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Brian Levitt | 30 août 2019

Il est temps de troquer l’incertitude contre la stabilité

Au début de l’année, je m’attendais à ce que la croissance soit plus lente en 2019, mais à une amélioration de la politique monétaire. Et, j’en ai conclu que ce serait mieux pour les marchés financiers que la combinaison de forte croissance et de mauvaise politique monétaire de 2018, plus précisément les hausses de taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed) et les tarifs douaniers.

La Fed a révisé son plan de match en 2019, signalant un changement majeur dans son approche lors de sa réunion de janvier et proposant une baisse de taux en juillet. Le virage de la Fed vers une politique plus accommodante allait de soi, compte tenu du resserrement de la situation financière vers la fin de 2018 et de la diminution des attentes d’inflation. Des rendements à deux chiffres sur les marchés américains en général1 ont jusqu’ici donné raison à l’approche de la Fed.

Hélas, la marche arrière de la Fed à elle seule n’a pas réussi à réprimer les craintes qu’une erreur de politique monétaire de fin de cycle se pointe à l’horizon. Seulement, cette fois-ci, contrairement à tous les autres cycles, les politiques commerciales de l’Administration Trump, pas le Federal Open Market Committee, sont dans la mire des investisseurs.

En clair, on doit s’attendre au type de pertes subies par les marchés qui ont ponctué le mois d’août. Elles surviennent presque chaque année et habituellement lorsqu’il règne de l’incertitude à l’égard de la politique monétaire. Ça c’est évident. Mais c’est là que réside le problème : plus l’incertitude persiste, plus nous nous attendons à ce que la volatilité perdure, indépendamment de l’issue à long terme. Pour reprendre une phrase célèbre de l’ère Clinton : « C’est ça l’incertitude, imbécile ».

 

La problématique de l’incertitude

Le protectionnisme mène à l’inefficacité de l’économie mais pas nécessairement à une récession. En revanche, l’incertitude freine les dépenses d’investissement des entreprises. Pendant les épisodes passés d’incertitude, nous avons vu la ruée vers les valeurs sûres s’amorcer avec tous les signaux habituels : remontée du dollar, aplatissement de la courbe des taux, chute des prix du pétrole, augmentation des primes de rendement des titres à rendement élevé et repli des actions. C’est seulement lorsque les autorités monétaires se sont rappelé de ne pas nuire que le commerce a repris et que les marchés boursiers ont poursuivi leur tendance haussière séculaire.

Je tiens à préciser ceci, cela ne se veut pas une critique de la politique commerciale à long terme du pays. Je ne dis pas non plus que tous les enjeux doivent être réglés aujourd’hui. Les différends commerciaux entre les grandes puissances économiques ne datent pas d’hier. Si l’on se reporte dans l’histoire, dans les années 1700, le Royaume-Uni s’était plaint que les États-Unis volaient sa propriété intellectuelle. De 1914 à 1918, la Grande-Bretagne et l’Allemagne se sont battues pour la suprématie commerciale, puis à nouveau 20 ans plus tard. Pour ceux qui aiment l’histoire, les marchés se sont magnifiquement bien comportés au 20e siècle malgré tout. Ce que je veux plutôt dire, c’est que les entreprises doivent savoir que les règles du jeu ne changeront pas du jour au lendemain.

James Carville — conseiller politique qui a rallié la campagne présidentielle de Bill Clinton autour du slogan « C’est ça l’économie, imbécile » — avait un autre dicton célèbre. Pour le paraphraser, Carville a dit que s’il pouvait se réincarner en quelqu’un (ou quelque chose), il le ferait en marché obligataire afin de pouvoir intimider tout le monde. En effet, au moment d’écrire ce blogue, la courbe des taux est légèrement inversée et l’intimidation a déjà débuté.

Compte tenu des faibles taux d’intérêt et d’inflation et des mesures d’assouplissement quantitatif de la Fed, je crois que les marchés veulent continuer de grimper. Je maintiens ma position, à savoir qu’un ralentissement de la croissance et qu’une meilleure politique monétaire ne seraient pas une mauvaise chose pour les marchés, mais reste à voir si, d’ici la fin de l’année, les autorités monétaires pourront troquer l’incertitude à court terme contre un cadre commercial stable à long terme, apte à stimuler la confiance des entreprises.

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1 L’indice S&P 500 a dégagé un rendement de 20,24 % depuis le début de l’année jusqu’en juillet inclusivement. Source : FactSet Research Systems.
Une courbe de taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un rendement supérieur à celui des obligations à long terme. Lorsque la courbe de taux est normale, les obligations à long terme procurent un rendement plus élevé.
Le Federal Open Market Committee (FOMC) est un comité du conseil de la Fed composé de douze membres qui se réunissent régulièrement pour établir la politique monétaire, y compris les taux d’intérêt perçus des banques.
L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme étant représentatif du marché boursier américain.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Brian Levitt au 29 août 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.