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Perspectives, commentaire et expertise de placement

Máire Lane, PhD & Frank Jennings, PhD | 16 avril 2021

Des traitements contre le cancer qui pourraient rendre la chimiothérapie obsolète

Lorsque nous cherchons des idées de placement intéressantes, nous passons beaucoup de temps à réfléchir à l’avenir. Et ce, non seulement au trimestre prochain ou à l’année prochaine, mais aussi à quoi ressemblera le monde dans 10, 20, voire 50 ans. Cette orientation à long terme nous permet d’être parmi les premiers à investir et peut nous aider à optimiser les bénéfices que nous offrons à nos clients, tandis que les autres investisseurs commencent à reconnaître la direction que prend le monde et investissent dans des sociétés que nous détenons depuis longtemps.

Le secteur de la santé est l’un des principaux domaines de placement de notre portefeuille. C’est un secteur où l’innovation est très présente. Les sociétés qui développent de nouvelles manières de traiter les maladies peuvent améliorer la vie des gens tout en réalisant un profit substantiel. Nous évitons les grandes sociétés pharmaceutiques, les assureurs et les hôpitaux, car nous pensons qu’il y a peu de potentiel de croissance transformatrice dans ces secteurs. Nous privilégions plutôt les petites sociétés qui conçoivent de nouvelles façons novatrices de répondre aux besoins médicaux non comblés.

Lorsqu’on pense à l’avenir de la médecine, il est souvent utile de se tourner vers le passé. Parmi les traitements médicaux mis au point au cours des 100 dernières années, réfléchissez à ceux qui étaient autrefois utilisés couramment :

  1. Lobotomies : Des portions du cerveau d’un patient étaient retirées pour traiter la schizophrénie et d’autres troubles neurologiques avant que soient inventés des médicaments pour traiter ces affections.
  2. Amputations : Les membres infectés devaient souvent être sectionnés pour sauver le patient et éviter la propagation de l’infection, car les antibiotiques n’avaient pas encore été inventés.
  3. Chirurgie sans anesthésie : Avant l’arrivée des médicaments servant à maîtriser la douleur, l’une des principales qualités requises pour être infirmière était une grande force physique, car l’infirmière devait immobiliser le patient pendant que le médecin effectuait une intervention chirurgicale.

Avec le recul, ces traitements semblent rudimentaires et peut-être même cruels. À l’époque, toutefois, il s’agissait de nos meilleures options à l’égard des maladies mettant en danger la vie des malades; en effet, en l’absence de traitement, celles-ci auraient pu s’avérer mortelles. Ce n’est que grâce à l’innovation continue dans le domaine des soins de santé et à l’invention de nouveaux médicaments et de nouvelles techniques que ces interventions ont été reléguées à l’histoire.

Lequel des traitements actuels pourrait-il devenir obsolète?

En gardant ces expériences en tête, nous passons beaucoup de temps à nous projeter vers l’avenir et à réfléchir aux interventions médicales couramment utilisées aujourd’hui qui sembleront rudimentaires et cruelles pour les gens dans 100 ans. Parmi celles sur lesquelles nous revenons constamment se trouve la chimiothérapie, qui est utilisée pour traiter le cancer.

Le cancer fait partie de la condition humaine depuis l’antiquité. On en parlait déjà dans les textes de la Grèce antique, et des tumeurs ont été découvertes dans des momies égyptiennes. L’utilisation de la chimiothérapie pour traiter le cancer a constitué une percée majeure. Elle a permis de guérir un nombre incalculable de personnes ou de prolonger leur vie, mais nous croyons que la chimiothérapie sera un jour considérée comme aussi obsolète que peuvent l’être aujourd’hui la lobotomie et la chirurgie sans anesthésie.

La chimiothérapie consiste à introduire dans le corps une substance toxique dans l’espoir que celle-ci tuera la tumeur à croissance rapide avant qu’un trop grand nombre de cellules saines soient détruites par le poison. La chimiothérapie a également des répercussions négatives sur le système immunitaire, chose que les médecins tentent désespérément d’éviter en cette ère de COVID-19, et cela pourrait avoir comme effet d’accélérer la recherche de nouvelles solutions novatrices.

Des solutions de rechange à la chimiothérapie ont déjà été approuvées. Les mystères entourant le système immunitaire humain sont lentement élucidés. Les cellules de notre corps subissent constamment des mutations, et notre système immunitaire est en mesure d’y remédier. Le cancer apparaît lorsque ces cellules mutées trouvent le moyen d’échapper à la surveillance du système immunitaire.

Le système immunitaire est composé de nombreux types de cellules, depuis les anticorps, connus depuis les années 1890, jusqu’aux cellules NK (ou « tueuses naturelles ») spécifiques des antigènes, dont la découverte remonte à peine à 2006, en passant par les lymphocytes T et B et d’autres types de cellules NK. Le système immunitaire ne possède pas de dispositif de commande central. Les cellules du système immunitaire travaillent ensemble, guidées par leurs interactions avec d’autres cellules et par des signaux provenant d’ailleurs dans l’organisme. Imaginez une fourmilière dont les membres œuvrent généralement sans encombre et sans avoir à tenir de réunions de comité pour orienter leur stratégie. Lorsque la colonie est attaquée, les fourmis témoins libèrent des phéromones pour alerter les fourmis se trouvant ailleurs et les inciter à venir prêter main forte pour défendre la fourmilière. La chimiothérapie équivaut à balayer la fourmilière, déplaçant ainsi toutes les fourmis pour éliminer l’attaquant.

On utilise des anticorps depuis les années 1980 pour traiter les maladies humaines. L’amélioration de notre compréhension de ces maladies nous a récemment permis de traiter les cancers du système immunitaire au moyen d’anticorps. Genmab et MorphoSys sont deux sociétés qui possèdent des plateformes capables de créer des anticorps ayant les propriétés désirées. Elles disposent toutes les deux d’anticorps qui ciblent le cancer du sang.

Plus tôt cette année, MorphoSys a conclu une entente de collaboration et de licence avec une autre société pharmaceutique afin de poursuivre la mise au point et la commercialisation de l’un de ses traitements par anticorps prometteurs, et elle mène actuellement des essais sur le traitement du lymphome, un cancer touchant les ganglions lymphatiques.

Darzalex, un anticorps mis au point par Genmab en partenariat avec Janssen (qui fait partie du groupe Johnson & Johnson), cible les lymphocytes T et B et les cellules NK qui ont subi une mutation et sont devenus cancéreux, et il est approuvé pour le traitement du myélome multiple, une forme de cancer du sang.  

Deux des phéromones « SOS » excrétées par le corps – les interleukines (IL) 1 et 2 – ont été découvertes et caractérisées entre 1980 et 1983, et l’IL-2 a été approuvée comme médicament anticancéreux en 1992. Bien qu’elle se soit révélée très efficace pour éliminer les tumeurs, elle devait être administrée à de très fortes doses et provoquait des effets secondaires toxiques inacceptables pour les patients et les médecins.

Nous savons maintenant que l’IL-2 stimule la production de lymphocytes T cytotoxiques (ou « tueurs »), de lymphocytes T mémoire et de lymphocytes T régulateurs, mais les lymphocytes T régulateurs n’ont été découverts qu’en 1995, soit trois ans après l’approbation initiale de l’IL-2. Les lymphocytes T régulateurs, comme leur nom l’indique, atténuent la réponse immunitaire dans l’organisme et, s’ils sont présents en trop grand nombre, peuvent inhiber les lymphocytes T tueurs (les empêcher d’agir) avant même que la tumeur n’ait été maîtrisée. Des doses élevées d’IL-2 augmentent la production de lymphocytes T tueurs, mais augmentent aussi le risque de provoquer un choc cytokinique dans l’organisme, c’est-à-dire une hyperréaction en cascade du système immunitaire qui est responsable des effets secondaires toxiques associés aux premiers traitements par l’IL-2.

Nektar Therapeutics a utilisé son processus de PEGylation spécialisé pour modifier la structure de la molécule d’IL-2 afin de la rendre plus efficace dans le recrutement des lymphocytes T tueurs et des lymphocytes T mémoire. Le nombre de lymphocytes T régulateurs recrutés est réduit, ce qui permet d’administrer de plus faibles doses du médicament et rend donc le traitement suffisamment sûr pour une utilisation généralisée. La préparation d’IL-2 de Nektar, connue sous le nom de Bempeg, fait actuellement l’objet d’essais de phase III en association avec un médicament immuno-oncologique approuvé appelé Opdivo.

Des percées en immunothérapie

L’enthousiasme à l’égard de l’immunothérapie s’est intensifié depuis 2010, avec l’approbation d’Opdivo et de Yervoy, mis au point par Bristol Myers, et de Keytruda, mis au point par Merck. Ces médicaments agissent sur une fonction immunitaire appelée le point de contrôle du cycle cellulaire, qui aide les cellules à vérifier si tout va bien.

Les cellules cancéreuses échappent au système immunitaire en produisant de faux signaux « tout va bien », réduisant ainsi au silence le système immunitaire à proximité de la tumeur. Opdivo, Yervoy et Keytruda désactivent ces signaux « tout va bien » et permettent au système immunitaire de fonctionner à nouveau à proximité de la tumeur. Ensemble, l’IL-2 et Opdivo sont complémentaires et permettent au système immunitaire de s’approcher de la tumeur et de recruter un plus grand nombre de lymphocytes T pour lutter contre elle.

Nektar est en train de développer d’autres médicaments immuno-oncologiques présentant des modes d’action novateurs. Le NKTR-262 est un autre médicament qui intervient dans la signalisation en faisant appel à une catégorie de protéines appelées TLR (pour « toll-like receptors », ou récepteurs de type « Toll »). (Il existe des similitudes entre l’IL-1 et les récepteurs de type « Toll »). Le NKTR-262 est injecté dans la tumeur, ce qui provoque des dommages et déplace des fragments de la tumeur. Le médicament stimule la production de récepteurs de type « Toll », lesquels contribuent au processus de fabrication de lymphocytes T tueurs spécifiques des antigènes. Dans ce cas-ci, les antigènes sont les fragments de la tumeur, et les cellules présentant l’antigène indiquent aux lymphocytes T ce qu’ils doivent cibler dans leur combat, à savoir tout ce qui ressemble à un fragment de tumeur. Le NKTR-262 est testé en association avec Bempeg, lequel stimule la croissance des lymphocytes T tueurs et des lymphocytes T mémoire.

Le NKTR-255 est une version pégylée de l’IL-15. L’IL-15 a été découverte en 1994 et fait partie de la même famille de signaux que l’IL-2. Elle stimule la croissance des lymphocytes T mémoire et tueurs ainsi que des cellules NK, sans exercer d’effet naturel sur les lymphocytes T régulateurs. Plusieurs essais sur le NKTR-255 sont en cours, lequel est utilisé à la fois seul et en association avec certains des anticorps mentionnés ci-dessus. La version pégylée de l’IL-15 de Nektar est conçue pour rester plus longtemps dans l’organisme, ce qui permet d’administrer aux patients des doses plus faibles, moins fréquemment.

Être parmi les premiers

Nous investissons dans des sociétés qui, selon nous, connaîtront des années de croissance transformatrice . Bon nombre de ces sociétés sont à l’avant-garde de la lutte contre le cancer. Nous entrevoyons un avenir où des immunothérapies révolutionnaires produites par de petites sociétés novatrices pourront traiter cette maladie plus efficacement et sans causer d’effets secondaires invalidants, tout en réduisant le coût du traitement. En étant parmi les premiers à investir dans ces sociétés, nos investisseurs pourraient bénéficier des innovations de ces sociétés et de leur potentiel de transformation des soins de santé.

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