurs en souffrent. Les événements de la semaine dernière nous ont servi de rappel. Les risques géopolitiques ont augmenté, mais les marchés ont fait fi de ces coupures de papier au sens figuré.

Le cirque des États-Unis

Bon nombre des principaux risques géopolitiques de la semaine dernière provenaient des États-Unis. En quelques jours à peine, nous avons assisté au rejet par le Sénat américain du plus récent projet de loi sur les soins de santé, au dévoilement des principes de la réforme fiscale, ainsi qu’à des changements de personnel clé à la Maison-Blanche. Le rejet du projet de loi sur les soins de santé, survenu dans des circonstances dramatiques tard jeudi soir, est porteur de bonnes et de mauvaises nouvelles. La mauvaise nouvelle est qu’il n’y aura peut-être plus de tentatives visant à abroger et à remplacer la Affordable Care Act (ACA ou loi sur les soins abordables). La bonne nouvelle est aussi qu’il n’y aura peut-être plus de tentatives visant à abroger et à remplacer l’ACA.

Le dossier des soins de santé : occupe-t-il une trop grande place?

Tout d’abord, les mauvaises nouvelles. Le président Trump aura sans doute plus de mal à mener à bien son programme politique que ce à quoi beaucoup s’attendaient. Il faut savoir que le projet de loi sur les soins de santé ne nécessitait que 51 voix au Sénat pour être adopté parce qu’il faisait partie des mesures budgétaires. Or, le seuil normal pour la promulgation d’une loi (projet de loi qui ne fait pas partie des mesures budgétaires) est de 60 voix. Cela semble peu probable compte tenu de la composition actuelle du Sénat; c’est la raison pour laquelle le président Trump a demandé au Sénat de modifier ses règles de procédure afin de permettre l’approbation d’un projet de loi avec seulement 51 voix. (Cela aussi semble très peu probable.) Et, même si le Sénat obtempérait, quelques votes décisifs pourraient bloquer l’adoption des lois proposées par l’Administration, comme ce fut le cas du projet de loi sur les soins de santé la semaine dernière.

Cependant, l’échec du projet de loi sur les soins de santé est une bonne nouvelle en ce sens que le Congrès peut maintenant passer au dossier de la réforme fiscale, qui risque d’avoir des retombées économiques beaucoup plus grandes.

Du moins, c’est ce que nous croyions.

La fin de semaine dernière, le président Trump a redoublé d’efforts pour relancer le débat sur « l’abrogation et le remplacement » de la législation sur les soins de santé. Cela risque de retarder l’échéancier de la réforme fiscale et d’autres importants dossiers au programme, comme les infrastructures. Je crois sincèrement que ce serait une grave erreur de continuer de s’attarder à la législation sur les soins de santé, alors que le Congrès américain a tant à faire, en particulier en ce qui a trait à la réforme fiscale.

L’incertitude législative pourrait nuire aux marchés boursiers

Heureusement, on semble approcher d’un projet de loi sur la réforme fiscale. La semaine dernière, les « six grands » (les dirigeants de la Maison-Blanche, du Sénat et de la Chambre des représentants) ont dévoilé les principes de la réforme fiscale. À mon sens, l’aspect le plus positif qui ressort de cette annonce est le rejet de la proposition d’ajustement fiscal à la frontière du président de la Chambre, Paul Ryan.

Cet élément revêt une certaine importance, car le consensus général veut qu’un ajustement fiscal à la frontière d’environ 20 % soit nécessaire pour que l’aile conservatrice du Parti républicain appuie tout projet de loi sur la réforme fiscale. Or, pareille taxe aurait un effet négatif sur les consommateurs, en particulier les consommateurs à faible revenu, pour qui une hausse des prix de 20 % sur un large panier de biens serait extrêmement difficile à absorber. Un ajustement fiscal à la frontière pourrait également provoquer une guerre commerciale, chose que nous devrions éviter à tout prix, selon moi.

Malheureusement, les « six grands » semblent désormais résolus à faire en sorte que l’ensemble des mesures de réforme fiscale soit sans incidence sur les recettes. Le président de la Chambre, Paul Ryan, a expliqué que le Congrès devra trouver de nouvelles sources de revenus, ce qui, selon lui, peut être accompli en partie en élargissant l’assiette fiscale et en éliminant les allègements fiscaux pour les « intérêts particuliers ». J’estime que ces propositions atténueraient certaines des retombées positives des baisses d’impôt. Et, bien que les « six grands » aient suggéré d’abaisser le taux d’imposition des entreprises, ils n’ont pas parlé de réduire le taux d’imposition des particuliers ni de modifier l’impôt minimum de remplacement, un dossier mûr pour une réforme. Je crains qu’en bout de ligne, l’ensemble des mesures de réforme fiscale soit beaucoup moins généreux que ce qui est escompté à l’heure actuelle sur le marché boursier américain, ce qui risque de nuire aux actions américaines.

Une autre source de préoccupation est le plafond de la dette, question que le Congrès n’a pas eu le temps de régler avant la pause estivale. Rappelez-vous que le secrétaire du Trésor Steve Mnuchin avait demandé au Congrès de relever le plafond de la dette avant la pause estivale, parce que les États-Unis pourraient l’atteindre dès le début d’octobre. Le Congrès n’a pas donné suite à cette demande, ce qui exacerbe l’incertitude législative créée par les enjeux non résolus que sont la réforme fiscale et la législation sur les soins de santé.

Tensions en Asie

La semaine dernière, la Corée du Nord a lancé un autre missile, mettant à l’épreuve la patience du Japon, de la Corée du Sud, des États-Unis et de ses alliés. Le chef d’État de la Corée du Nord, Kim Jong Un, prétend que tout le continent américain se situe désormais à la portée des bombardements. Le président Trump a répondu par une démonstration de puissance des forces armées en déployant des bombardiers au-dessus de la péninsule coréenne pendant une période prolongée. Il a aussi émis des gazouillis exhortant la Chine d’intervenir. On craint de plus en plus que cette situation se détériore rapidement compte tenu de l’agressivité montante de la Corée du Nord. Bien qu’on ne puisse l’affirmer sans l’ombre d’un doute, il se pourrait que la montée des tensions en Asie finisse par nuire aux marchés boursiers mondiaux et incite les investisseurs à se tourner vers les bons du Trésor américain et l’or.

Facteurs préoccupants en Europe

Nous ne pouvons pas passer sous silence le fait que les négociations sur le Brexit risquent de provoquer quelques coupures de papier. La semaine dernière, le chancelier Philip Hammond a révélé que le Royaume-Uni ne baisserait pas les impôts et ne modifierait pas la réglementation pour éviter de miner l’Union européenne. Cette annonce pourrait déstabiliser le marché boursier du Royaume-Uni, d’autant plus que certaines entreprises ont déclaré haut et fort leur intention de quitter Londres. Par contre, les négociations pourraient stimuler les actions européennes, en particulier celles de l’Allemagne. De plus, il y a eu au cours des dernières semaines une recrudescence des craintes concernant la santé des banques européennes. Bien que ces craintes soient loin d’être nouvelles, elles risquent d’entraîner une autre coupure de papier.

Réunion du FOMC : pas d’assouplissement de la politique monétaire

La réunion de juillet du Federal Open Market Committee (FOMC) de la Réserve fédérale américaine (Fed) a eu lieu la semaine dernière. Comme on pouvait s’y attendre, la Fed n’est pas intervenue en matière de taux d’intérêt. Cependant, les membres du FOMC ont laissé entendre que la normalisation du bilan de la Fed devrait commencer prochainement. Je m’attends à ce que ça se produise lors de la réunion de septembre du FOMC, pourvu qu’il n’y ait pas de crise du plafond de la dette publique ni d’autres obstacles économiques. Tout dépendant comment la normalisation du bilan sera exécutée ou reçue, elle pourrait entraîner beaucoup plus que quelques coupures de papier. Par conséquent, nous attendons impatiemment le congrès de la Fed de Kansas City à Jackson Hole au Wyoming prévue à la fin d’août. Ce sera l’occasion d’en apprendre davantage sur la normalisation du bilan de la Fed ainsi que sur les projets de retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE), vu que le président de la BCE Mario Draghi assistera au congrès. (Le retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif de la BCE pourrait, de toute évidence, provoquer d’autres coupures de papier.)

Malgré toutes ces craintes, les bonnes nouvelles économiques abondent. Par exemple, la Chine a enregistré une forte croissance économique récemment, ce qui a aidé à faire grimper le prix du cuivre. Et, les récentes statistiques en provenance de la zone euro montrent une baisse du taux de chômage (du jamais vu depuis juin 2009) et une hausse inattendue, mais salutaire, du taux d’inflation. Jusqu’ici, toutes ces petites coupures de papier ont été, à juste titre, balayées du revers de la main par les investisseurs. Pour l’instant, nous demeurons dans une conjoncture de volatilité relativement faible et il semble que la tendance va se maintenir. Il est possible que ces conditions persistent, mais les investisseurs devraient rester vigilants et envisager de mettre l’accent sur la protection contre le risque de perte dans leurs portefeuilles, ainsi que sur les placements alternatifs pour mieux les diversifier.

À surveiller

Cette semaine, le comité de la politique monétaire de la Banque d’Angleterre va se réunir et le U.S. Bureau of Labor Statistics va publier son plus récent rapport sur l’emploi. La croissance économique mondiale est peut-être forte mais, compte tenu de toute l’incertitude politique dont nous avons été témoins la semaine dernière, ne vous surprenez pas s’il y a d’autres coupures de papier.

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La Banque centrale européenne (BCE) est chargée de la politique monétaire de l’Union européenne.

Le Federal Open Market Committee (FOMC) est un comité du conseil d’administration de la Réserve fédérale américaine composé de 12 membres qui se réunissent régulièrement pour établir la politique monétaire, y compris les taux d’intérêt perçus des banques.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

La diversification ne garantit pas un profit ou l’élimination du risque de perte.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 31 juillet 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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