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Talley Léger | 26 janvier 2022

La Banque du Canada se montre belliciste, mais laisse les taux inchangés

Malgré le taux de chômage le plus bas depuis le début de 2020 et l’inflation la plus rapide depuis le début des années 90, la Banque du Canada a décidé, dans son annonce d’aujourd’hui, de laisser son taux au jour le jour à la limite inférieure de sa fourchette, soit à 0,25 %. De plus, la Banque a déclaré qu’elle poursuivra son programme de réinvestissement, en vertu duquel elle achètera des obligations du gouvernement du Canada uniquement pour remplacer les titres arrivant à échéance, ce qui aura pour effet de maintenir ses avoirs à un niveau relativement élevé pour le moment.

Cependant, la Banque du Canada a pris de nouvelles mesures bellicistes pour supprimer le soutien monétaire de l’ère de la pandémie en mettant fin à ses prévisions exceptionnelles sur le taux directeur et en préparant les marchés à la nécessité éventuelle de relever les taux d’intérêt. En outre, la Banque a introduit une séquence potentielle d’événements de resserrement quantitatif (RQ). Plus précisément, les autorités canadiennes envisagent désormais de mettre un terme au programme de réinvestissement en laissant les obligations du gouvernement du Canada qu’elles possèdent venir à échéance, réduisant ainsi leur bilan, qui est très alourdi en ce moment. Son attitude belliciste d’aujourd’hui s’inscrit dans la foulée de l’annonce de sa décision belliciste de mettre fin à son programme d’assouplissement quantitatif (AQ) en novembre 2021.

Comment réagissent les marchés?

Malgré l’intensification des pressions exercées par les marchés, la Banque du Canada s’est abstenue d’utiliser un instrument aussi radical que les hausses de taux, préférant une approche plus chirurgicale, bien que de plus en plus belliciste.

Les marchés se redressent depuis que la Banque du Canada a annoncé qu’elle laissait les taux inchangés, ce qui dément les attentes de six hausses de taux cette année. Rappelons que la Banque a mis fin aux mesures d’assouplissement quantitatif avant la Réserve fédérale américaine (Fed) et que les investisseurs canadiens ont pris encore plus d’avance sur la Banque du Canada, ce qui ressemble à un sursis tactique après une attitude et un positionnement trop bellicistes.

En quoi est-ce important pour les investisseurs? Quelles conclusions peut-on en tirer du point de vue des placements?

Les taux directeurs canadiens sont demeurés inchangés pendant près de deux ans et la Banque du Canada n’a pas augmenté ses taux d’intérêt depuis septembre 2018. Cependant, les investisseurs devraient moins se soucier du moment précis et du nombre de hausses de taux, à mon avis. Je pense qu’ils devraient se soucier davantage de l’orientation générale des taux d’intérêt, que je vois évoluer éventuellement de stables à en hausse. Autrement dit, je crois que les investisseurs devraient se positionner en vue d’un resserrement de plus en plus marqué de la politique monétaire, si ce n’est déjà fait.

Du point de vue stratégique, des hausses de taux persistantes de la Banque du Canada seraient-elles bonnes ou mauvaises pour l’économie et le marché boursier canadiens? J’ai l’impression que le Canada s’en sort généralement mieux dans une conjoncture de forte croissance économique mondiale, de hausse des prix des marchandises et d’appréciation du dollar canadien, autant d’éléments qui sont déjà en place et qui vont de pair avec les hausses de taux.

Qu’en est-il du marché canadien des titres à revenu fixe? Il se peut que la Banque puisse temporairement envisager une courbe des taux plus pentue, étant donné que les taux des obligations du gouvernement du Canada à 2 ans ont déjà fortement augmenté, pour atteindre environ 1,25 %. Autrement dit, quatre hausses de taux de 25 points de base sont intégrées dans la partie courte de la courbe des taux. Cependant, en bout de ligne, je m’attends à ce que la courbe canadienne reprenne sa tendance à l’aplatissement lorsque le cycle de resserrement de la Banque du Canada va s’amorcer.

Quels sont les risques?

Personnellement, je crains de trop miser sur des attentes notoirement peu fiables concernant les taux directeurs de la banque centrale. Si mes craintes sont fondées, il se peut que les marchés canadiens soient trop bellicistes si le produit intérieur brut (PIB) canadien se maintient en deçà des seuils d’avant la pandémie.

Il est vrai que le taux de chômage au Canada est retombé à un creux cyclique de 5,9 %, ce qui est nettement supérieur au taux de chômage de 3,9 % aux États-Unis, pour des raisons structurelles et idiosyncratiques. Cependant, l’économie canadienne croît plus lentement (4,0 % sur douze mois) que celle de son voisin du Sud (4,9 % sur douze mois) et le taux d’inflation canadien (4,8 %) est beaucoup plus faible que le taux d’inflation américain de (7,0 %).

Du point de vue tactique, le risque à la hausse tient au fait que les investisseurs canadiens sont trop en avance sur la Banque du Canada qui, à son tour, est trop en avance sur le cycle de resserrement de la Fed. Par conséquent, je m’attends à ce que les taux des obligations du gouvernement du Canada se stabilisent, voire même à ce qu’ils fléchissent un peu, à ce que la courbe des taux se pentifie quelque peu et à ce que les actions canadiennes profitent d’une reprise de soulagement en raison d’une attitude et d’un positionnement trop bellicistes.

À plus long terme, j’entrevois un risque de perte si la Banque réagit de manière exagérée à l’inflation et anéantit la croissance. Si cela se produit, je prévois que les taux des obligations du gouvernement du Canada vont fondre et que les marchés boursiers canadiens vont se révolter, ce qui forcerait la Banque du Canada à faire volte-face, aussi embarrassant que cela puisse être. Après tout, ce ne serait pas la première fois que le Canada s’écarte trop de la voie tracée par les autorités monétaires américaines.

Enfin, le taux d’endettement excessivement élevé au Canada constitue un risque connexe qui devrait limiter la durée et l’ampleur du cycle de resserrement de la Banque du Canada, qui fera tout pour éviter de surcharger les ménages, les entreprises et les gouvernements canadiens en leur imposant un coût du service de la dette ingérable.

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Image d’en-tête : d3sign / Getty

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 26 janvier 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.