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Kristina Hooper | 13 février 2019

Cinq épées de Damoclès suspendues au-dessus des marchés

Dans la mythologie grecque, le récit de « l’épée de Damoclès » est une puissante leçon de moralité. Un jour, le roi Dionysos s’est lassé d’un jeune flagorneur, Damoclès, qui lui rappelait constamment les avantages dont il bénéficiait en tant que roi. Pour donner une leçon à Damoclès afin qu’il comprenne la pression et l’insécurité qui viennent avec le pouvoir, Dionysos lui permit d’occuper le trône pendant une journée, mais a suspendu une grosse épée retenue par un crin de cheval au-dessus du trône. Damoclès comprit vite le fardeau d’un dirigeant sans cesse confronté à des dangers imminents et à de nombreux périls.

J’ai l’impression que plusieurs épées de Damoclès sont suspendues au-dessus des marchés en ce moment, y compris certaines dates butoirs imminentes :

  1. Paralysie des services publics américains : date butoir, 15 février. Bien que les membres du Congrès des deux côtés de la Chambre négocient depuis un certain nombre de jours, ils ne sont pas parvenus à une entente qui éviterait une autre paralysie des services publics dans les prochains jours. À présent, les pourparlers sont dans une impasse. Je crois que les marchés prendront la paralysie des services publics beaucoup plus au sérieux cette fois-ci, car ils en comprennent mieux les retombées. Par exemple, des statistiques économiques de grande portée n’ont pas été divulguées pendant la dernière paralysie des services publics si bien que d’importants renseignements n’ont pas été rendus publics en temps opportun. Le Bureau of Economic Analysis ne dévoilera pas son estimation du produit intérieur brut (PIB) du quatrième trimestre avant le 28 février (la date prévue à l’origine était le 30 janvier). Et, les données sur le revenu personnel et la consommation pour décembre et janvier seront publiées seulement le 1er À un moment où l’économie mondiale tourne au ralenti et qu’il est capital d’en évaluer l’incidence sur l’économie américaine, ce n’est particulièrement pas le bon moment « d’y aller à tâtons » parce que les statistiques économiques ne sont pas disponibles. De plus, une autre paralysie des services publics pourrait ébranler fortement la confiance des marchés, car les investisseurs vont en arriver à se demander si les pouvoirs exécutif et législatif du gouvernement pourront travailler ensemble lorsqu’ils devront s’attaquer au plafond de la dette publique plus tard dans le courant de l’année, et comment ils pourraient collaborer advenant une véritable crise dont les enjeux seraient encore plus sérieux. Enfin, à mon avis, une autre paralysie des services publics provoquerait probablement une décote des titres de créance.
  2. Hausse des tarifs douaniers aux États-Unis et en Chine : date butoir, 1er Les actions américaines, y compris l’indice S&P 500, se sont repliées la semaine dernière après l’annonce que le président américain Donald Trump ne rencontrera pas le président chinois Xi Jinping avant la date butoir du 1er mars,1 faisant augmenter les probabilités qu’une entente ne soit pas conclue avant la hausse prévue des tarifs douaniers. Je demeure optimiste que M. Trump repoussera la date butoir; l’Administration Trump ne peut pas ignorer le fait que les agriculteurs américains sont touchés par les guerres commerciales et que le nombre de saisies est en hausse, alors qu’elle se prépare à se faire réélire en 2020. Cela incite l’Administration à non seulement chercher un compromis mais à repousser la date butoir de la hausse des tarifs douaniers entre-temps. Cela étant dit, il est plus probable que si l’Administration procède à la hausse des tarifs douaniers le 1er mars, ce sera pour démontrer sa puissance, non seulement à la Chine mais aussi à l’Union européenne, prochaine victime sur la liste de l’Administration Trump en matière d’échanges commerciaux. Je crois que ce serait une erreur d’augmenter les tarifs douaniers le 1er mars, d’autant plus que je m’attends à une autre baisse de volatilité des actions à l’approche de cette date butoir.
  3. Brexit : date butoir, 29 mars. Bien qu’elle soit plus éloignée que les deux autres, la date butoir du Brexit, au lendemain de laquelle le Royaume-Uni est sensé quitter l’Union européenne, se rapproche dangereusement. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rencontré la première ministre britannique, Theresa May, le 7 février, mais il semble qu’aucun véritable progrès n’ait été effectué et il est de plus en plus probable que Mme May devra repousser la date du vote à la Chambre des communes du Royaume-Uni pour un nouvel accord sur le Brexit (le vote était prévu pour le 14 février). Entre-temps, plus le temps passe sans certitude en matière de politique économique, plus cela cause du tort à l’économie du Royaume-Uni. Récemment, il y a eu l’exemple de Nissan, qui a annoncé ne plus vouloir construire de VUS au Royaume-Uni.2 Cependant, l’événement le plus notable est la contraction inattendue de la croissance du PIB du Royaume-Uni pour décembre, qui a été dévoilée le 11 février (et qui en réalité n’aurait pas dû être étonnante, puisqu’on ignore ce qui se produira au Royaume-Uni à compter du 30 mars).
  4. Bénéfices des sociétés : En cours. Il n’y pas de date butoir, mais l’énorme épée suspendue au-dessus des actions est celle des bénéfices et des résultats prévisionnels révisés à la baisse, qui exercent déjà des pressions à la baisse sur les cours boursiers. Bien que la période de déclaration des bénéfices du quatrième trimestre tire à sa fin, je suis impatiente d’entendre parler des prévisions de premier trimestre des entreprises.
  5. Nouveau président de la BCE : 1er novembre. Enfin, il y a une autre épée qui m’inquiète, mais je ne m’attends pas à ce qu’elle cause du tort aux marchés européens avant un certain temps; il s’agit de la nomination du nouveau président de la Banque centrale européenne (BCE) le 1er novembre prochain. J’en ai parlé dans mes blogues précédents parce que je crois que cela aura de profondes retombées sur les marchés, d’autant plus qu’on sait maintenant que le célèbre faucon monétaire et président de la Bundesbank, Jens Weidmann, est susceptible de remplacer Mario Draghi. Nous allons suivre cette situation de près.

 

Conclusion

Il n’a pas fallu beaucoup de temps à Damoclès pour tirer une leçon de ce que lui a enseigné le roi Dionysos. Après un court laps de temps passé sous l’épée, Damoclès a supplié d’être démis du trône. Je demeure optimiste que les chefs d’États mondiaux vont travailler fort pour résoudre les problèmes qui perdurent afin que les marchés cessent enfin de craindre le pire. La question est de savoir à quel degré de volatilité et d’incertitude allons-nous faire face dans l’intervalle?

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1 Source : CNN Business, « Stocks plunge on worries about U.S.-China trade talks », 7 février 2019
2 Source : The Guardian, « Nissan warns of Brexit concerns as U-turn at Sunderland confirmed », 3 février 2019
Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 11 février 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.