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Kristina Hooper | 4 mai 2022

À la recherche d’un « verre à moitié plein » après des mois difficiles sur les marchés

Kristina Hooper retrace cinq enjeux qui ont exercé des pressions sur les marchés en avril et explore les moments de « verre à moitié plein » pour chacun d’eux.

Eh bien, il n’y a pas d’autres façons de décrire le mois d’avril : ce fut un véritable mensis horribilis. Même si vous ne voulez probablement pas lire une récapitulation de ce « mois horrible », je crois que c’est important de vous faire part des principaux points à retenir, y compris certains moments de « verre à moitié plein » qui me procurent un peu d’optimisme pour les mois à venir.

Cinq enjeux qui ont exercé des pressions sur les marchés en avril

  1. Conflit entre la Russie et l’Ukraine. Le conflit opposant la Russie et l’Ukraine est devenu une guerre d’usure. La situation a pris un tournant encore plus brutal, comme en témoignent les atrocités terribles commises contre la population ukrainienne. La semaine dernière, la Russie annoncé qu’elle ne vendrait plus de gaz naturel à la Pologne et la Bulgarie parce qu’elle exige désormais que les achats de gaz soient payés en roubles russes. En Europe, le prix de l’essence a bondi considérablement après l’annonce de la Russie, puis est redescendu quelque peu.1
  2. Période de déclaration des bénéfices. Depuis le début de l’année, les bénéfices préoccupent les investisseurs, en grande partie à cause de ce que nous entendons sur les conditions actuelles et les prévisions, en plus de quelques prestigieuses sociétés qui ont raté leur cible. Un thème dominant est celui des perturbations des chaînes d’approvisionnement, qui non seulement se sont poursuivies, mais dans certains cas, ont empiré.

    Par exemple, 3M a fait savoir qu’elle a souffert des piètres ventes de l’industrie de l’automobile qui, de son côté, a subi les contrecoups des perturbations des chaînes d’approvisionnement, dont la pénurie de semi-conducteurs. Le PDG de 3M a reconnu que l’absentéisme provoqué par la COVID s’est amélioré, mais a changé son appréciation des perturbations des chaînes d’approvisionnement; il s’attend désormais à ce qu’elles perdurent pendant un « avenir prévisible ».2 General Electric a aussi parlé de pressions exercées sur les chaînes d’approvisionnement lors du dévoilement de ses bénéfices, son PDG affirmant qu’elles vont nuire aux résultats de l’entreprise d’ici la fin de l’année. Enfin, Apple a divulgué que les ventes de iPad ont reculé de 2 % en raison des contraintes d’approvisionnement et qu’elle s’attend à ce que ces problèmes durent jusqu’à la fin du troisième trimestre.3 L’autre thème dominant a été la hausse des coûts des intrants. En règle générale, les entreprises ont communiqué qu’elles auraient de gros défis à relever à ce chapitre d’ici la fin de l’année.
  3. Mesures de confinement liées à la COVID en Chine. Lesdeux plus grandes villes de la Chine, Shanghai et Beijing, sont encore confinées, de même que de plus petites villes. Cela a eu un impact négatif énorme sur les perspectives économiques du pays, comme en témoigne l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) d’avril. L’indice PMI manufacturier Caixin de la Chine a descendu à 46,0 points en avril, soit son plus bas niveau en 26 mois.4 Ce résultat est attribuable à la chute de la production et des nouvelles commandes, ainsi que des commandes destinées à l’exportation. De plus, les délais de livraison sont plus longs. Les données officielles de l’indice PMI manufacturier du Bureau national chinois de la statistique dépeignent une situation similaire, l’indice passant de 49,5 points en mars à 47,4 points en avril.5 L’indice a enregistré un résultat inférieur à 50 points pour un deuxième mois d’affilée, signe d’une contraction. La baisse substantielle de la production, des nouvelles commandes et des nouvelles commandes destinées à l’exportation ont causé beaucoup de tort à l’indice.
  4. Appréhension d’un resserrement des politiques monétaires des banques centrales. La Réserve fédérale américaine (Fed) se réunit cette semaine, tout comme la Banque d’Angleterre, et cela rend les investisseurs nerveux. Mais, en règle générale, le « jargonnage des banques centrales » et les volte-faces bellicistes qui se multiplient ont assombri les marchés en avril, car les investisseurs anticipent sans nul doute un grand virage au début de mai vers une politique monétaire neutre (et peut-être même restrictive).
  5. Repli boursier. Comme on pouvait s’y attendre, les actifs à risque n’ont pas bien réagi à cette conjoncture très difficile, les actions mondiales ont dégringolé de près de 10 % pendant le mois.6 Mais peu de catégories d’actifs ont pu éviter le « massacre »; nous avons vu des obligations à rendement élevé, des obligations de sociétés de bonne qualité et des dettes souveraines essuyer des pertes pendant le mois. L’énergie et l’agriculture sont les seuls secteurs qui ont inscrit des gains mensuels.  

Compte tenu de tout ce qui est survenu en avril, il semble tout à fait normal que ce mois-ci nous ait également fait vivre l’expérience d’un dindon sauvage qui a attaqué des piétons près du sentier de la rivière Anacostia à Washington, D.C. Ce dindon était tellement dangereux que le Département des parcs et loisirs de Prince George County a averti les résidents de garder leur distance. On dirait que le dindon a des problèmes de gestion de la colère et court après les ennuis (il a mordillé le derrière de certains joggeurs et même sauté pour attaquer des cyclistes).7 Cette nouvelle m’a frappée, car il semble que rien ne puisse tourner rondement quand même nos amis à plumes deviennent de vicieux prédateurs.

Le verre est-il à moitié plein?

Parfois, c’est quand rien ne semble pouvoir bien aller que nous trouvons certaines des meilleures occasions de placement. À tout le moins, je crois que certains événements survenus en avril donnent à penser que « le verre est à moitié plein » :

  1. Conflit entre la Russie et l’Ukraine. L’un des aspects positifs est que nous avons jusqu’ici évité que davantage de pays ne participent au conflit, et nous avons évité une guerre nucléaire. Qui plus est, comme la crise énergétique des années 70 a poussé les États-Unis à viser l’autosuffisance énergétique; cette situation semble inciter l’Europe à se tourner vers d’autres sources d’énergie qui lui permettraient de ne plus dépendre de la Russie. Il y a quelques jours, le ministère fédéral allemand de l’Économie et de la Technologie a annoncé qu’il visait la fin de l’été pour mettre fin à sa dépendance au pétrole russe (il s’agit d’un échéancier plus court que le précédent, qui ciblait la fin de l’année pour mettre fin à la dépendance au pétrole russe), mais il est fort probable que l’Allemagne dépendra encore du gaz naturel russe jusqu’en 2024.

    Je crois que l’ex-président américain Donald Trump avait raison de dire que c’était une erreur pour l’Allemagne et d’autres pays européens de compter sur le gaz naturel russe — et ils le reconnaissent clairement maintenant que la Russie a envahi l’Ukraine — mais de nouvelles infrastructures doivent être construites pour puiser dans d’autres sources d’approvisionnement, ce n’est donc pas un changement qui peut se produire aussi rapidement que pour le pétrole. Cela étant dit, les États-Unis ont augmenté leurs exportations de gaz naturel liquéfié vers l’Europe ces dernières semaines; on peut affirmer que la situation progresse. La volonté d’autosuffisance énergétique de l’Europe devrait également stimuler les investissements dans les infrastructures d’énergies renouvelables.

    De plus, ce conflit a visiblement contribué à raviver l’importance de l’OTAN et a, du moins à certains égards, aidé à unifier l’Union européenne. Les chefs d’États européens ont souligné l’importance d’une réaction concertée à cette crise; les ministres de l’UE ont tenu des pourparlers d’urgence le 2 mai pour parvenir à une réaction unie au problème immédiat de la Russie, qui a coupé l’approvisionnement en gaz à la Pologne et à la Bulgarie. À mon avis, ce sont toutes des bonnes nouvelles dans une perspective à plus long terme.
  2. Période de déclaration des bénéfices. Les bénéfices des sociétés sont relativement bons, compte tenu de la conjoncture difficile qui prévaut. Jusqu’ici, 55 % des sociétés de l’indice S&P 500 ont dévoilé leurs bénéfices et, de ce nombre, 80 % ont enregistré une hausse des bénéfices plus élevée que prévu et 72 % ont divulgué des revenus supérieurs aux attentes.8 Le secteur de l’énergie y est certes pour beaucoup, mais la plupart des autres secteurs connaissent également une croissance positive des bénéfices, si modeste soit-elle. De plus, les prévisions de croissance des bénéfices du S&P 500 pour l’année civile 2022 se sont en fait améliorées ces dernières semaines; on prévoit désormais un taux de croissance de 10,3 % contre 9,9 % au 31 mars.8 Par ailleurs, malgré certains obstacles (perturbations des chaînes d’approvisionnement et hausse des coûts des intrants) qui perdurent, la saison des bénéfices en Europe est plutôt bonne jusqu’à présent et cela a donné un coup de pouce aux actions européennes à la fin de la semaine dernière.
  3. Mesures de confinement liées à la COVID en Chine. Bien que les mesures de confinement liées à la COVID aient indéniablement un impact négatif sur l’économie chinoise, cela devrait être un problème de courte durée. L’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) fournit des projections sur les infections à la COVID-19 attendues dans les mois à venir (je dois dire que, par le passé, l’IHME a été assez juste dans ses projections). Selon ses projections, les taux d’infection en Chine devraient baisser considérablement d’ici juillet 2022. Cela sous-entend qu’un fort rebond de l’économie chinoise est encore très possible au cours de la deuxième moitié de 2022, d’autant plus que, comme je l’ai déjà mentionné, le pays a déployé de vastes mesures de relance budgétaires et monétaires.
  4. Appréhension face au resserrement des politiques monétaires des banques centrales. Ce sentiment va probablement perdurer, mais comme je l’ai déjà dit, cela peut être positif — le comportement des investisseurs et des consommateurs peut aider à resserrer les conditions financières et à tempérer le marché boursier sans que les banques centrales – en particulier la Fed – n’aient à en faire autant.

    J’ai entendu des stratèges dire que la Fed n’a pas le luxe d’être dépendante des données étant donné l’urgence de lutter contre l’inflation. Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. Les anticipations d’inflation à plus long terme des consommateurs américains demeurent relativement bien ancrées, ce qui, à mon avis, donnera la confiance nécessaire à la Fed pour adopter une stratégie de resserrement de la politique monétaire plus réfléchie et dépendante des données. En fait, non seulement les anticipations d’inflation à plus long terme des consommateurs américains sont restées relativement inchangées au cours des derniers mois ou ont même baissé, mais il est également important de noter qu’elles sont en fait bien inférieures à ce qu’elles étaient en 1990.
  5. Repli boursier. Les actions mondiales ont été malmenées à l’échelle planétaire, ce qui signifie qu’il pourrait y avoir un point d’entrée avantageux pour les investisseurs qui ont un horizon temporel plus long. Je m’attends à ce que les marchés demeurent volatils et à la possibilité d’autres baisses des marchés boursiers, mais c’est justement le type de conjoncture qui, à mon avis, procure des occasions de placement aux tenants de la gestion active.

    Je ne m’inquiète pas trop des replis boursiers, surtout quand je me sens à l’aise avec la conjoncture économique à plus long terme. Je crois que c’est un bon moment  pour nous rappeler comment les biais comportementaux des investisseurs peuvent influencer leurs décisions de placement. La plupart des gens ont un « biais de récence ». Il s’agit d’un biais comportemental des investisseurs qui peut nous faire commettre des erreurs en accordant plus d’importance à ce qui s’est passé récemment.

    Étant donné que nous avons assisté à un repli marqué ces derniers mois, de nombreuses personnes pourraient supposer que cela va continuer et, par conséquent, éviteront d’investir. Le biais de récence peut entraîner des erreurs de placement car il incite les investisseurs à acheter au sommet ou près du sommet du marché parce qu’ils supposent que la reprise va se poursuivre et il les dissuade d’acheter au creux ou près du creux du marché parce qu’ils supposent que le repli va se poursuivre.

    Je crois qu’il faut voir les replis boursiers comme des points d’entrée potentiels; selon moi, les investisseurs qui ont un horizon de placement à long terme ne devraient pas être effrayés par les fluctuations boursières auxquelles nous assistons en ce moment. La diversification et la conservation des placements ne fonctionnent pas tous les jours mais, historiquement, cela a aidé les gens à atteindre leurs objectifs à long terme.

En ce qui concerne la dinde qui a des problèmes de gestion de la colère, je ne peux pas dire que je vois le verre à moitié plein, quoique peut-être qu’un producteur hollywoodien imaginatif y verrait une occasion de créer un film à succès estival, quoique je doute fort que « Turkeynado » ait autant de succès que « Sharknado »

1 Source : Inter Continental Exchange (ICE), au 28 avril 2022

2 Source : Transcription de la conférence téléphonique sur le dévoilement des bénéfices, Seeking Alpha, 26 avril 2022

3 Source : Reuters, « Apple sees bigger supply problems after strong start to year », 28 avril 2022

4 Source : IHS Markit Economics

5 Source : Bureau national chinois de la statistique

6 Selon l’indice MSCI Monde tous pays (rendement réel pour le mois d’avril : -8,41 % en $ US). Source : MSCI, au 29 avril 2022. L’indice MSCI Monde tous pays est un indice non géré considéré comme étant représentatif des actions des sociétés à grande et à moyenne capitalisations des pays développés et émergents.

7 Source : People Magazine, 29 avril 2022

8 Source : FactSet Research Systems, au 29 avril 2022

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