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Kristina Hooper | 16 novembre 2021

Cinq raisons de ne pas craindre l’inflation

La peur de l’inflation grandit, mais Kristina Hooper voit cinq raisons pour lesquelles les investisseurs devraient garder leur calme, y compris la manière dont la Réserve fédérale américaine gère la situation.

Partout où je vais et peu importe la chaîne de télé que je syntonise, il semble que tout ce que j’entends est le mot en « i ». Vous avez deviné, il s’agit bien du mot inflation. Et, laissez-moi vous dire que les données sont plutôt effrayantes en ce moment :

  • Le taux d’inflation sommaire selon l’indice américain des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 0,9 % en octobre, tandis que l’indice de référence des prix à la consommation (qui exclut les aliments et l’énergie) a terminé le mois en hausse de 0,6 %.1 Pour les dix premiers mois de l’année, l’IPC global a grimpé de 6,2 % par rapport à la même période en 2020, ce qui dépasse largement le taux anticipé de 5,8 %, et l’indice de référence des prix à la consommation a grimpé de 4,6 %.1
  • L’indice des prix à la production (IPP) de la Chine a bondi de 13,5 % sur douze mois en octobre, ce qui est nettement supérieur aux attentes.2 Il s’agit d’une augmentation par rapport aux 10,7 % sur douze mois de septembre et le rythme de croissance le plus rapide en 26 ans.2 (L’IPP de la Chine mesure le coût des marchandises à leur sortie de l’usine, avant que les frais de transport ou autres ne soient pris en compte.)

Les données et l’attention médiatique entourant l’inflation ont modifié les anticipations d’inflation des marchés :

  • Le point mort d’inflation américain sur 5 ans a terminé la semaine au-dessus de 3 % pour la première fois en plus de dix ans.3
  • Même le point mort d’inflation américain sur 10 ans a réagi. Au 12 novembre, il s’établissait à 2,73 %.4 Il s’agit d’une augmentation par rapport au taux de 2,33 % enregistré il y a deux mois (au 14 septembre).4

Ces données ont aussi un impact à plus court terme sur les anticipations d’inflation des consommateurs :

  • La semaine dernière, la Réserve fédérale de New York a dévoilé les résultats de son sondage sur les anticipations d’inflation des consommateurs (Survey of Consumer Inflation Expectations) pour le mois d’octobre. La médiane des anticipations d’inflation a augmenté à 5,7 % sur un an, soit un nouveau sommet (mais il ne faut pas oublier que ces données ne sont compilées que depuis juin 2013) et une douzième augmentation consécutive.5 Ce sondage comporte son lot de bonnes nouvelles : après avoir augmenté pendant trois mois consécutifs, la médiane des anticipations d’inflation pour les trois prochaines années est demeurée inchangée en octobre (à 4,2 %).5
  • L’Université du Michigan a publié le 12 novembre les résultats préliminaires de son sondage pour le mois de novembre et les constatations sont très similaires à celles de la Réserve fédérale de New York. Les anticipations d’inflation aux États-Unis pour l’année à venir ont atteint 4,9 % au début de novembre 2021, par rapport à 4,8 % en octobre, soit le plus haut taux depuis juillet 2008.6 Cependant, les anticipations d’inflation sur cinq ans sont inchangées par rapport au sondage précédent, à 2,9 %.6

Quelques bonnes raisons de garder son calme

La plupart des questions que nous recevons de nos clients portent sur l’inflation. Les conseillers financiers me disent que la plupart des questions que nous recevons de nos clients portent sur l’inflation. Les clients plus âgés en particulier craignent que nous revivions les années 70.

Pourquoi les investisseurs ne devraient-ils pas s’inquiéter de l’inflation? Voici cinq bonnes raisons de garder son calme.

  1. L’inflation est un mal nécessaire, alors que les pays sortent de la pandémie, en particulier pour les nombreux pays, comme les États-Unis, qui ont fourni des mesures de relance budgétaire appropriées cette fois-ci (par opposition à la crise financière mondiale). L’épargne des ménages est élevée, il y a de la demande refoulée, des pénuries de main-d’œuvre et les chaînes d’approvisionnement sont perturbées.

    Nous sommes confrontés à une tempête du siècle, mais c’est quand même mieux que d’être coincés au plus profond de la pandémie. Comme je le dis à chacun de mes anniversaires quand je vois un plus grand nombre de bougies : « C’est mieux que l’autre possibilité ». Il en va de même de l’inflation élevée.
  2. Le tunnel est certes un peu plus long que prévu, mais au moins on voit la lumière à l’autre extrémité. Le public est conscient que la poussée inflationniste ne sera probablement pas terminée dans quelques mois. Personnellement, je pense qu’elle va culminer vers le milieu de 2022, puis commencer à se résorber. Plusieurs raisons expliquent le taux élevé d’inflation et certains facteurs, tels que la demande refoulée, vont se dissiper plus tôt que d’autres, mais la tendance générale devrait s’améliorer pendant la deuxième moitié de 2022.
  3. La tolérance des banques centrales. À mon avis, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne réagira pas de façon exagérée aux données sur l’inflation. La Fed sait que les facteurs responsables du taux d’inflation élevé ne seront pas facilement écartés simplement en procédant à de fortes hausses de taux. Augmenter le taux des fonds fédéraux ne forcera pas davantage de gens à réintégrer le marché du travail et ne fera pas décharger plus rapidement les navires accostés au port de Long Beach.

    Sous la gouverne du président du conseil, Jay Powell, la Fed semble faire très attention de ne pas commettre d’erreur de politique monétaire. Je crois que la Fed adoptera un ton plus conciliant seulement si Lael Brainerd était nommée présidente du conseil de la Fed. (Mme Brainerd, membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, a récemment passé une entrevue pour ce poste.)

    Les banques centrales d’autres pays développés subissent peut-être plus de pressions pour resserrer leur politique monétaire, mais je ne m’attends pas à des resserrements trop marqués. Il convient également de noter que la Banque populaire de Chine est actuellement en mode assouplissement. Par conséquent, dans l’ensemble, la conjoncture devrait continuer de favoriser les actifs à risque, compte tenu des caractéristiques fondamentales de l’économie.
  4. Les anticipations d’inflation à plus long terme demeurent relativement bien ancrées. Les consommateurs semblent comprendre que, bien que l’inflation soit très élevée à plus court terme, elle va diminuer. C’est ce que révélaient les sondages de l’Université du Michigan et de la Réserve fédérale de New York la semaine dernière. Cela explique en partie pourquoi la Fed doit éviter de procéder à des hausses de taux trop hâtives.
  5. L’inflation n’a pas une grosse incidence sur les marges bénéficiaires. Bien sûr, les entreprises parlent beaucoup d’inflation lorsqu’elles dévoilent leurs bénéfices, mais elle n’a pas eu beaucoup d’impact sur eux. En Europe, la période de déclaration des bénéfices a été plus encourageante que prévu. Jusqu’à présent, la marge bénéficiaire nette des sociétés de l’indice S&P 500 pour le troisième trimestre s’élève à 12,9 %, ce qui est proche d’un record.7 De plus, la marge bénéficiaire nette pour le quatrième trimestre est estimée à 11,8 %, ce qui demeure très bon.7

    Dans le cadre du dévoilement de leurs bénéfices trimestriels, de nombreuses entreprises se disent capables de refiler l’augmentation des coûts à leurs clients, ce qui explique en partie les marges bénéficiaires très élevées. Bien que ce ne soit pas avantageux pour les consommateurs, ça devrait l’être pour les détenteurs d’actions.

À quoi peut-on s’attendre? Je crois qu’il faut s’attendre à ce que l’inflation demeure élevée, voire même à ce qu’elle augmente, à l’approche de 2022. Cependant, j’ai confiance que l’inflation va plafonner d’ici le milieu de 2022 et que la Fed ne commettra pas d’erreur de politique monétaire; c’est là la véritable crainte des investisseurs en ce qui a trait à l’inflation. Je crois que les investisseurs doivent continuer de diversifier leurs actifs et se concentrer sur leurs objectifs à plus long terme. Je privilégie le maintien de l’exposition aux actions, y compris les actions productives de dividendes, les titres protégés contre l’inflation et les autres catégories d’actifs qui ont toujours obtenu de bons rendements pendant les périodes d’inflation élevée, y compris l’immobilier et les produits de base.

1 Source : US Bureau of Labor Statistics

2 Source : Bureau national de la statistique de la République populaire de Chine

3 Source : Réserve fédérale de St. Louis

4 Source : Réserve fédérale de St. Louis

5 Source : Réserve fédérale de New York, 8 novembre 2021

6 Source : Université du Michigan, 12 novembre

7 Source : Factset, au 12 novembre 2021

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L'indice des prix à la consommation (IPC) mesure la variation des prix à la consommation et est compilé par le US Bureau of Labor Statistics. L’indice de référence des prix à la consommation exclut les prix des aliments et de l’énergie.

Le point mort d'inflation est la différence entre le rendement d'une obligation nominale et le rendement d'une obligation indexée sur l'inflation de même échéance. Il indique les anticipations d’inflation du marché.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 15 novembre 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.