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Kristina Hooper | 1 mars 2018

Trois préoccupations des marchés passent à l’avant-scène

La semaine dernière, trois sources de préoccupation dont je parle depuis un certain temps, le populisme, le protectionnisme et les pressions sur les débiteurs, sont revenues à l’avant-scène. Il semble que nous soyons sur le point de connaître certains dénouements qui pourraient être préoccupants pour les marchés.

Populisme

Le 4 mars, les citoyens italiens iront aux urnes pour voter aux élections législatives du pays. Les sondages indiquent un pourcentage élevé d’indécis, ce qui fait que l’élection suscite beaucoup d’incertitude. Il semble probable que le Mouvement Cinq-Étoiles, parti relativement nouveau axé sur les questions environnementales, anti-immigration et eurosceptiques, puisse recueillir le plus grand nombre de voix, mais pas assez pour pouvoir gouverner sans coalition. Cependant, le Mouvement Cinq-Étoiles, considéré comme populiste, a toujours exclu la possibilité de former des coalitions avec d’autres partis, ce qui signifie que nous pourrions assister à la formation d’une coalition nouveau genre incluant le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi et le parti populiste d’extrême droite Lega Nord. Autrement dit, les résultats les plus probables pourraient aboutir à un mouvement populiste anti-Union européenne (UE) dirigé par l’Italie, ce qui marquerait un virage important par rapport aux dernières années, alors que l’Italie était gouvernée par une coalition de centre-gauche plutôt favorable à l’UE. Cette situation est compliquée par l’entrée en jeu des « bots », comptes de médias sociaux automatisés tels que de faux profils Twitter, qui tentent d’aider les populistes à remporter les élections italiennes.1 C’est d’autant plus troublant que le Sénat américain a émis une mise en garde le mois dernier à savoir que l’Italie est une cible potentielle de manipulation électorale par la Russie.

Qu’y a-t-il de si inquiétant du fait qu’un régime populiste accède au pouvoir? Bien qu’il soit peu probable que nous assistions à un « Italexit », il se peut qu’un gouvernement populiste rende plus difficile l’alignement politique et fiscal de l’UE, qui fait partie de la vision du président français Emmanuel Macron de réformer et d’améliorer l’UE. En outre, le populisme pourrait multiplier les efforts visant à ériger des barrières protectionnistes. Ce qui nous amène à notre prochain sujet.

Protectionnisme

Le mois dernier, les États-Unis ont imposé des tarifs commerciaux sur deux importations chinoises : les machines à laver et les panneaux solaires. Cette mesure semblait avoir une portée limitée, mais à ce moment-là, je craignais que cela n’entraîne des mesures de rétorsion de la part des partenaires commerciaux des États-Unis, étant donné qu’une mesure tarifaire a tendance à en attirer une autre. En dépit de la grogne, il n’y a pas eu de représailles, du moins pas encore. Puis, la semaine dernière, la position protectionniste de l’Amérique a gagné du terrain, puisque le département américain du commerce a recommandé la mise en place d’importantes barrières tarifaires sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis. Tout a commencé en avril, lorsqu’une enquête a été ouverte en vertu de l’article 232 pour déterminer si ces importations constituaient une menace pour la sécurité nationale du pays. Le rapport publié la semaine dernière par le département du commerce a conclu que ces importations affaiblissent l’économie interne du pays et constituent donc une menace pour la sécurité nationale américaine.

La solution recommandée était essentiellement une liste d’options à la carte, comprenant des quotas ou des tarifs, ou les deux, qui pourraient être imposés à tous les pays ou à un groupe restreint de pays. En d’autres termes, le président Donald Trump pourrait déterminer que certains pays devraient être exemptés du quota proposé ou que seuls quelques pays devraient devoir payer des tarifs sur leurs marchandises. Ces tarifs seraient établis en fonction des intérêts économiques ou de sécurité des États-Unis, un critère plutôt vague. En déterminant quels pays seraient soumis à des tarifs ou à des quotas, M. Trump pourrait considérer la volonté des pays de travailler avec les États-Unis pour résoudre des problèmes tels que la capacité excédentaire mondiale et d’autres défis que les industries de l’aluminium et de l’acier aux États-Unis doivent surmonter. Pour sa part, l’Association de l’aluminium a préconisé de se concentrer spécifiquement sur la capacité excédentaire de la Chine, tout en « évitant les conséquences inattendues pour la production et les emplois aux États-Unis ».

Sans surprise, après la publication de la recommandation du département américain du commerce, la Chine a annoncé qu’elle se réservait le droit de riposter si des tarifs et/ou des quotas étaient imposés. En outre, un certain nombre de groupes se sont opposés à ces barrières commerciales, notamment les fabricants de boissons et les constructeurs d’automobiles. Certains législateurs républicains ont également exprimé leur opposition à ces propositions protectionnistes, affirmant qu’elles mettraient en péril les emplois manufacturiers aux États-Unis. Les coûts des intrants pourraient augmenter si les recommandations du département américain du commerce étaient adoptées, ce qui explique pourquoi les cours des actions des constructeurs d’automobiles américains ont chuté après l’annonce du 16 février.

Le président Trump dispose de 90 jours pour passer en revue les conclusions et les recommandations du département américain du commerce et prendre une décision. Nous allons suivre la situation de près. Comme je l’ai déjà mentionné, les risques géopolitiques ont rarement une incidence marquée sur les marchés financiers à long terme, contrairement au protectionnisme. N’oubliez pas que la hausse du taux d’inflation naît souvent du protectionnisme, ce qui signifie que le protectionnisme pourrait être l’une des nombreuses forces qui poussent les prix à la hausse. Cela nous amène à notre troisième sujet du jour, les pressions.

Pressions

La semaine dernière, les marchés boursiers ont effectué une remontée spectaculaire, récupérant près de la moitié du terrain perdu lors du « repli éclair » de la semaine précédente. Ce repli a été provoqué par les craintes entourant une hausse du taux d’inflation, qui pourrait faire entraîner une hausse des taux d’intérêt; d’ailleurs, le taux des bons du Trésor à 10 ans a augmenté de façon significative ces dernières semaines. Or, même si les actions ont fait fi des craintes suscitées par une hausse des taux, du moins jusqu’ici, nous ne devons pas les perdre de vue. C’est que les pressions inflationnistes semblent s’intensifier, ce qui pourrait entraîner une hausse des taux et exercer des pressions sur les gouvernements, les entreprises et les ménages.

La Réserve fédérale de New York vient tout juste de publier des statistiques qui montrent que la dette des ménages américains a atteint un sommet record de 13,15 mille milliards de dollars américains après cinq années consécutives de croissance.2 Au Canada, le taux d’endettement des ménages a grimpé à 101,15 % du produit intérieur brut (PIB)3, alors qu’en Suisse, il se chiffre à 127,5 % du PIB.4 En Corée du Sud, le ratio d’endettement des ménages par rapport au PIB s’élève à 93,8 %.4 L’augmentation de la dette est problématique parce qu’elle a une incidence sur la croissance économique; des recherches menées récemment ont montré qu’une augmentation de 1 point de pourcentage du ratio d’endettement des ménages par rapport au PIB est associée à une croissance inférieure de 0,1 point de pourcentage à long terme.5

Il faut savoir que le service de la dette inclut à la fois le montant de la dette et le taux d’intérêt. Non seulement on s’endette davantage dans de nombreuses régions du monde, mais les taux d’intérêt augmentent également dans certaines régions (ce qui peut être particulièrement problématique dans les pays où les prêts hypothécaires sont principalement à taux variable, par opposition à taux fixe). Cela signifie qu’il faut dépenser plus pour assurer le service de la dette, de l’argent qui pourrait être utilisé à des fins plus productives, comme les dépenses en immobilisations. Même si les taux augmentent graduellement, ils peuvent exercer de fortes pressions sur les débiteurs et c’est un enjeu de taille que nous allons suivre de près.

Éléments à retenir

Depuis un certain temps, je vous parle de trois enjeux macroéconomiques de taille qui peuvent avoir une incidence sur les marchés et les investisseurs, à savoir les perturbations, les divergences ainsi que les données démographiques et la dette. Ajoutez à cela « les trois P » susmentionnés. Alors qu’autant de forces mondiales exercent des pressions sur les marchés, les investisseurs ont raison d’être préoccupés. En pareilles circonstances, il est important de revenir à « l’ABC » de l’investissement, qui consiste à diversifier ses placements, ne pas déroger de sa stratégie et établir un plan à long terme.

Je tiens à souligner les éléments suivants :

  • On ne peut pas ignorer le spectre d’une hausse du taux d’inflation. Cela signifie qu’il faut prendre en considération les avantages potentiels des placements qui offrent une protection contre l’inflation, comme les marchandises, les fiducies de placement immobilier, l’or et les obligations indexées sur l’inflation.
  • Bien que la volatilité ait frappé les marchés des quatre coins de la planète, les évaluations sont moins élevées dans beaucoup de marchés à l’extérieur des États-Unis.
  • Les stratégies alternatives peuvent réagir différemment aux mouvements des marchés que les actions et les obligations traditionnelles.

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1 Source : Bloomberg L.P., « Now bots are trying to help populists win Italy’s election », 18 février 2018
2 Source : Federal Reserve Bank of New York, Quarterly Report on Household Debt and Credit, T3 2017
3 Source : St. Louis Federal Reserve Bank Department of Economic Research, au 30 septembre 2017
4 Source : Banque des règlements internationaux, au 30 juin 2017
5 Source : Lombardi, Mohanty et Shim, « The real effects of household debt in the short and long run », documents de travail de la Banque des règlements internationaux, no 607, janvier 2017

Renseignements importants

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Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. Le risque de taux d’intérêt fait référence au risque que les cours obligataires chutent si les taux d’intérêt augmentent et vice versa. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

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Les placements dans les titres reliés à l’immobilier peuvent être influencés par divers facteurs économiques, juridiques ou environnementaux qui ont une incidence sur la valeur des propriétés, le prix des loyers et le taux d’occupation des immeubles. Les sociétés immobilières, y compris les FPI ou les titres qui ont des structures similaires, sont habituellement des sociétés à petite ou moyenne capitalisation dont les actions sont souvent plus volatiles et moins liquides.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 20 février 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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