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Kristina Hooper | 2 décembre 2019

Chaque banque centrale a son plan, mais une constante demeure : les pressions exercées sur les marchés mondiaux

La semaine dernière, plusieurs grandes banques centrales ont posé des gestes significatifs : la Réserve fédérale américaine (Fed) a dévoilé le procès-verbal de sa dernière réunion, la Banque du Canada a réitéré l’orientation de sa politique monétaire et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a prononcé son premier discours. Ces interventions mettent en lumière les grandes différences entre chaque banque centrale, mais une constante demeure à mes yeux : les tensions commerciales et les perspectives de ralentissement de la croissance mondiale continuent d’exercer des pressions sur les marchés mondiaux.

Malgré les pressions exercées par les guerres commerciales, la Banque du Canada devrait laisser les taux inchangés

Dans son allocution la semaine dernière, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz a admis que les guerres commerciales mondiales ont causé des dégâts à l’économie canadienne, ce qui a nui aux exportations et aux investissements, mais il s’est dit confiant que l’économie du pays se porte bien. Il semble évident que cette constatation est à la base de sa conviction que les conditions monétaires actuelles semblent appropriées, ce qu’il a souligné dans son discours. Cela a permis de confirmer les attentes selon lesquelles la Banque du Canada va laisser le taux d’escompte inchangé à sa réunion de décembre. Évidemment, M. Poloz a reconnu que la Banque du Canada craint que le ralentissement provoqué par les tensions commerciales déborde des exportations et des investissements et se répande à d’autres secteurs de l’économie, comme le marché de l’habitation et le secteur tertiaire, mais il a tenu à rassurer les gens en disant que la Banque surveille la situation de près. La Banque du Canada n’a pas agi de la manière habituelle en ne procédant à aucune baisse de taux en 2019, malgré le fait que sa voisine du Sud, la Fed, a baissé son taux directeur à trois reprises en 2019.

La Fed va probablement laisser son taux directeur inchangé

Pour sa part, la semaine dernière, la Fed a dévoilé le procès-verbal de la plus récente réunion du Federal Open Market Committee (FOMC). Le procès-verbal montre que la Fed reprend les mêmes arguments pour justifier la baisse de taux d’octobre que pour les précédentes de 2019, à savoir : « la faiblesse persistante de la croissance mondiale et l’incertitude accrue à l’égard des relations commerciales ». Il confirme aussi que la Fed va laisser son taux directeur inchangé, du moins pour le moment. « La plupart » des membres du FOMC sont d’avis que la politique monétaire est « bien calibrée » pour l’atteinte des objectifs de politique monétaire de la Fed et ne voient pas l’utilité de la modifier. Il faudrait une « réévaluation majeure » des perspectives pour justifier un changement de politique monétaire. Je crois que cette affirmation est importante parce qu’elle réitère qu’il faudra une raison majeure pour que la Fed procède à une hausse de taux, ce qui laisse présumer que la Fed va maintenir une politique monétaire accommodante pendant un certain temps encore.

Le procès-verbal de la réunion du FOMC renferme également un long passage sur les outils politiques que la Fed pourrait utiliser pour lutter contre la prochaine récession. Il fallait absolument que le FOMC aborde la question, mais les conclusions étaient tout ce qu’il y a de plus prévisible. Il est évident que la Fed est persuadée que la politique de taux zéro demeure un outil dont elle pourrait se servir. Par contre, elle ne voit pas la politique de taux d’intérêt négatifs comme une option viable; comme le dit le procès-verbal : « tous les membres ont jugé qu’à l’heure actuelle, les taux négatifs ne sont pas un outil de politique monétaire attrayant pour les États-Unis ». Le procès-verbal donne véritablement l’impression que la Fed va s’en tenir à sa boîte à outils post-crise financière mondiale, c’est-à-dire la trifecta de la baisse du taux d’escompte (à zéro si nécessaire), de l’annonce des prévisions et de l’assouplissement quantitatif, et ce, même si de nombreux membres s’accordent à dire que l’efficacité de ces instruments va probablement en diminuant.

Toujours la semaine dernière, le président américain Donald Trump a rencontré le président du conseil de la Fed, Jay Powell, et ils ont échangé sur divers sujets en lien avec l’économie et la politique monétaire, y compris les taux d’intérêt, le bas taux d’inflation, l’assouplissement de la politique monétaire, la vigueur du dollar et les tensions commerciales. La Fed a émis un communiqué à l’issue de cette réunion, dans lequel M. Powell a insisté pour dire que l’orientation de la politique monétaire « dépendra entièrement des informations qui ont une influence sur les perspectives économiques » et que les décisions relatives à la fixation des taux d’intérêt « reposent uniquement sur une analyse approfondie, objective et apolitique » de la situation. Autrement dit, la Fed demeure une banque centrale indépendante de la politique, mais dépendante des données.

Dans le contexte actuel de ralentissement économique mondial, la BCE propose une fois de plus de recourir à des mesures de relance budgétaire

La semaine dernière, Mme Lagarde a prononcé son premier discours à titre de nouvelle présidente de la BCE. Elle a proposé un nouvel amalgame d’outils de politique monétaire en Europe qui mettrait davantage l’accent sur les mesures de relance budgétaire. Cela fait écho aux demandes formulées par d’autres dirigeants de banques centrales, y compris l’ex‑président de la BCE, Mario Draghi, et Jay Powell; ces dernières années, ils ont tous imploré les gouvernements de renforcer les mesures de relance budgétaire mais, dans la plupart des cas, leurs revendications sont tombées dans l’oreille d’un sourd. Mme Lagarde a laissé entendre que la situation est plus grave maintenant, en raison de la tendance vers la démondialisation : « les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques actuelles contribuent au ralentissement de la croissance du commerce mondial, qui a diminué de plus de moitié depuis l’année dernière. Cela a à son tour fait baisser la croissance mondiale à son plus bas niveau depuis la grande crise financière ».

Je crois sincèrement que Mme Lagarde est entre l’arbre et l’écorce. Elle a désespérément besoin de mesures de relance budgétaire plus musclées, mais elle demeure à la merci des gouvernements; tout ce qu’elle peut faire, c’est demander sans cesse aux gouvernements de renforcer les mesures de relance budgétaire. Elle est également aux prises avec un conseil de la BCE divisé, une faction imposante étant apparemment opposée à davantage de mesures de relance monétaire. Cependant, j’ai toujours espoir, car elle est la dirigeante de banque centrale la plus susceptible d’explorer de nouveaux outils de politique monétaire, qui pourraient être plus efficaces que la  boîte à outils post-crise financière mondiale.

La BPC combat le différend commercial en procédant à une baisse de taux

La semaine dernière, la Banque populaire de Chine (BPC) a finalement procédé à une maigre baisse du taux préférentiel des prêts de 5 point de base, qui porte le taux à un an à 4,15 % et le taux à cinq ans à 4,80 %.1 C’est un geste important, parce qu’il confirme que les banques abaissent leur taux d’escompte en réaction aux récentes coupures dans les facilités de crédit de la BPC. Autrement dit, les banques refilent les baisses de taux aux emprunteurs, ce qui devrait réduire les pressions exercées sur les bilans des entreprises et soutenir la croissance du crédit. Je pense que cela va donner un coup de pouce au secteur de l’habitation, parce que les taux hypothécaires ont légèrement reculé. Cela rappelle également que la BPC continue d’assouplir graduellement sa politique monétaire et est prête à faire le nécessaire pour continuer à soutenir l’économie chinoise et faire échec aux obstacles liés au différend commercial qui perdure (tout en veillant à ne pas avoir à faire de concessions majeures dans ses négociations sur les échanges commerciaux avec les États-Unis).

Les banques centrales ont réagi aux perspectives mondiales décevantes

Les interventions des banques centrales surviennent à un moment où l’économie mondiale est sous pression, comme l’a souligné Mme Lagarde. Pas plus tard que la semaine dernière, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a déclaré dans son rapport trimestriel sur les perspectives de l’économie mondiale que le taux de croissance mondiale demeure le plus lent depuis la crise financière et qu’elle ne prévoit aucune amélioration l’an prochain. L’OCDE a ramené ses prévisions de croissance économique mondiale pour 2020 de 3 % en septembre à 2,9 %. Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE, a expliqué que : « Ce que nous constatons, c’est que les investissements stagnent, ce qui fait que le taux de croissance reste aussi bas ».

La semaine dernière, un rapport distinct de l’Organisation mondiale du commerce a fait état de craintes parce que certaines des plus grandes puissances économiques du G20 ont continué d’imposer des restrictions sur le commerce pendant la période de six mois terminée en octobre en adoptant de nouvelles mesures visant 460,4 milliards de dollars de biens (le deuxième chiffre le plus élevé sur une période de six mois depuis que ces statistiques sont colligées).

Par conséquent, il est évident que de nombreux investisseurs sont préoccupés par le ralentissement de la croissance mondiale. En outre, beaucoup sont consternés par la lenteur des progrès dans les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, puisque rien n’indique que la phase un de l’accord puisse être conclu en 2019 (bien que l’espoir ait été ravivé plus tôt aujourd’hui lorsque la Chine a annoncé qu’elle s’affaire à renforcer la protection de la propriété intellectuelle).

Étant donné que nous avions anticipé ces deux événements, cela ne nous a pas surpris, mais nous sommes conscients que l’incertitude à l’égard de la politique économique pourrait être exacerbée si la guerre commerciale s’intensifie (surtout si les États-Unis décident d’imposer de nouveaux tarifs douaniers en décembre). Par conséquent, l’incertitude risque non seulement d’inciter les entreprises à réduire leurs dépenses d’investissement, mais aussi d’entraîner des reports d’embauche. Cela pourrait avoir un impact négatif sur des consommateurs financièrement solides mais vulnérables, comme ceux des États-Unis, qui comptent une énorme cohorte de consommateurs qui ont peu ou pas d’épargne et qui dépendent d’un environnement de travail solide pour rester en bonne santé financière. Je tiens à préciser que c’est le « pire des scénarios ».

Le scénario beaucoup plus probable est que si les statistiques économiques se détériorent, les banques centrales vont assouplir leur politique monétaire. Même si leurs outils sont moins efficaces qu’autrefois, je crois qu’ils auront un impact, surtout sur les marchés boursiers. Et, il se peut que les marchés enregistrent des gains si les banques centrales commencent à mettre en œuvre de nouveaux outils plus efficaces ou si, voire quand, certains gouvernements (la Chine, l’Inde et éventuellement les États-Unis) renforcent leurs mesures de relance budgétaire.

Regard sur les dépenses de consommation de cette fin de semaine

Au cours des prochains jours, je vais me concentrer sur les dépenses de consommation du vendredi fou et du cyber lundi, baromètre économique important, compte tenu du rôle crucial de la consommation dans la santé globale de l’économie américaine. Nous avons constaté le dynamisme de la consommation en Chine à l’occasion du Jour des célibataires. Bien que je ne m’attende pas à des résultats aussi mirobolants, je pense que les consommateurs américains vont dépenser une somme impressionnante à l’occasion du vendredi fou et du cyber lundi, compte tenu de la vigueur du marché du travail et de la grande confiance des consommateurs. Cependant, ces journées de grandes dépenses ne sont pas l’apanage des États-Unis; un certain nombre de pays organisent des événements commerciaux semblables, ce qui devrait nous renseigner non seulement sur la santé des consommateurs, mais aussi sur la confiance des consommateurs dans des pays comme le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, le Mexique, l’Inde et la Chine. Je vous en donnerai des nouvelles.

 

 

 

 

 

 

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1 Source : Bloomberg, L.P., « China Lenders Trim Borrowing Costs, Following Central Bank », 19 novembre 2019
Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Witthaya Prasongsin / Getty
Un point de base représente un centième d’un point de pourcentage.
Le G20 fait référence à un forum international réunissant les gouvernements et les gouverneurs des banques centrales de 19 pays et de l'Union européenne.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 25 novembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.