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Kristina Hooper | 15 août 2018

Voici comment les pressions sur la devise en Turquie et ailleurs dans le monde pourraient se traduire pour les investisseurs

L’activité sur les marchés des changes a plus que triplé au cours des deux dernières décennies. Entre 2001 et 2016, le taux de rotation mondial sur les marchés des changes a augmenté, passant de 1,2 mille milliard $ à 5,1 mille milliards $1 et les perturbations géopolitiques des deux dernières années ont accentué davantage l’activité sur les marchés des changes. La semaine dernière, nous avons pu observer plusieurs exemples manifestes de cette tendance au Royaume-Uni, en Chine, en Iran et, de façon plus spectaculaire, en Turquie. Serait-ce le présage d’une intensification des perturbations?

Royaume-Uni : Le Brexit continue d’exercer des pressions sur la livre sterling

La livre sterling a subi davantage de pressions la semaine dernière, car la date butoir du Brexit, fixée en mars 2019, approche, mais les probabilités que le Royaume-Uni ne parvienne pas à conclure un accord avec l’Union européenne continuent d’augmenter. Selon les rapports Commitments of Traders publiés par la Commodity Futures Trading Commission des États-Unis, les ajustements de positionnement intervenus la semaine dernière ont révélé une augmentation substantielle du nombre de contrats de vente à découvert de livres. Cela sous-entend que les agents de change s’attendent à ce que la livre sterling continue de se déprécier et cela ne m’étonnerait pas, compte tenu de l’incertitude grandissante. Comme je l’ai déjà dit, nous amorçons une phase critique : je qualifierais les deux prochains mois de « moment critique » parce que le Royaume-Uni devra absolument conclure un accord d’ici octobre pour donner le temps à tous les pays de l’UE de ratifier l’accord au plus tard en mars 2019.

Chine : Les forces du marché pointent vers la dévaluation du yuan

Le yuan chinois a continué de se déprécier puisque les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont intensifiées la semaine dernière. Certains investisseurs croient que la Chine a délibérément dévalué le yuan, mais il semble que ce soit plutôt les forces du marché qui ont provoqué sa dévaluation. La Chine a assoupli sa politique monétaire en réaction à une légère détérioration de la conjoncture économique, ce qui a entraîné une dévaluation du yuan par rapport au dollar américain. De plus, les investisseurs semblent tenir pour acquis que la Chine sera plus durement touchée que les États-Unis si la guerre commerciale s’intensifie, ce qui a également nui au yuan par rapport au dollar américain.

Les clients commencent à nous demander si la guerre tarifaire qui oppose les États-Unis et la Chine risque de se transformer en guerre des devises, surtout depuis les critiques formulées par le président américain Donald Trump à propos de la hausse de taux de la Réserve fédérale américaine le mois dernier. À mon avis, une guerre des devises est très peu probable, mais le Trésor américain dispose d’un mécanisme appelé fonds de stabilisation des changes (FSC), qu’elle pourrait utiliser pour intervenir sur les marchés des changes. Cependant, le FSC a été conçu pour servir en temps de véritable crise et je doute que ce soit le cas en ce moment. De plus, la Chine dispose d’abondantes réserves qu’elle pourrait utiliser pour contrer toute intervention du FSC sur les marchés des changes.

Iran : Le rial s’effondre à l’annonce de sanctions imposées par les États-Unis

Le rial, devise de l’Iran, se déprécie depuis plusieurs mois, soit depuis que les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran. La semaine dernière, le rial a poursuivi sa chute alors que les États-Unis ont annoncé la remise en vigueur de sanctions contre l’Iran et il pourrait très bien s’affaiblir davantage, étant donné que les pressions sur l’Iran continuent de s’intensifier. L’Iran a déjà annoncé qu’elle interprète les sanctions imposées par les États-Unis comme une déclaration de « guerre économique » contre l’Iran, qui est confronté à la menace d’une récession soudaine et profonde. Les enjeux de politique économique peuvent facilement aboutir à des enjeux de politique étrangère et je m’inquiète des ramifications géopolitiques potentielles des pressions accrues sur l’Iran.

Turquie : La chute libre de la livre exerce des pressions sur d’autres marchés émergents

Le mégalodon de la dépréciation de la devise s’est abattu sur la livre turque la semaine dernière. La livre se déprécie depuis un certain temps en raison des craintes suscitées par le changement de politique monétaire du président Recep Tayyip Erdogan et la détérioration de sa relation avec les États-Unis. Or, la récente chute libre de la livre est très étroitement liée à la dispute entourant la détention d’un pasteur américain par les autorités turques. La situation a été exacerbée à la fin de la semaine dernière, lorsque M. Trump a annoncé via Twitter que les États-Unis allaient doubler les tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium de la Turquie, pour les porter à 50 % et 20 % respectivement. La Turquie a répliqué pendant la fin de semaine en annonçant qu’elle allait chercher à tisser de nouvelles alliances, ce qui pourrait nuire aux États-Unis en matière de politique étrangère, puisque l’Amérique compte sur le soutien de la Turquie pour intervenir dans les conflits au Moyen-Orient.

Il faut savoir que les réserves de devises de la Turquie sont minimes, ce qui explique pourquoi M. Erdogan a demandé à la population Turque d’échanger leur or et leurs dollars américains contre des livres turques. Cela signifie que la Turquie pourrait avoir besoin d’un plan de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI), ce qui, évidemment, comporterait une foule de restrictions, comme c’est habituellement le cas lorsqu’un pays demande l’aide du FMI. Entre-temps, comme la Turquie ne montre aucune volonté d’intervenir sérieusement pour régler cette crise (ne serait-ce qu’en augmentant considérablement son taux directeur) ni de lâcher prise dans son bras de fer avec les États-Unis, la dépréciation de la livre se propage à d’autres devises des marchés émergents. L’euro et le dollar australien ont subi des dommages collatéraux.

Je crois qu’il importe de noter que, même si la situation en Turquie continue de se détériorer, le risque de contagion aux autres marchés émergents est faible, à mon avis. La contagion va probablement se limiter aux marchés des pays perçus comme étant les plus vulnérables sur le plan du commerce extérieur ou qui risquent de se voir imposer des sanctions par les États-Unis, et ne devrait pas se propager à tous les pays des marchés émergents.

Une autre retombée de la dépréciation de la livre est l’incidence négative que cela pourrait avoir sur les banques de la zone euro et c’est la raison pour laquelle le mécanisme de surveillance unique, organe de la Banque centrale européenne (BCE)  chargé de surveiller les plus grandes banques de la région, surveille de plus près ces banques pour voir si elles sont exposées à la livre turque. Pour le moment, l’exposition de la BCE semble plutôt minime, en dépit de la réaction exagérée des investisseurs, qui a provoqué une dépréciation de l’euro. Par conséquent, nous allons suivre de près l’évolution de l’indice composite des tensions systémiques dans la zone euro pour voir s’il montre des signes de diminution de la confiance des marchés. (La dernière hausse marquée de cet indice remonte à la crise de la dette grecque; ce pic de tension a été rapidement abaissé lorsque la BCE s’est engagée à faire l’impossible pour remédier à la crise. Reste à voir si la BCE sera en mesure de remédier à une explosion européenne de la crise.)

Qu’est-ce qui attend les marchés des changes?

À plus long terme, j’entrevois encore des perturbations. Après tout, l’incertitude géopolitique va probablement continuer d’affaiblir la livre sterling. En ce qui concerne la Chine, l’Iran et la Turquie, il est peu probable que les États-Unis modifient leurs politiques, ce qui risque de nuire aux devises de ces pays (et peut-être même à leur économie) et la situation pourrait s’étendre à d’autres pays et à d’autres marchés financiers.

À mon avis, le véritable enjeu est le rôle des États-Unis dans les perturbations des marchés des changes. Auparavant, les États-Unis avaient toujours joué le rôle de force stabilisatrice des marchés des changes. Aujourd’hui, elles agissent comme une force déstabilisatrice; difficile d’imaginer qu’elles vont intervenir pour tenter de stabiliser les marchés des changes. Par conséquent, je crois que la situation pourrait empirer avant de s’améliorer, car tout cela va probablement miner la confiance des investisseurs. Conclusion, selon moi, les investisseurs ne devraient pas être effrayés, mais plutôt préparés à une plus forte volatilité des marchés financiers en général.

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1 Source : Banque des règlements internationaux, 2016

Renseignements importants

La Commodity Futures Trading Commission (la Commission ou la CFTC) publie les rapports Commitments of Traders (COT) afin d’aider le public à comprendre la dynamique du marché. Plus précisément, les rapports COT fournissent une ventilation des positions ouvertes enregistrées le mardi sur les marchés des contrats à terme et des options sur lesquels au moins 20 agents de change détiennent des positions égales ou supérieures aux seuils de divulgation établis par la CFTC.

Publié par la Banque centrale européenne, l’indice composite des tensions systémiques (ICTS) sert à mesurer le niveau de tension dans le système financier de la zone euro.

Une position vendeur est une stratégie directionnelle conçue pour profiter de la baisse du cours d’un titre. Les titres sont empruntés puis vendus sur le marché libre. L’investisseur qui prend une position vendeur s’attend à ce que le cours du titre diminue, après quoi il achète de nouveaux titres sur le marché libre et rend les titres empruntés.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 13 août 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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