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Kristina Hooper | 28 avril 2020

Alors que les États-Unis adoptent davantage de mesures de relance, des désaccords planent sur la suite des événements

Pendant des mois, j’ai parlé de l’importance des politiques dans la lutte contre la crise de la COVID-19 : politique sanitaire, politique monétaire et politique budgétaire. Il faut aborder ces trois volets de la bonne manière et efficacement pour que l’économie américaine puisse reprendre rapidement. La Réserve fédérale américaine a fait des pieds et des mains pour assouplir sa politique monétaire afin de soutenir l’économie américaine et les marchés, mais les mesures de relance budgétaire tardent à venir.
 
Dans ce commentaire hebdomadaire, je m’entretiens avec Andy Blocker, chef des affaires gouvernementales américaines à Invesco, qui nous explique où nous en sommes aujourd’hui en matière de politique budgétaire et à quoi on peut s’attendre.

 

Q : Comment l’intervention fédérale d’aujourd’hui se compare-t-elle à celle de la crise financière mondiale?
 
Andy Blocker : Les mois de mars et avril ont été vraiment extraordinaires quant à la vitesse et à l’envergure de l’intervention du gouvernement fédéral dans l’économie. Le livre de jeux utilisé par le Département du Trésor, la Réserve fédérale américaine et les autres organismes de réglementation financière est presque repris textuellement des mesures adoptées lors de la crise financière de 2007-2008. Ce qui est sans précédent, c’est la rapidité avec laquelle ces mêmes gestes ont été posés pendant la crise actuelle.
 
En mars 2020, le fédéral a posé dix-huit gestes concrets pour endiguer les répercussions économiques de la COVID-19 et, en avril, il en a posé sept autres.1 En comparaison, pendant les mois 1 et 2 de la crise financière mondiale, le fédéral a posé respectivement deux et zéro gestes. Le mois le plus chargé de cette crise a été le onzième mois, au cours duquel dix mesures ont été prises par le fédéral. 1
 
Ces gestes incluent plusieurs mesures d’urgence adoptées par la Réserve fédérale américaine et quatre phases d’intervention du Congrès :
 

  • Phase 1 : 8,3 milliards $US
    • Agences nationales de santé publique
    • Intervention globale de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID)
    • Accès élargi aux services de télésanté Medicare
  • Phase 2 : 192 milliards $US
    • Congés payés pour les travailleurs, crédits d’impôt pour les employeurs
    • Prestations d’assurance-chômage, SNAP et Medicaid
  • Phase 3 : 2,2 mille milliards $US en vertu de la loi CARES
    • Liquidités pour les entreprises
    • Soutien aux particuliers
    • Prestations d’assurance chômage et avantages fiscaux
    • Financement des hôpitaux et du système de santé
    • Aide financière aux agences fédérales, ainsi qu’aux États et aux administrations locales
  • Phase 3.5 : 484 milliards $US
    • Financement supplémentaire pour les petites entreprises (liquidités), les hôpitaux et les tests

 

Q : Quand on regarde ce qui a été fait jusqu’à présent, on voit qu’il y a eu quelques ratés en cours de route, notamment de vives protestations parce que des grandes entreprises ont touché des prêts destinés à de plus petites entreprises. Des progrès ont-ils été réalisés pour résoudre certains de ces problèmes?
 
R : Le Paycheck Protection Program (programme de protection des chèques de paye), qui prévoyait l’injection de 349 milliards $US en vertu de la loi CARES (qui a ensuite été bonifié de 310 milliards $US), était destiné à aider les petites entreprises à rémunérer leurs employés pendant cette crise. Cependant, il a semé la controverse parce que certaines sociétés à plus forte capitalisation ont reçu des sommes de ce programme. (Les grandes entreprises hôtelières et les restaurants étaient autorisés à demander cette aide financière via plusieurs filiales, pourvu que chaque établissement emploie 500 personnes ou moins.)
 
À la suite de cette controverse, certaines de ces entreprises ont retourné les sommes qui leur avaient été versées. Puis, le 23 avril, le Département du Trésor a mis à jour ses directives pour le programme, qui exige désormais des emprunteurs qu’ils tiennent compte de leur capacité à accéder à d’autres sources de liquidités, ce qui disqualifie somme toute les grandes sociétés ouvertes de ce programme, puisqu’elles ont accès aux marchés des capitaux.

 

Q : Examinons la plus récente intervention des autorités fédérales, à savoir le projet de loi de relance de 484 milliards $US adopté jeudi par le Congrès et entériné par le président Donald Trump. Est-ce le plan de relance que vous attendiez?
 
R : La nécessité de ce plan de relance est devenue évidente après que les sommes allouées dans le cadre du Paycheck Protection Program (PPP) ont été rapidement épuisées. À l’origine, les républicains voulaient injecter 250 milliards $US de plus dans ce programme, mais au fil des négociations, d’autres mesures ont été ajoutées. Le projet de loi qui a été approuvé par le Congrès prévoit 310 milliards $US pour le PPP, 75 milliards $US pour les hôpitaux et les fournisseurs de soins de santé, 60 milliards $US pour les prêts aux victimes de catastrophes économiques administrés par la Small Business Administration et 25 milliards $US pour les tests de dépistage du coronavirus.
 
L’élément le plus révélateur de ce plan de relance est ce qui manque : le financement pour les États et les municipalités. C’était l’une des grandes priorités des démocrates du Congrès, car les villes et les États sont confrontés à des crises budgétaires imminentes étant donné les pertes de recettes fiscales pour ceux qui dépendent des revenus tirés de la taxe de vente. Les républicains ont résisté à davantage de financement pour les États et les municipalités, de crainte que ces sommes n’alimentent l’irresponsabilité budgétaire et les caisses de retraite sous-capitalisées. Cette question sera réexaminée lors de la prochaine ronde de financement, mais attendez-vous à ce que le ton continue de monter.

 

Q : Selon vous, quelles seront les prochaines étapes de la part du gouvernement fédéral? Quels sont les plus gros enjeux sur lesquels républicains et démocrates devront débattre lorsque les pourparlers concernant la prochaine phase de mesures de relance vont s’intensifier?
 
R : Le Congrès vient à peine d’adopter la phase 3.5 du plan de relance budgétaire et il est déjà question de la phase 4 à Washington. La Chambre et le Sénat devraient reprendre leurs travaux à Washington le 4 mai et les négociations devraient recommencer aussitôt.
 
Jusqu’ici, les chefs de partis ont beaucoup coopéré dans le cadre des négociations afin de venir en aide rapidement à une économie en difficulté, mais on s’attend à ce que cette fois-ci, les politiciens plaident plus fermement en faveur de certains enjeux. Les enjeux soulevés par les démocrates incluent le financement des États, des municipalités et des autorités tribales, le financement des programmes d’aide alimentaire, la réglementation sur la sécurité des travailleurs, l’octroi de fonds pour le vote par correspondance dans le cadre des élections de novembre prochain, de l’aide pour le Service postal américain en difficulté et des paiements directs supplémentaires aux Américains. Les enjeux soulevés par les républicains incluent de l’aide additionnelle aux petites entreprises et une augmentation des dépenses en infrastructures, mais ils ont aussi exprimé des inquiétudes à l’égard de la taille du déficit, compte tenu des milliers de milliards de dollars déjà dépensés.

 

Q : Qu’en est-il des États? Avec la mosaïque d’économies d’États qui veulent redémarrer selon des échéanciers différents, les gouverneurs ont fait couler beaucoup d’encre. Que surveillez-vous à l’échelle des États?
 
R : À l’heure actuelle, les 50 gouverneurs demandent de l’argent pour les soins de santé et des fournitures (ventilateurs et équipement de protection individuelle) pour venir en aide à leurs systèmes hospitaliers, qui sont à bout de ressources, ainsi que des fonds de stabilisation d’État pour soutenir leurs efforts d’intervention là où les services locaux seront les plus sollicités. Mais c’est là que les similitudes s’arrêtent.
 
La COVID-19 est différente à bien des égards des autres catastrophes auxquelles font face les gouverneurs, car la menace frappe sournoisement, qu’elle perdure, qu’elle touche le pays entier et qu’elle s’attaque à toutes les facettes de l’économie. Les gouverneurs n’ont jamais été mis au défi de cette manière, et beaucoup doivent choisir l’intervention appropriée sur le plan sanitaire – mesures de confinement, rester à la maison ou distanciation sociale – tout en continuant de faire tourner leur économie.
 
Tous les regards seront certainement tournés vers la Géorgie cette semaine, alors que le gouverneur Brian Kemp supervisera le plan de réouverture d’État le plus ambitieux à ce jour. À compter du 24 avril, de nombreux commerces, y compris les salons de coiffure unisexe et pour hommes, les salons de tatouage, les centres de massothérapie, les salons de manucure, les salles de quilles et les centres de conditionnement physique ont le droit d’ouvrir leurs portes, pourvu qu’ils respectent les directives de l’État en matière de distanciation sociale et d’hygiène. Dès aujourd’hui (le 27 avril), les restaurants, les clubs sociaux privés et les théâtres peuvent ouvrir leurs portes.
 
Comme onze courses au poste de gouverneur auront lieu en 2020, les gouverneurs qui veulent se faire réélire pourraient remporter ou perdre la course en fonction de leur gestion de crise. Il est donc également intéressant de voir comment les électeurs perçoivent le leadership de leur gouverneur. Une nouvelle recherche du projet Election News Pathways du Pew Research Center examine comment les habitudes et les attitudes des Américains en matière de nouvelles sont liées à ce qu’ils entendent, perçoivent et croient. Il convient de noter comment les sources d’information influencent l’attitude des autorités locales face à la COVID-19. Par exemple, 81 % des adultes américains qui écoutent des réseaux d’information nationaux (CBS ou NBC) pour se renseigner sur les élections se disent au moins assez confiants que leur État et les élus locaux gèrent bien l’épidémie de coronavirus. Par contre, les répondants qui se fient aux médias sociaux pour se renseigner sur les élections ne sont pas aussi confiants. Le Pew Research Center a constaté que 60 % des adultes américains qui se tournent vers les médias sociaux font confiance à leur État et à leurs élus locaux, soit 21 % de moins que ceux qui regardent les informations nationales.
 
Puisque les Américains demeurent confinés à la maison pour un avenir prévisible, ils seront à même d’examiner la façon dont les médias parlent des hauts et des bas de l’intervention du gouvernement dans le dossier du coronavirus et cela pourrait avoir un impact significatif sur l’attitude des électeurs envers les responsables nationaux et locaux en novembre.

 

 

 

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1 Source : Cogent Strategies

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Dan Thornberg / EyeEm

Le Paycheck Protection Program est un programme américain de prêts de la Small Business Administration des États-Unis destiné à aider les entreprises à conserver leur main-d’œuvre pendant la crise de la COVID-19.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 27 avril 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.