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Perspectives, commentaire et expertise de placement

Jeff Hyrich | 4 mai 2017

Comment les bien nantis ont bâti leur fortune

Si on vous demandait de consulter la liste annuelle des Canadiens les plus riches, en vous concentrant sur ceux qui se sont hissés au haut de cette liste grâce à leurs propres efforts plutôt qu’en héritant de leur fortune, vous remarquerez que ces personnes ont souvent des points en commun.

Ces personnes sont généralement à la tête d’entreprises qui génèrent d’énormes flux de trésorerie disponibles, elles détiennent, bien souvent, leur entreprise depuis longtemps (permettant à leur patrimoine de fructifier) et elles se sont contentées d’en détenir une seule plutôt que plusieurs. Nous tentons de gérer le Fonds Destinée mondiale Trimark en nous inspirant de ces mêmes principes : nous achetons des actions de qualité à des évaluations raisonnables, nous les conservons pendant longtemps et nous ne diversifions pas plus que nécessaire.

Dans cet article, je me propose de vous décrire notre processus et vous présenter certains exemples illustrant comment cette méthode fonctionne en pratique. J’espère que, en alliant rigueur et données, je vous donnerai une idée claire de la façon dont je gère le fonds et ce à quoi vous pouvez vous attendre à l’avenir.

Inspirés par notre méthode

Nos résultats de placement à long terme sont le fruit de notre méthode de placement à laquelle nous adhérons quotidiennement, et qui n’a pas beaucoup changé depuis que j’ai commencé à travailler à la gestion du fonds le 1er octobre 2001. Notre objectif est de dénicher et de détenir des placements que nous percevons comme des titres de croissance de grande qualité dotés de bilans sans tache, dont les dirigeants sont compétents et dont les évaluations sont raisonnables au moment de l’achat. De plus, nous maintenons un portefeuille concentré et conservons nos placements à long terme.

À la fin 2016, le Fonds Destinée mondiale Trimark détenait 36 positions en actions, avec environ 65 % de l’actif du fonds concentré dans les 20 principaux titres en portefeuille. En comparaison, les dix plus gros fonds d’actions mondiales au Canada détiennent chacun, en moyenne, 94 actions – soit près de trois fois plus que nous. Notre taux de rotation des trois dernières années s’élève en moyenne à 11 %, comparativement à un taux de rotation de 43 % pour nos dix principaux concurrents. Le taux de rotation reflète les changements à la composition d’un portefeuille effectués par un gestionnaire de portefeuille au cours d’une année, soit les nouveaux titres achetés et supprimés. En moyenne, nous détenons nos titres pendant neuf ans comparativement à moins de 2,5 ans pour les dix plus gros fonds d’actions mondiales.

Nous investissons dans seulement quatre nouvelles idées par an en moyenne, comparativement à environ 40 nouveaux titres par an pour nos concurrents, soit environ 10 fois plus que nous. Réfléchissons un instant à cette donnée : en acquérant moins de positions, nous avons beaucoup plus de temps pour effectuer des recherches en profondeur et pouvons nous montrer beaucoup plus sélectifs et pointilleux quant aux nouveaux titres qui font leur entrée dans notre portefeuille1.

Si l’on se penche sur le rendement du capital investi – à la fois avec levier financier [c.-à-d. rendement des capitaux propres (RCP)] et sans levier financier [c.-à-d. rendement de l’actif (RDA)], on peut voir que les sociétés en portefeuille ont non seulement généré des rendements plus élevés compte tenu de leur base de capital, mais elles y sont parvenues moyennant un levier financier ou taux d’endettement beaucoup moins élevé. Je crois au dicton : « C’est difficile de faire faillite quand on n’a pas de dette. »

Pour ce qui est de la croissance, les titres en portefeuille du fonds ont, par le passé, toujours affiché un taux de croissance égal ou supérieur à celui des divers indices.


Données au 31 décembre 2016.
RCP : Le rendement des capitaux propres correspond au taux de rendement moyen des capitaux propres du plus récent exercice.
RDA : Le rendement de l’actif correspond au taux de rendement moyen de l’actif total du plus récent exercice.
Ratio dette à long terme/capital : Ratio de levier financier calculé en divisant la dette à long terme d’une entreprise par la valeur comptable de l’avoir des actionnaires ordinaires.
Croissance du BPA sur 5 ans : Taux de croissance moyen des bénéfices sur la période de cinq ans la plus récente.

En jetant un coup d’œil aux évaluations ci-dessous, vous verrez que les titres en portefeuille se négocient en moyenne à un escompte de plus de 20 % par rapport aux indices2, indépendamment des éléments susmentionnés que nous jugeons positifs, et nous irions jusqu’à dire que les titres de ces entreprises pourraient se négocier à des évaluations comparables aux divers indices, sinon à prime.

C’est le but de la sélection des titres et de l’élaboration de portefeuilles. Nous avons parcouru le monde et cherché dans « les moindres recoins » pour repérer des titres de qualité sous-évalués dans lesquels nous pourrions investir. C’est une tâche ardue et nous préférons aller là où les autres gestionnaires de portefeuilles ne vont pas pour profiter de l’inefficience des marchés et avoir un avantage.


Données au 31 décembre 2016.
Ratio C/B des douze derniers mois : Ratio cours-bénéfice calculé en divisant le cours boursier actuel de l’entreprise par le bénéfice par action du plus récent exercice.
Ratio C/FDT (cours-flux de trésorerie) : Ratio qui sert à déterminer la valeur d’une entreprise en divisant son cours boursier actuel par son flux de trésorerie par action annuel.
Ratio C/V (cours-ventes) : Ratio qui sert à déterminer la valeur des actions d’une entreprise en fonction de ses ventes annuelles (revenus gagnés avant déduction des charges et des coûts). Il est calculé en divisant le cours boursier actuel de l’entreprise par ses ventes annuelles par action.
Ratio C/VC (cours-valeur comptable) : Ratio qui sert à déterminer la valeur des actions d’une entreprise en fonction de la valeur comptable de ses capitaux propres. Il est calculé en divisant le cours boursier d’un titre par la valeur comptable de l’entreprise.
Le rendement en dividendes est calculé en divisant les dividendes reçus au cours de la plus récente période de un an par le cours boursier.

Gestion du risque

Un autre paramètre important est la gestion des risques. Contrairement à la norme de l’industrie, nous ne percevons pas la volatilité (fluctuation quotidienne à la hausse et à la baisse du cours du titre) comme un risque. Nous voyons davantage le risque comme une perte en capital permanente ou une dépréciation du capital (en langage simple, perdre de l’argent sans aucun espoir de le récupérer).

J’ai déjà expliqué différentes méthodes que nous employons pour gérer les risques, par exemple, en investissant dans des sociétés de grande qualité qui jouissent d’une bonne position concurrentielle et qui sont très peu endettées et seulement si nous estimons que leurs actions sont sous-évaluées, ce qui nous procure une « marge de sécurité ».

Qu’est-ce qu’une marge de sécurité? Pour simplifier, disons que si nous sommes d’avis qu’une entreprise vaut 100 $, nous allons tenter d’acheter des actions à escompte, c’est-à-dire à 60 $ par exemple. Notre raisonnement est que si un malheur survient, comme une récession ou une concurrence accrue, nous aurons bénéficié d’un escompte suffisant pour que, même si la valeur de l’entreprise passe de 100 $ à 70 $, le prix d’achat aura été assez bas pour limiter les dégâts. Cela ne fonctionne pas toujours et nous avons commis notre lot d’erreurs, mais c’est le but visé. Cet escompte ou cette marge de sécurité est évident dans les titres évalués à escompte susmentionnés.

Un autre moyen que nous utilisons pour gérer les risques est la diversification des placements. Les gens nous demandent parfois comment nous parvenons à allier diversification et concentration. Nous leur répondons que nous nous efforçons de ne pas faire le même placement plusieurs fois. Nous investissons dans un titre de chaque catégorie, pas dans cinq.

Si vous jetez un coup d’œil au portefeuille d’un fonds d’actions canadiennes typique, vous verrez qu’il compte probablement cinq banques canadiennes parmi les dix principaux titres. Pourquoi procéder de la sorte? Que se passerait-il advenant un krach du marché immobilier résidentiel, comme ce fut le cas aux États-Unis de 2006 à 2009? Ne pensez-vous pas que toutes ces banques canadiennes seront confrontées aux mêmes difficultés? Est-ce véritablement de la diversification ou un gestionnaire de portefeuille qui se comporte comme un fonds indiciel déguisé, tout en exigeant des frais aussi élevés que s’il faisait de la « gestion active »?

Le tableau ci-dessous dresse la liste des 16 principaux titres en portefeuille du fonds au 31 décembre 2016; nous n’avons pas indiqué la raison sociale des entreprises, mais plutôt une brève description de chacune. Comme vous pourrez le constater, il n’y a pas beaucoup de recoupement.

Pour conclure

Le Fonds Destinée mondiale Trimark a obtenu des rendements absolus et ajustés au risque à long terme élevés grâce à notre méthode et à notre rigueur. En d’autres termes, nous n’avons pas obtenu de tels rendements parce que nous avons pris de gros risques en « investissant au hasard » ou par pure « chance », pour voir la bulle « éclater » et subir de lourdes pertes l’année suivante.

Nous savons que les épargnants travaillent fort pour gagner de l’argent et il ne leur en reste pas beaucoup pour épargner après avoir payé les impôts et engagé toutes les dépenses nécessaires pour subvenir aux besoins de leur famille. Ils vous ont confié leur épargne et c’est à la fois un privilège et une énorme responsabilité. Contrairement à certains gestionnaires de portefeuilles qui misent tout sur le rendement relatif pour « suivre » le marché et maximiser leur boni de fin d’année, nous ne dérogeons pas de la stratégie qui nous a permis de nous élever au-dessus de la mêlée.

Nous ne considérons pas les rendements comme des chiffres sur une page, mais plutôt comme l’épargne de nos clients, qu’il s’agisse d’épargne-retraite ou d’épargne-études. Nous ne ferons pas de folies comme acheter des actions à un cours qui nous paraît élevé ou investir dans des sociétés de qualité inférieure qui ont un mauvais bilan ou céder à la pression de détenir un titre pour la seule raison qu’il a une forte pondération au sein de l’indice rien que pour « suivre » le marché.

De plus, nous nous efforçons de rester humbles et de mettre de côté nos émotions et nos égos. Il ne faut jamais oublier le vieil adage qui dit : « Une tape dans le dos est à seulement 18 pouces d’un coup de pied au derrière ». En raison de notre méthode et de nos portefeuilles concentrés, il arrive que le fonds contre-performe à court terme, mais nous visons un rendement à long terme supérieur à la moyenne. Nous voyons le placement comme une partie de golf : il arrive qu’on frappe un boguey, mais notre but ultime est de remporter le tournoi.

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1 Sources : Invesco Canada et Morningstar Research Inc., au 31 décembre 2016. Les données sous-jacentes sont au 31 décembre 2016 ou correspondent aux plus récentes publiées. Les données sur les concurrents représentent la moyenne des 10 fonds les plus importants dans la catégorie Actions mondiales en fonction de l’actif en gestion. Les 10 fonds les plus importants dans la catégorie Actions mondiales sont : Fonds TD mondial à faible volatilité, Portefeuille mondial EdgePoint, Fonds d'actions étrangères Mackenzie Ivy, Fonds Capital Group actions mondiales – Canada, Fonds d’actions mondiales Epoch, Fonds Trimark, Fonds de valeur Mackenzie Cundill, Fonds mondial de croissance de dividendes RBC, Fonds d'actions mondiales Mawer et Fonds mondial de dividendes AGF. Il pourrait y avoir de grandes différences entre les objectifs, les stratégies d’investissement, les frais, les coûts et diverses autres caractéristiques des fonds inclus dans la moyenne.

2 L’escompte d’évaluation est calculé selon la moyenne simple de l’escompte du ratio d’évaluation du fonds par rapport à une moyenne des trois points de repère respectifs pour quatre mesures d’évaluation individuelles : le ratio C/B; le ratio C/FDT (cours-flux de trésorerie); le ratio C/V (cours-ventes); et le ratio C/VC (cours-valeur comptable).