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Kristina Hooper | 10 décembre 2020

Alors que le nombre de cas de COVID augmente, le monde fonde de l’espoir dans un vaccin

Même si je n’ai jamais habité en Floride, j’y ai passé suffisamment de temps depuis mon enfance pour avoir vécu un phénomène météorologique appelé la « saison impitoyable ». Elle fait référence à des conditions météorologiques extrêmes qui surviennent généralement à la fin de l’été. Elle est caractérisée par des matins chauds et humides souvent suivis d’orages violents portés par le vent de l’océan en après-midi. Malheureusement, la pluie n’atténue pas la chaleur; en fait, elle l’exacerbe le soir et prépare le terrain pour une autre matinée chaude et humide. Les ouragans et les tempêtes tropicales se succèdent tout au long de cette saison, ce qui la rend encore plus difficile à tolérer. Tout au long de cette période de chaleur accablante, les habitants n’ont aucun répit et cela peut durer un mois ou plus, d’où l’expression « saison impitoyable ».

Après une année dévastatrice, certaines régions du monde amorcent une saison des plus impitoyables et elles n’auront fort probablement pas de répit avant un certain temps. Or, le problème auquel elles doivent faire face est beaucoup plus grave que le mauvais temps : il s’agit de la COVID-19. Les médecins-experts nous avaient prévenus qu’il y aurait une deuxième vague et la situation est déjà pire que ce à quoi on s’attendait.

La région la plus durement touchée à l’heure actuelle est les États-Unis, où le nombre de nouveaux cas de COVID confirmés par jour se dirige vers le nombre stratosphérique de plus de 500 par million de personnes (le Canada connaît également une augmentation des cas, mais le taux de croissance est beaucoup plus faible).1 La semaine dernière, Robert Redfield, directeur des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, a prévenu que les mois de décembre, janvier et février seraient « éprouvants » pour les États-Unis. Il a dit sur un ton inquiétant qu’il s’attend à ce que ces mois soient « les moments les plus difficiles de l’histoire de la santé publique des États-Unis », alors que le nombre de décès dus à la COVID-19 pourrait atteindre près de 450 000 d’ici février prochain, si les Américains ne prennent pas plus au sérieux les précautions recommandées.2

Certaines régions, comme l’Europe et le Royaume-Uni, ont réussi à « aplatir la courbe » après une forte hausse du nombre de cas d’infection. Malgré tout, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a fait la mise en garde suivante : « nous allons devoir d’abord traverser un hiver difficile » et composer avec des restrictions pour tenter de lutter contre le virus jusqu’à ce qu’un vaccin soit distribué à grande échelle.3

La situation pourrait empirer avant de s’améliorer dans les économies occidentales

Nous commençons déjà à voir les effets de l’augmentation du nombre de cas d’infection à la COVID-19 sur diverses économies. Dans la zone euro, les indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de novembre ont chuté considérablement par rapport à octobre : l’indice composé PMI IHS Markit de la zone euro s’établit à 45,3 points, en forte baisse par rapport aux 50,0 points enregistrés en octobre.4 Sans surprise, c’est le secteur tertiaire qui a été le plus durement touché, en forte baisse par rapport au mois précédent. Comme l’explique Chris Williamson d’IHS Markit : « L’économie de la zone euro s’est de nouveau repliée en novembre, alors que les gouvernements ont intensifié la lutte contre la COVID-19 et que l’activité commerciale a été de nouveau frappée par des restrictions visant à lutter contre la deuxième vague d’infections virales.»4 Je suis d’accord avec son évaluation selon laquelle, au quatrième trimestre, « l’économie de la zone euro fera probablement un autre pas de géant en arrière ».

Dans le plus récent livre beige de la Réserve fédérale américaine, quatre des douze districts ont déclaré « un taux de croissance faible ou nul » depuis le livre beige précédent. Philadelphie et trois des districts du Midwest ont révélé que « l’activité a commencé à ralentir au début de novembre, alors que les cas de COVID-19 augmentaient ».5 Le rapport de novembre sur l’emploi aux États-Unis indique également un ralentissement de la croissance économique. Seulement 245 000 emplois ont été créés le mois dernier, ce qui est nettement inférieur aux prévisions consensuelles, qui se chiffraient entre 450 000 et 600 000 emplois.6 C’est une baisse spectaculaire par rapport aux 610 000 emplois créés en octobre.6 Je m’attends à ce que le rapport de décembre sur l’emploi aux États-Unis soit bien pire, étant donné que l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 s’est accentuée pendant la deuxième moitié de novembre (situation qui ne se reflète pas dans le rapport sur l’emploi de novembre).

Le Canada montre lui aussi des signes de ralentissement économique. Bien que le taux de création d’emplois dépasse les attentes, le nombre d’emplois créés a baissé par rapport à octobre et a chuté à son plus bas depuis le début de la reprise il y a six mois.7

Je crois que la situation va se détériorer avant de s’améliorer en Occident, surtout aux États-Unis. Même si les professionnels de la santé ont appris à mieux traiter les patients atteints du virus, ce qui entraîne un taux de mortalité relativement bas, les hospitalisations sont en hausse aux États-Unis. Cela signifie que les représentants du gouvernement qui ont déclaré publiquement leur opposition aux mesures de confinement sont obligés d’en imposer; d’ailleurs, plus de régions métropolitaines aux États-Unis ont annoncé l’imposition de mesures de confinement ces derniers jours. Par exemple, la fin de semaine dernière, des mesures de confinement ont été annoncées dans les régions de San Francisco et de Los Angeles, qui représentent une part substantielle du PIB américain. Je m’attends à ce que même les personnes qui ne se trouvent pas dans les zones confinées réduisent leurs activités et limitent leurs déplacements, ce qui aura également un impact négatif sur l’activité économique. Je ne serais pas surprise de voir une diminution de la création d’emplois — si création d’emplois il y a — dans les prochains rapports sur l’emploi aux États-Unis, alors que les États-Unis traversent la « saison impitoyable ».

Les progrès vers le développement de vaccins se poursuivent

À l’instar des Floridiens, qui savent que la saison impitoyable a une fin, nous savons qu’un jour les vaccins seront distribués à grande échelle et que la situation reviendra à la normale. Et, ce jour devrait arriver en 2021, car plusieurs vaccins qui ont été mis au point montrent un taux élevé d’efficacité dans la création d’une immunité contre la COVID-19. Le Royaume-Uni a déjà approuvé un vaccin dans le cadre de son processus d’homologation d’urgence accélérée et l’UE a annoncé qu’elle déciderait d’ici le 29 décembre si elle va elle aussi autoriser provisoirement le vaccin. Même si la situation des vaccins n’est pas idéale (il y a des enjeux de distribution et des inquiétudes quant au nombre de personnes qui accepteront de se faire vacciner, et Pfizer a révisé à la baisse le nombre de doses qu’elle va développer en raison de problèmes de production8), elle est très encourageante comparativement à il y a quelques mois à peine, alors que les médecins-experts doutaient que les sociétés pharmaceutiques parviennent à développer un vaccin efficace contre un coronavirus.

Regard vers 2021

Alors que certaines régions du monde traverseront ce qui sera probablement une saison des plus impitoyables dans les prochains mois, nous devons regarder vers l’avenir. Nous avons le privilège de savoir que la situation va s’améliorer. Par conséquent, les entreprises peuvent augmenter leurs dépenses avant même que les vaccins ne soient distribués à grande échelle et les consommateurs peuvent faire preuve de plus d’optimisme, surtout s’ils bénéficient d’un soutien budgétaire suffisant à court terme.

Comme cette saison impitoyable s’éternise, je suis persuadée qu’il y a énormément de demande refoulée et je m’attends à un rebond brutal lorsque les vaccins auront été largement distribués. Rappelez-vous de l’énorme rebond survenu au printemps dernier dans diverses économies, lorsque les mesures de confinement ont été levées. À mon avis, la distribution des vaccins devrait provoquer un rebond encore plus spectaculaire.

Pendant ce temps, d’autres régions du monde, comme la Chine et la Corée du Sud, ont relativement bien géré la pandémie ces derniers mois et continuent d’enregistrer une forte reprise, les indices PMI de novembre étant plus élevés que ceux d’octobre. Je m’attends à ce que ces régions dominent la reprise en 2021.

Bref, je m’attends à ce que la prochaine reprise soit très différente de celle qui a suivi la crise financière mondiale. Cette reprise avait été anémique, mais la prochaine devrait être beaucoup plus robuste. Et, c’est ce que nous devons garder à l’esprit tout au long de cette saison impitoyable.

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Notes de bas de page

1 Source : Données sur la COVID-19 compilées par le CSSE de l’Université Johns Hopkins

2 Source : CNN.com, 3 décembre 2020

3 Source : Reuters, « Britain faces hard winter with COVID-19 - PM Johnson », 26 novembre 2020

4 Source : Communiqué de presse d’IHS Markit, 3 décembre 2020

5 Source : Livre beige de la Réserve fédérale américaine, novembre 2020

6 Source : Bureau de la statistique du travail

7 Source : Statistique Canada

8 Source : The Wall Street Journal, « Supply-Chain Obstacles Led to Last Month’s Cut to Pfizer’s Covid-19 Vaccine-Rollout Target », 3 décembre 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Sebastian Condrea / Getty

Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

L’indice composé PMI® (indice des gestionnaires en approvisionnement®) de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 5 000 entreprises des secteurs manufacturier et tertiaire. Les données nationales du secteur manufacturier sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce. Les données nationales du secteur tertiaire sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.

Le document Summary of Commentary on Current Economic Conditions de la Réserve Fédérale (le Livre beige) est publié huit fois par année. Chaque banque fédérale de réserve recueille des données anecdotiques sur les conditions économiques dans son district et le Livre beige en fait un résumé par district et par secteur.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 7 décembre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.