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Kristina Hooper | 14 octobre 2020

Cinq enjeux à surveiller en octobre

Ce mois-ci, je surveille cinq enjeux clés susceptibles d’avoir un impact sur les marchés mondiaux.

1. Pourparlers sur les mesures de relance aux États-Unis

Le temps est compté. Les entreprises ferment, la croissance de l’emploi ralentit et les annonces de mises à pied se multiplient; pourtant, le gouvernement fédéral n’a pas approuvé de nouvelles mesures de relance malgré divers avertissements. La Business Roundtable, groupe de PDG de grandes entreprises, a averti la semaine dernière que « des collectivités des quatre coins du pays sont au bord d’une spirale descendante » et pourraient subir des « dommages irréparables ».1 La semaine dernière, le président du conseil de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a réitéré que des dommages à long terme pourraient être infligés à l’économie si de nouvelles mesures de relance budgétaires ne sont pas adoptées : « L’insolvabilité des ménages et les faillites d’entreprises augmenteraient, ce qui nuirait à la capacité de production de l’économie et freinerait la croissance des salaires. »2 Il disait craindre qu’un « ralentissement prolongé du rythme de l’amélioration au fil du temps ne déclenche une dynamique de récession typique, car la faiblesse se nourrit de la faiblesse ». Et, c’est une préoccupation légitime, puisque nous avons déjà commencé à observer un ralentissement dans le rythme de l’amélioration. Il a rappelé que c’était grâce aux mesures de relance monétaires et budgétaires massives des derniers mois qu’une récession typique à plus long terme a pu être évitée, ne serait-ce que temporairement. M. Powell a appelé à l’adoption non pas de n’importe quel plan de relance budgétaire, mais d’un plan majeur : « Un soutien insuffisant entraînerait une faible reprise, causant des difficultés inutiles aux ménages et aux entreprises. » Je suis d’accord et j’irais même plus loin en suggérant que les gouvernements considèrent les mesures de relance budgétaires pendant la pandémie comme des paiements de coupon sur une obligation. Elles doivent être suffisantes et injectées à intervalles réguliers pour que l’économie continue d’être soutenue afin de faire face à des vents contraires qui soufflent très fort. C’est particulièrement vrai aux États-Unis, qui n’ont pas de filet de sécurité sociale, contrairement à de nombreux pays européens.

Les autorités fédérales ont fait de petits pas vers un autre plan de relance budgétaire, grâce aux pourparlers entre la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le secrétaire du Trésor, Steve Mnuchin. Il y a deux semaines, la Chambre des représentants a adopté une deuxième version édulcorée de la loi HEROES, qui, à mon avis, servait à deux fins : 1) elle offrait un compromis aux sénateurs républicains, qui voulaient un plan de relance beaucoup plus petit que les quelque 3 mille milliards de dollars de la loi HEROES adoptée en mai; et 2) elle évitait que les représentants démocrates du Congrès en campagne pour leur réélection soient accusés d’inaction dans le dossier de la relance budgétaire. Mais, au début de la semaine dernière, le président Donald Trump a brusquement mis fin aux pourparlers de relance budgétaire, ce qui a provoqué une chute vertigineuse des cours boursiers. Cela ne m’a pas ébranlée : j’estime que le marché boursier est « l’étoile du nord» du président Trump et j’étais persuadée qu’il changerait rapidement de cap s’il voyait une réaction négative soutenue de la part des marchés. Sa carrière politique est en jeu et il sait qu’un important plan de relance budgétaire pourrait l’aider à être réélu. Je n’ai donc pas été surprise de voir vendredi qu’il préconisait un plan de relance budgétaire de 1,8 mille milliards de dollars. Par conséquent, je pense qu’il y a encore de fortes chances qu’un plan de relance budgétaire de bonne taille soit adopté avant les élections.

2. Nombre de cas d’infection à la COVID-19

Dans son allocution la semaine dernière, M. Powell a également déclaré qu’une forte augmentation du nombre de cas d’infection à la COVID-19 constitue un risque majeur pour l’économie. Mais ce n’est pas un risque uniquement pour l’économie américaine. Chris Williamson, économiste en chef chez IHS Markit, a noté que certaines parties de l’Europe ont été frappées par une deuxième vague d’infections au nouveau coronavirus : « L’Espagne a été particulièrement touchée et l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 a entraîné de nouvelles perturbations dans la vie quotidienne. Outre la période de mars à mai, au plus fort de la première vague d’infections, la contraction du secteur tertiaire de l’Espagne en septembre a été la plus forte enregistrée depuis novembre 2012. »3 Il a dit carrément que « l’avenir dépend en grande partie de notre capacité à contrôler les deuxièmes vagues d’infections. »

Jusqu’ici, la deuxième vague a été difficile à contrôler dans certaines parties de l’Europe. De plus, on note une hausse du taux d’infection dans un certain nombre d’États des États-Unis. On craint à juste titre que la situation n’empire puisque le temps se refroidit dans une grande partie de l’Europe et des États-Unis, mais je persiste à croire que le nombre d’hospitalisations et de décès pourrait être inférieur compte tenu de tout ce que les professionnels de la santé ont appris sur la façon de traiter le virus. La prochaine semaine sera déterminante pour savoir si ces pays parviendront à contrôler la propagation du virus.

3. Mobilité

Comme je l’ai déjà dit, en l’absence de mesures de confinement, il faudra se fier à la mobilité comme indicateur de tendance de l’activité économique, plutôt qu’à la rigueur des mesures de confinement. En effet, car en l’absence de mesures strictes (telles que les fermetures d’entreprises, les fermetures d’écoles et les interdictions de voyager), les gens vont décider eux-mêmes s’il est sécuritaire de sortir et de dépenser. En outre, si les mesures de confinement sont resserrées, comme c’est le cas dans certains pays, cela aura une incidence sur les données de mobilité. Autrement dit, nous voyons la mobilité comme un substitut de la demande.

La mobilité aux États-Unis et au Royaume-Uni est nettement inférieure à la normale, mais tout de même plus élevée que dans la zone euro et dans certaines régions d’Asie. Cependant, il ne faut pas oublier que la mobilité est étroitement liée aux taux d’infection; je m’attends à ce que la mobilité diminue si le taux d’infection augmente et que les gens choisissent de rester à la maison ou se font dire de rester chez eux parce que les gouvernements ont été forcés de réinstaurer les mesures de confinement. Inutile de préciser que nous porterons une attention toute particulière à la mobilité.

4. Sondages sur les élections présidentielles américaines

Les marchés boursiers ont poussé un soupir de soulagement ces derniers jours, lorsque les sondages sur les élections présidentielles américaines ont indiqué un écart plus marqué, ce qui laisse présager une victoire décisive de Biden (qui pourrait également faire pencher le Sénat en faveur des démocrates).4 Le mot clé ici n’est pas « Biden », mais bien « décisive ». Si je vous avais dit il y a un an qu’en octobre 2020, le marché boursier accueillerait favorablement une victoire du camp Biden-Harris, vous auriez peut-être douté de ma santé mentale. Il faut dire que c’est une année de fous. Pour les marchés, je crois qu’il y a une menace bien plus grande que d’avoir un démocrate à la Maison-Blanche : une élection contestée.

En outre, je pense que l’une des principales raisons pour lesquelles les marchés semblent à l’aise avec l’idée d’une « vague bleue » est que cela pourrait très bien signifier un important plan de relance en 2021, ce qui semble l’emporter sur toute inquiétude liée à une augmentation des impôts sur les sociétés. Je dois préciser que les marchés sont peut-être disposés à attendre jusqu’en 2021 pour l’adoption d’un vaste plan de relance, mais je doute que l’économie américaine puisse attendre aussi longtemps.

Nous allons suivre de près les sondages, car beaucoup de choses peuvent changer en quelques semaines. Je ne pense pas non plus que nous puissions ignorer la possibilité d’une élection contestée même si la victoire est décisive, mais je ne crois pas que cette éventualité soit prise en compte à ce stade-ci.

5. Brexit

L’Amérique n’a pas le monopole de l’incertitude politique; le Royaume-Uni est aussi aux prises avec de l’agitation. Une date butoir clé (le 15 octobre) arrive à grands pas pour le Royaume-Uni, qui doit conclure un accord commercial avec l’Union européenne. Le gouvernement britannique a récemment confirmé que si aucun accord n’est conclu avant le 15 octobre, il va se retirer des négociations.5 Nous supposons que cela aboutirait à une relation commerciale avec l’UE fondée sur les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Voici les explications de mon collègue Paul Jackson : « Difficile de dire quel effet un “Brexit sans accord” aura sur l’économie britannique, mais on a du mal à imaginer que passer du libre-échange au commerce restreint serait une bonne chose. » Il souligne que, « malgré l’incertitude quant aux répercussions économiques, les marchés financiers ont rendu leur jugement depuis longtemps », notant que la faiblesse de la livre sterling n’a pas profité aux actions britanniques. Comme il l’explique, l’écart creusé par le Brexit « indique que les acteurs du marché boursier pensent que l’économie britannique a été fondamentalement affaiblie par le processus de divorce ».

Nous allons suivre cette situation de près pour voir si les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE nous réservent d’agréables surprises — et si les actions des sociétés britanniques réagissent différemment — cela étant dit, à votre place, je ne me ferais pas trop d’illusions.

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1 Source : The Business Roundtable, « Business Roundtable Statement on COVID-19 Relief Negotiations », 6 octobre 2020

2 Source : Transcription de l’allocution de la Réserve fédérale américaine : « Recent Economic Developments and the Challenges Ahead », Jerome Powell, 6 octobre 2020

3 Source : IHS Markit, communiqué de presse, « IHS Markit Eurozone Composite PMI® – final data », 5 octobre 2020

4 Source : Yahoo Finance, « Stocks continue to rise as expectations grow of Joe Biden victory », 9 octobre 2020

5 Source : MarketWatch, « U.K. will quit Brexit talks if no deal agreed upon by Oct. 15, Boris Johnson says », 6 septembre 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : LPETTET/Getty

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Le Brexit fait référence à la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne.

La loi HEROES (Health and Economic Recovery Omnibus Emergency Solutions Act), qui prévoit des mesures de relance de quelque 3 mille milliards de dollars, a été adoptée par le Congrès américain en mai 2020 en réaction à la pandémie de COVID-19.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 12 octobre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.