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Kristina Hooper | 11 août 2020

Cinq enjeux à surveiller en août

Nous sommes officiellement dans la « période de canicule estivale » (du moins dans l’hémisphère nord). Ce surnom vient de la période au cours de laquelle l’étoile Sirius (de la constellation du « Grand Chien ») se lève et se couche avec le Soleil, mais il est devenu synonyme de chaleur inconfortable de la fin de l’été. Techniquement, cette « période de canicule » prend fin le 11 août, mais la plupart des gens appliquent ce terme à tout le mois. Cette semaine, j’ai décidé d’aborder cinq enjeux qui, à mon avis, auront une incidence sur les marchés tout au long de cette « période de canicule » et à plus long terme.

 

1. Progrès vers davantage de mesures de relance budgétaire aux États-Unis
 
Je pense qu’il est extrêmement urgent que le Congrès adopte un plan de relance. Or, à la lumière des événements des derniers jours, il se peut que le Congrès soit moins enclin à agir rapidement.
 
Premièrement, le rapport sur l’emploi aux États-Unis est plus encourageant que prévu, puisque 1,8 million d’emplois ont été créés en juillet.1 À elle seule, cette nouvelle pourrait enlever le sentiment d’urgence qui plane sur les négociations budgétaires. Puis, samedi, le président Donald Trump a signé une série de décrets et de mémorandums censés se substituer à la phase 4 du programme de relance budgétaire, étant donné que les pourparlers sont au point mort.2 Voici un aperçu de la teneur de ces décrets :

  • La prolongation des prestations fédérales d’assurance-chômage, l’un des éléments de la phase 4 du programme de relance sur lequel les démocrates et républicains n’arrivent pas à s’entendre; les démocrates veulent laisser les prestations à 600 $ par semaine, tandis que les républicains veulent les ramener à 200 $ par semaine. Ce décret ramène le montant des prestations de 600 à 400 $ par semaine et 25 % du montant doit être financé par les États.
  • La prolongation du report du remboursement des prêts étudiants.
  • La mise en œuvre d’un congé d’impôt sur la masse salariale jusqu’à la fin de 2020. Cela signifie que les entreprises n’auraient pas à payer les retenues d’impôt sur les salaires des employés qui gagnent moins de 100 000 $ par année. Le but de ce décret est de permettre aux employés de conserver le montant qui autrement serait retenu à la source (or, rien ne garantit que ces sommes seront versées aux employés). Cependant, cela crée un cauchemar logistique pour les entreprises qui devraient alors retenir un montant beaucoup plus élevé du revenu des salariés à compter du début de 2021 (à moins que le report ne soit rendu permanent). Ce congé d’impôt sur la masse salariale comprend un report des retenues habituelles sur la masse salariale qui sont versées dans les fonds fiduciaires de la sécurité sociale et de Medicare. Cela pourrait engendrer des problèmes encore plus graves dans la mesure où cela menace la viabilité de la sécurité sociale et du régime Medicare en les privant d’une source majeure de financement.
  • Ces décrets incitent également les organismes gouvernementaux à aider les propriétaires résidentiels et les locataires à prévenir les expulsions jusqu’à ce que « l’économie se soit stabilisée ». Bien que l’idée soit bien accueillie, ce décret est plutôt vague et manque de mordant.

 

Il va sans dire que, certains de ces décrets seront rapidement contestés devant les tribunaux, car ils usurpent peut-être les pouvoirs du Congrès en matière d’imposition et de dépenses. Donc, les négociations se poursuivent, mais je pense que les républicains se sentiront moins pressés de parvenir à un compromis avec les démocrates, car ils se sentent désormais couverts par les décrets de l’Administration Trump et le rapport sur l’emploi de juillet plus encourageant que prévu.
 
En bout de ligne, je crois que le Congrès arrivera à un accord et je pense que cela pourrait favoriser quelque peu les actions. À mon avis, cela risque aussi d’alimenter les craintes d’inflation et d’une hausse des déficits budgétaires, ce qui ferait grimper encore plus le prix de l’or et pourrait affaiblir davantage le dollar américain.

 

2. Nombre de cas d’infection à la COVID-19
 
Nous avons besoin de signes qui montrent que le virus est maîtrisé aux États-Unis. À l’heure actuelle, il semble que le pire soit peut-être passé en Floride, en Arizona et dans d’autres États où la propagation du virus était fulgurante il y a à peine quelques semaines. Cependant, il semble que le nombre de cas d’infection augmente rapidement dans certains États du Midwest. Qui plus est, lorsque les enfants retourneront à l’école, je crains que nous assistions à une résurgence du nombre de cas d’infection aux quatre coins des États-Unis; nous allons donc suivre la situation de près.
 
Nous devons également voir des indications que d’autres pays, dont l’Afrique du Sud, l’Inde et le Brésil, ont réussi à contrôler le virus. Michael Ryan de l’Organisation mondiale de la santé a averti que le cas de l’Afrique du Sud laisse présager des flambées similaires dans d’autres pays africains. Il est bon de voir une réaction rapide de pays comme l’Australie et les Philippines, qui ont reconfiné les zones où le nombre de cas d’infection est en hausse, mais je m’inquiète pour certains pays qui manquent d’infrastructures de soins de santé ou de volonté de lutter contre le virus. Le philosophe britannique Bertrand Russell a dit un jour que « la seule chose qui rachètera l’humanité est la coopération ». Il est évident que la coopération est nécessaire aujourd’hui pour éradiquer le virus, mais cela semble être un objectif inatteignable dans certains pays comme les États-Unis. Si le virus n’est pas maîtrisé, du moins aux États-Unis, je m’attends à ce que le prix de l’or continue de grimper et à ce que le dollar américain continue de se déprécier. Les actions devraient bénéficier d’un soutien étant donné la politique extrêmement accommodante de la Réserve fédérale américaine (Fed), mais je crois que les titres de croissance séculaire et à caractère défensif vont surclasser les titres cycliques si les États‑Unis ne parviennent pas à maîtriser le virus.

 

3. Tensions entre les États-Unis et la Chine
 
Je vous préviens depuis un certain temps que les tensions entre les États-Unis et la Chine vont augmenter à l’approche des élections présidentielles américaines de novembre. Et, il semble que la situation empire chaque semaine. La semaine dernière, le président Trump a annoncé qu’il signerait un décret obligeant une entreprise chinoise à céder ses activités américaines de TikTok, une application vidéo très populaire aux États-Unis (je la connais parce que j’ai une fille de 14 ans). Jusqu’ici, la Chine a réagi avec énormément de retenue envers les États-Unis, mais je ne sais pas pendant combien de temps encore cela va durer.
 
La bonne nouvelle est que les consommateurs chinois ne semblent pas punir les entreprises américaines pour les tensions entre les États-Unis et la Chine. Les bénéfices des entreprises américaines rendus publics ces dernières semaines nous ont appris que la Chine a été un véritable point fort pour de nombreuses multinationales. Un fabricant de produits de luxe a décrit la Chine comme un bon contrepoids à tous les vents contraires qui soufflent ailleurs dans le monde et le chef de l’exploitation d’une autre société a décrit la Chine comme un « modèle de reprise, de stabilisation et de croissance ».3 Il est évident que la reprise économique en Chine est bien enclenchée, maintenant que le pays est parvenu à freiner la pandémie de COVID-19, et que les multinationales en tirent profit. Espérons que rien ne change cela.
 
Il convient de noter que les États-Unis pourraient vouloir raviver les tensions avec d’autres pays. Pourquoi? Parce qu’il serait politiquement opportun de rechercher « l’équité commerciale » pendant une année électorale, mais les États-Unis ne veulent pas mettre la Chine en colère au point de leur nuire sur le plan économique, alors ils préfèreront peut-être se tourner vers d’autres pays, en particulier l’Allemagne.
 
Ce que je retiens de tout cela est que le récent repli boursier chinois pourrait fournir de bonnes occasions de placement, étant donné la capacité de la Chine à contrôler le virus et de l’amélioration de ses perspectives économiques.

 

4. Dollar américain
 
Le dollar américain continue de se déprécier : il a perdu environ 10 % de sa valeur par rapport à son sommet de mars dernier.4 Sa dépréciation s’est accélérée ces dernières semaines en raison de l’augmentation du déficit budgétaire et du nombre de cas d’infection aux États-Unis.
 
Nous assistons à un véritable revers de fortune : au début de la pandémie, alors que l’infection faisait des ravages en Chine et en Europe, les investisseurs ont afflué vers les « valeurs refuges » aux États-Unis, telles que les bons du Trésor, ce qui a entraîné une appréciation du dollar américain. Cependant, depuis lors, l’Asie et l’Europe ont largement été en mesure de contrôler le virus, contrairement aux États-Unis, ce qui suscite des inquiétudes quant aux perspectives de croissance à long terme des États-Unis, ce qui a exercé des pressions à la baisse sur le dollar américain.
 
Un autre facteur qui a exercé des pressions à la baisse sur le dollar américain est l’adoption de généreuses mesures de relance par la Fed. On craint aussi de plus en plus que le dollar américain ne parvienne pas à conserver son incroyable privilège en tant que monnaie de réserve prééminente du monde, ce qui a peut-être quelque peu accentué sa dépréciation. L’accumulation d’un déficit budgétaire colossal aux États-Unis a aussi exercé des pressions à la baisse sur le dollar américain. Rappelons qu’il y a moins de deux semaines, l’agence d’évaluation du crédit Fitch a maintenu sa note triple A pour la dette américaine, mais abaissé ses perspectives de notation de crédit pour les États-Unis, qui sont passées de stables à négatives, en raison de la détérioration des finances publiques du pays.
 
Malgré tout, il y a un bon côté. La faiblesse du dollar américain qui perdure pourrait jouer en faveur des entreprises américaines qui tirent une partie de leurs revenus de l’extérieur des États-Unis, car la dépréciation du dollar rend leurs prix plus concurrentiels. Du même coup, cela pourrait avantager les actions américaines.

 

5. Choix du candidat à la vice-présidence de Joe Biden
 
L’ex-vice-président Joe Biden devrait annoncer le choix de son colistier cette semaine. En règle générale, je ne pense pas que le choix du colistier importe beaucoup, mais c’est certes intéressant et cela nous change de la monotonie qui s’installe parfois pendant la « période de canicule » estivale. (Personnellement, je suis sans électricité ni accès à Internet depuis plus de cinq jours par suite de la tempête tropicale qui s’est abattue sur notre région et j’adorerais lire un bon article de magazine sur papier glacé portant sur l’enfance et la famille du candidat à la vice-présidence). Sérieusement, le choix du candidat à la vice-présidence n’a souvent pas d’importance mais dans certaines situations, il revêt une importance cruciale. Je me souviens de 1972, lorsque la candidature à la vice-présidence du sénateur Thomas Eagleton a été retirée parce qu’on a découvert qu’il avait suivi une thérapie par électrochocs et qu’il a été jugé inapte à exercer des fonctions « extrêmement proches » de la présidence. L’année 2008 est aussi mémorable en ce qui a trait au choix du candidat à la vice-présidence, alors que certains électeurs ont refusé de voter pour le sénateur John McCain parce qu’ils craignaient que son colistier ne soit trop inexpérimenté et mal informé pour être sur le même bulletin de vote qu’un homme de 72 ans (qui, si l’on compare avec la situation actuelle semble aujourd’hui plutôt jeune).
 
Je pense que le choix du candidat à la vice-présidence importe beaucoup cette année, étant donné l’âge de Biden et parce qu’il a tellement à perdre s’il se trompe sur le choix de son colistier. Cependant, je crois que ce qu’il importe de retenir, c’est que cela ne devrait pas avoir d’incidence sur les marchés (outre le fait, bien sûr, que certains éléments de la plateforme de Joe Biden pourraient avoir des répercussions sur certains secteurs d’activité).

 

 

 

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1 Source : Bureau américain de la statistique du travail

2 Source : The Wall Street Journal, « What’s in Trump’s Executive Actions on Coronavirus Aid—and What’s Not », 9 août 2020

3 Source : The Wall Street Journal, « China Becomes a Refuge for US Companies After Overcoming COVID-19 », 7 août 2020

4 Source : Bloomberg, L.P., « Dollar Sends Warning That U.S. Is Losing Its Grip on the Virus », 3 août 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Good Vibrations Images / Stocksy

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Les fluctuations du prix de l’or et des métaux précieux pourraient nuire à la rentabilité des entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux. Les changements de conjoncture politique ou économique des pays où les entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux exercent leurs activités pourraient avoir une incidence directe sur le prix de l’or et des métaux précieux.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 10 août 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.