Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Jeff Feng and Kimberley West | 15 mai 2020

En quête de valeur en Inde et en Amérique latine

Notre équipe a organisé un séminaire Web qui comptait plus de 800 participants, soit un taux de participation exceptionnel auquel on pouvait s’attendre compte tenu de la conjoncture actuelle.

À la suite de cet appel, nous avons reçu de nombreuses questions des participants, dont la grande majorité concernait la Chine, auxquelles nous avons répondu dans un blog précédent. Les participants ont également manifesté un certain intérêt pour l’Inde, le Mexique et le Brésil, et nous allons aborder ce sujet dans cet article.

 

L’Inde éprouve des problèmes structurels, mais nous surveillons certaines entreprises de biens de consommation et de services financiers de grande qualité.

À l’instar de la plupart des pays des marchés émergents, le profil démographique de l’Inde montre un bon potentiel de croissance à long terme. Son énorme population est très jeune et sa classe moyenne montante peut générer une immense opportunité de consommation à long terme. Or, nous avons du mal à trouver des entreprises de grande qualité capables de saisir cet énorme potentiel moyennant des valorisations attrayantes. Par conséquent, nous continuons de sous-pondérer l’Inde.

Le gouvernement indien a réagi très rapidement à l’éclosion de COVID-19 en imposant des mesures de confinement nationales du 24 mars au 3 mai. Le gouvernement a classé les divers districts du pays par catégories allant de « risque élevé », « risque modéré » et « faible risque » en fonction de l’ampleur de l’épidémie. Après le 3 mai, les districts jugés à risque élevé vont demeurer confinés pendant un certain temps encore; les districts dits à risque modéré permettront aux activités jugées essentielles de fonctionner moyennant des heures d’ouverture limitées, tandis que les districts à faible risque pourront rouvrir.1 Nous croyons que l’Inde devrait faire mieux que la plupart des pays grâce à l’intervention rapide et disproportionnée du gouvernement. De plus, l’éclosion du virus a été principalement concentrée dans les grandes zones métropolitaines et moins dans les villes de niveau 2 et 3. Les deux secteurs dans lesquels nous avons pu identifier des entreprises qui correspondent à nos critères de qualité sont les services financiers et la consommation. Le problème est que beaucoup d’actions de ces entreprises demeurent chères.

Les entreprises indiennes du secteur de la consommation ont surtout éprouvé des problèmes d’offre, puisque les mesures de confinement ont freiné la circulation des marchandises. Notre analyste chargé de couvrir l’Inde a grandi là-bas et y a des amis et de la famille. À la lumière de ses conversations, les pénuries alimentaires étaient assez répandues. Auparavant, les détaillants conservaient des stocks pour 20 jours et leurs stocks sont tombés à zéro jour.

La chute des prix du pétrole favorise les entreprises du secteur de la consommation, car le pétrole brut est un intrant clé de certaines matières premières et certains emballages. Les activités de publicité et de promotion sont en baisse car les entreprises cherchent à préserver leurs marges bénéficiaires.

Nous nous intéressons à un certain nombre d’entreprises indiennes du secteur de la consommation, mais leurs cours demeurent élevés et ne se sont pas repliés pendant cette période. Certaines actions se sont même appréciées parce que ce secteur est reconnu comme une valeur refuge.2

Certains enjeux touchent le secteur des services financiers, notamment les innombrables pertes d’emplois dans plusieurs secteurs, en particulier le secteur de l’immobilier. Ce dernier emploie énormément de personnes et soutient un certain nombre d’industries connexes. Ce secteur éprouve des difficultés depuis quelques années et la COVID-19 a considérablement aggravé la situation, tant du côté de la demande que de l’offre.

Le virus va certes exacerber certains problèmes, mais il devrait favoriser les sociétés à plus forte capitalisation qui ont un bon bilan et des réserves abondantes. L’Inde compte une forte proportion de micro, petites et moyennes entreprises (MPME) qui ont subi une pression intense à la suite de la fermeture des entreprises. Ces petits entrepreneurs misent sur les institutions financières non bancaires (IFNB) pour obtenir du crédit et des liquidités. Les IFNB indiennes ont éprouvé des difficultés au cours des deux dernières années en raison des taux d’endettement et de défaillance élevés de certaines grandes IFNB. Par conséquent, les IFNB qui comptent sur les capitaux des banques et des marchés obligataires n’ont pas d’argent à prêter.3

La situation s’est aggravée après l’éclosion de COVID-19, car les problèmes de liquidité dans le système se transforment en problèmes de qualité des actifs pour les IFNB. Les entreprises et les MPME sont incapables de rembourser les IFNB en raison de la fermeture des entreprises, ce qui accentue les inquiétudes. Les banques confrontées à leurs propres problèmes de qualité des actifs depuis la fermeture des entreprises sont devenues très réticentes à s’exposer aux risques et ne prêtent plus aux IFNB.4

La Banque de réserve de l’Inde (RBI) est intervenue de plusieurs manières pour accroître la liquidité du système financier : elle a entre autres abaissé les taux d’intérêt et effectué des opérations de prise en pension de titres sur le marché libre,5 mais le système n’a pas suffisamment d’appétit pour le risque pour permettre aux IFNB et aux microprêteurs de recevoir des fonds. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que les IFNB qui ont les reins moins solides ne survivent pas. Les plus grandes banques et IFNB ont de très bons bilans et suffisamment de réserves pour résister à tout problème de qualité des actifs découlant de la COVID-19. Par conséquent, beaucoup de ces entités en sortiront probablement plus fortes. Nous avons investi dans un titre du secteur des services financiers en Inde et continuons de surveiller plusieurs autres entreprises qui, selon nous, pourraient profiter des déboires à court terme de l’Inde, mais dont l’évaluation demeure élevée.

 

Profiter des replis boursiers au Brésil et au Mexique

Le Mexique et le Brésil ont beaucoup tardé à adopter des mesures de quarantaine et de distanciation sociale. Même si le Mexique était en meilleure posture budgétaire que le Brésil lorsque la crise a éclaté, la baisse du produit intérieur brut (PIB) du Mexique sera probablement plus marquée. Le président mexicain a indiqué qu’il ne mettra pas de mesures de relance à la disposition des entreprises.

Même si la dette du Brésil était très élevée au début de la crise, le pays a annoncé d’importantes mesures de relance économiques. Ces mesures devraient accélérer la reprise, mais accroître le taux d’endettement déjà élevé du pays. Le Brésil a été l’un des marchés les moins performants au premier trimestre, mais les évaluations des entreprises de grande qualité ne sont toujours pas attrayantes.

Cela étant dit, nous avons pu profiter du repli boursier pour investir dans un titre de grande qualité à caractère défensif qui figurait sur notre liste de surveillance. Nous avons également pu ajouter un titre de cybercommerce de l’Argentine dont un fort pourcentage des activités provient du Brésil. De manière générale, nous aimons les entreprises qui exploitent des plateformes.6 Elles ont habituellement des coûts fixes élevés et des coûts marginaux faibles, ce qui leur confère des marges supplémentaires élevées. En outre, les entreprises de cybercommerce devraient profiter du climat actuel, où de plus en plus de gens commencent à magasiner à la maison.

Les évaluations des titres du Mexique sont plus attrayantes. Nous avons pu profiter du repli boursier et de la baisse des évaluations pour commencer à investir dans une entreprise de grande qualité dirigée par des gens compétents.

 

Miser sur le long terme

Nous avons adopté une approche calme et méthodique tout au long de la crise et nous sommes assurés que nos rapports de recherche, nos prévisions et notre marge de sécurité soient tous à jour. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les dirigeants d’entreprises, tant ceux des titres en portefeuille que des nouvelles occasions de placement et avons organisé trois ou quatre conférences téléphoniques par jour. Nous avons procédé de la même manière que lors des autres périodes de dislocation des marchés. Nous avons profité de la volatilité pour investir davantage dans des titres en portefeuille et effectuer de nouveaux placements.

 

 

 

Autres blogues de Jeff Feng and Kimberley West

En quête de valeur en Inde et en Amérique latine
15 mai 2020

En quête de valeur dans les marchés émergents : la Chine
13 mai 2020

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

1 Source : ministère indien des Affaires intérieures.

2 Les valeurs refuges sont des placements dont la valeur est susceptible de se maintenir ou même d’augmenter en périodes de volatilité des marchés.

3 Benjamin Parkin, « India’s shadow banking crisis sparks credit crunch », Financial Times, 2 juillet 2019.

4 COVID-19: impact on the financial services sector », Ernst & Young Associates, avril 2020.

5 Une convention de mise en pension est un contrat en vertu duquel une partie prête des liquidités en échange de titres, souvent des bons du Trésor, dont la valeur est à peu près équivalente. Ce marché a pour but de permettre aux entreprises qui détiennent beaucoup de titres, mais pas suffisamment de liquidités, d’emprunter à bas prix.

6 Une plateforme est un modèle d’affaires qui crée de la valeur en facilitant les échanges entre deux groupes interdépendants, ou plus, habituellement des consommateurs et des producteurs. Afin de rendre les échanges possibles, les plateformes exploitent et créent de vastes réseaux évolutifs d’utilisateurs et de ressources qui sont accessibles sur demande.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs au 1er mai 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.