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Kristina Hooper | 22 octobre 2020

Cinq questions que nous posent les épargnants

On note une certaine appréhension sur les marchés. Je le sens dans les questions qui me sont posées. Je continue de recevoir les questions habituelles telles que : « Les actions sont-elles toujours surévaluées? » Mais j’en reçois aussi de nouvelles qui témoignent de préoccupations plus profondes. La plupart des questions qu’on me pose sur les élections ne ressemblent à aucunes de celles que j’ai reçues jusqu’ici dans ma carrière.

Que se passera-t-il s’il y a une deuxième vague de COVID-19?

Le nombre de cas d’infection a monté en flèche dans un certain nombre de pays européens et en Amérique du Nord. S’il y a une deuxième vague, et je crois qu’il est fort probable qu’il y en ait une, j’espère qu’elle ne frappera pas trop fort. Quoi qu’il en soit, on en a suffisamment appris sur la gestion du virus pour que, même si la deuxième vague frappe fort, les hospitalisations et, surtout, les décès soient moins nombreux. S’il n’y a pas beaucoup d’hospitalisations, je ne m’attends pas à un confinement aussi généralisé que lors de la première vague. (Évidemment, je ne peux pas garantir que ce sera nécessairement le cas. À preuve, Israël vient d’amorcer un deuxième confinement total pour casser la deuxième vague de cas de COVID-19.) Mais, si c’est le cas et que la plupart des pays parviennent à éviter un confinement à grande échelle, à mon avis, l’impact négatif sur l’économie mondiale devrait être relativement faible, mais il y aurait tout de même une diminution de la mobilité car certaines personnes choisiraient de se mettre en quarantaine. Une augmentation du nombre de cas d’infection effrayerait les marchés boursiers, mais ce serait selon moi une réaction très temporaire si la situation n’entraîne pas un confinement généralisé.

Si les autorités américaines n’adoptent pas un autre plan de relance budgétaire, cela aura-t-il une incidence sur l’économie américaine?

Oui, c’est une préoccupation pour l’économie américaine. Le président du conseil de la Réserve fédérale américaine, Jay Powell, a souligné que, bien que la reprise économique ait été plus rapide que prévu, l’avenir demeure très incertain et que l’absence de relance budgétaire nuirait à l’économie. La semaine dernière, lors de son témoignage devant le Comité sénatorial des banques, il a rappelé que 11 millions d’Américains sont toujours sans emploi et qu’il reste encore beaucoup à faire pour les aider.1

Les données sur la mobilité nous révèlent que l’activité économique stagne déjà aux États-Unis, ce qui indique que la croissance économique ralentit (et la situation pourrait empirer si le nombre de cas d’infection augmente). C’est du moins ce que les récentes données nous confirment. Par exemple, les commandes de biens durables aux États-Unis ont augmenté pour un quatrième mois consécutif en août, mais à un rythme plus lent2. À mon avis, tant qu’il n’y aura pas de vaccin, les États-Unis auront du mal à enregistrer une forte augmentation de la croissance économique. La relance budgétaire est la bouée de sauvetage qui permet à l’économie de rester à flot en attendant la fin de la pandémie et, selon moi, un certain nombre de secteurs ont besoin d’aide, y compris les gouvernements des États et des villes.

Je persiste à croire qu’il se peut qu’un autre plan de relance budgétaire soit adopté aux États-Unis (après tout, la Maison Blanche a récemment signalé qu’elle était ouverte à l’idée d’un plan de relance plus musclé que celui proposé par les républicains du Sénat). Or, les marchés boursiers semblent avoir accepté l’idée qu’il n’y aura probablement pas d’autre plan de relance budgétaire avant les élections. Par conséquent, si les statistiques économiques demeurent stables, je doute que les cours boursiers réagiront négativement à l’absence de nouvelles mesures de relance.

Quel effet les interventions de la Fed ont-elles sur les marchés boursiers?

À mon avis, il est de plus en plus évident pour les marchés que le changement de politique de ciblage de l’inflation par la Fed est un pas très important dans la bonne direction. En deux mots, la Fed a adopté un ton plus accommodant et ses projections de taux d’intérêt proches de zéro jusqu’en 2023 devraient indiquer aux investisseurs que les taux vont demeurer bas pendant un certain temps encore. Je sais que les marchés ont été déçus que la Fed n’ait pas augmenté ses achats d’assouplissement quantitatif (AQ) à sa dernière réunion, mais elle pourra toujours le faire lorsqu’elle le jugera nécessaire. En fait, la Fed s’est donné la possibilité d’augmenter les achats d’AQ en élargissant les critères qui justifient de telles augmentations. Elle avait d’abord annoncé qu’elle augmenterait les achats d’AQ pour assurer le « bon fonctionnement des marchés » puis, lors de la réunion de septembre du Federal Open Market Committee, elle s’est permis de les augmenter aussi pour « assurer le maintien de conditions financières accommodantes ». Cela lui donne une plus grande marge de manœuvre pour augmenter les achats d’AQ. Même s’ils n’augmentent pas, la conjoncture de politique monétaire est très favorable aux actifs à risque tels que les actions.

Que se passera-t-il si l’issue des élections présidentielles est contestée?

Pour mieux imaginer ce qui pourrait se produire lors des élections présidentielles américaines de novembre, je crois que nous pourrions nous inspirer de l’élection contestée de 2016. Vous vous souvenez peut-être que les cours boursiers américains avaient chuté de façon spectaculaire pendant la nuit et que le prix de l’or avait légèrement augmenté, puis les marchés se sont redressés le lendemain matin. L’explication qui avait été donnée à l’époque était que les marchés boursiers craignaient l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Or, je soupçonne que l’explication la plus vraisemblable est que la chute des cours est survenue parce qu’Hillary Clinton n’a concédé la victoire que le lendemain matin et que les marchés boursiers craignaient que l’élection soit contestée.

J’imagine que les marchés pourraient réagir de la même manière cette fois-ci, car ils sont déjà nerveux à l’idée que l’élection soit contestée. Je m’attends à une certaine volatilité des marchés boursiers et à des liquidations massives à court terme dans les semaines qui précèdent les élections. Dans ce contexte, je crois que l’or et les bons du Trésor vont bien se comporter. Si, effectivement, l’issue des élections est contestée, cette conjoncture de placement pourrait perdurer jusqu’à ce que la question soit résolue. À mon avis, les épargnants devraient se préparer à cette éventualité. Comment faire, me direz-vous? Cela nous amène à la dernière question.

Qu’est-ce que tout cela signifie?

Je crois fermement qu’il est important de se concentrer sur nos objectifs à long terme, d’essayer de faire fi du bruit et de la volatilité à court terme et de continuer de miser sur une bonne diversification entre et parmi les principales catégories d’actifs telles que les actions, les obligations et les placements alternatifs. L’une des plus grandes leçons que de nombreux investisseurs ont apprises pendant la crise financière mondiale est que délaisser les actions simplement par peur peut vous faire subir des pertes et vous empêcher d’atteindre vos objectifs financiers. Étant donné que les cours boursiers ont déjà chuté considérablement, je pense que le moment serait bien choisi pour investir, en particulier dans le secteur des technologies de l’information, qui, comme je l’ai expliqué dans un article précédent, devrait selon moi profiter des décisions de la Fed et des thèmes liés à la pandémie.

Il peut être rassurant de savoir que la tension entre les bruits à court terme et les caractéristiques fondamentales à long terme ne date pas d’hier. L’économiste Benjamin Graham (1894-1976) a dit un jour que les actions sont comme une « machine à voter » à court terme et une « machine à peser » à long terme. Autrement dit, à plus long terme, les cours boursiers reflètent les caractéristiques fondamentales d’une entreprise mais, à court terme, ils peuvent fluctuer au gré des réactions émotionnelles des investisseurs aux actualités, aux statistiques économiques et même aux rumeurs. Pendant les années électorales, l’effet de la « machine à voter » peut être amplifié en raison des manchettes diffusées au quotidien (voire d’heure en heure) sur les annonces politiques des candidats et les résultats des sondages. Raison de plus pour que les investisseurs redoublent de vigilance, fassent fi des bruits et se concentrent sur leurs objectifs, aussi difficile que cela puisse être.

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1 Source : MarketScreener, « Mnuchin Says Fed Lending Programs Have Done All They Can », 22 septembre 2020

2 Source : The Wall Street Journal, « U.S. Durable-Goods Orders Rise for Fourth Straight Month », 25 septembre 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Mention : Torwai / Getty

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 28 septembre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.