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Kristina Hooper | 8 mars 2022

La crise russo-ukrainienne : les questions que les investisseurs se posent sur le pétrole, les risques de récession, etc.

Les investisseurs s’interrogent sur l’impact de la crise en Ukraine sur les marchés. Cette semaine, Kristina Hooper et son équipe nous parlent des récentes craintes entourant le prix de l’énergie, les devises et plus encore.

La tragédie humaine se poursuit en Ukraine. Je m’en serais voulue de ne pas l’avoir mentionné d’entrée de jeu. Nos pensées vont à ceux et celles qui se trouvent en Ukraine, qui tentent de fuir le pays et à leurs proches qui suivent la situation à distance. Ces gens vivent un véritable cauchemar et nous prions pour que cette situation déchirante prenne fin au plus vite.

Comme nous continuons de recevoir énormément de questions des clients concernant les ramifications de cette crise sur l’économie et les marchés, nous avons compilé les questions les plus fréquentes et avons tenté d’y répondre à la lumière des informations dont nous disposons le 7 mars.

Les prix du pétrole ont continué d’augmenter. Qu’est-ce que cela signifie pour les économies des pays développés et à quel point l’inflation va-t-elle empirer?

Les pressions inflationnistes se sont clairement aggravées, notamment en raison du prix de l’énergie et d’autres produits de base attribuable à la crise russo-ukrainienne.

Remettons tout cela en perspective. Si l’on se fie aux données de la Banque mondiale, nous prévoyons que les dépenses de consommation mondiales en pétrole, en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), vont franchir le cap des 7 % si les prix actuels du pétrole se maintenaient; ce cap de 7 à 10 % n’a été franchi qu’à deux reprises au cours des cinq dernières décennies, depuis 1970. Dans les deux cas, une baisse significative de la demande a suivi. Il y a donc fort à parier qu’en l’espace de deux ans, l’économie mondiale va passer d’une peur de la pandémie à une peur de l’inflation, ce qui fait craindre un ralentissement de la croissance.

Il convient de noter que certaines pressions inflationnistes pourraient s’atténuer, mais il est encore trop tôt pour se prononcer. Le marché du travail américain semble revenir à la normale, car de plus en plus de gens retournent travailler. Après des mois de fortes hausses du salaire horaire moyen, il a été stable en février1. Si la croissance des salaires continue à se modérer, non seulement aux États-Unis mais aussi dans l’ensemble des marchés développés, cela signifierait qu’au moins certaines pressions inflationnistes s’atténuent.

Que nous dit l’écart de taux entre les bons du Trésor américain à 10 et à 2 ans sur le risque de récession?

Nous constatons une forte volatilité sur les marchés des bons du Trésor alors que les investisseurs tentent d’anticiper les attentes à l’égard du resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) et d’évaluer le risque géopolitique croissant en lien avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Même si l’écart entre les taux à 10 et à 2 ans s’est resserré, nous ne croyons pas que cela signale une récession imminente, mais le risque d’une récession a clairement augmenté, comme nous l’avons mentionné plus haut.

 Qu’est-il advenu des devises?

La devise qui a été la plus durement touchée est évidemment le rouble. Comme prévu, le dollar américain s’est apprécié en raison de son statut de « valeur refuge », tandis que l’euro s’est déprécié, puisque la zone euro est très perturbée par la crise. Les « monnaies-marchandises », en particulier le dollar canadien, le dollar australien et certaines devises des marchés émergents d’Amérique latine, ont bien sûr profité de la flambée des prix de l’énergie et des métaux industriels.

Après l’imposition de sanctions contre la Russie, le dollar américain risque-t-il de perdre son statut de monnaie privilégiée pour les réserves de change des banques centrales?

C’est possible, mais ce n’est certes pas le scénario de référence. Tout dépendra de la durée pendant laquelle les réserves de la banque centrale seront gelées et de la volonté de certains pays d’avoir une monnaie de réserve autre que le dollar américain. Il se peut que l’or et même les cryptomonnaies gagnent en popularité en tant que réserves de change.

Pourquoi le bitcoin a-t-il surpassé les autres cryptomonnaies pendant cette crise?

Le bitcoin et d’autres cryptomonnaies ont initialement chuté, au même titre que d’autres actifs risqués, au fil des événements le 24 février, mais le bitcoin s’est apprécié dans les jours qui ont suivi. C’est sans doute parce que le bitcoin permet à ses utilisateurs de contourner les sanctions économiques et d’effectuer des transactions transfrontalières indépendamment des sanctions. Les autres cryptomonnaies permettent d’en faire autant, mais nous croyons que le bitcoin a bénéficié de son infrastructure mieux établie, de sa plus grande acceptation et du fait qu’il est plus connu. Cela a contribué à l’augmentation de la demande de bitcoins. L’Ukraine reçoit aussi des dons en bitcoins.

Quels développements les investisseurs devraient-ils surveiller?

Il y en a plusieurs. En voici quelques-uns :

  • Du point de vue humanitaire. On a appris le 7 mars que la Russie a énoncé des conditions pour un cessez-le-feu afin de permettre aux civils d’évacuer quatre villes ukrainiennes. Même si elles seront fort probablement rejetées par l’Ukraine, ce sont les conditions les plus tangibles qui ont été proposées à ce jour et elles donnent l’impression que la Russie cherche une « voie de sortie », étant donné que l’invasion a été beaucoup plus difficile qu’elle ne l’avait anticipé.
  • Du point de vue des dépenses budgétaires. La crise russo-ukrainienne donne lieu à une augmentation à court terme des dépenses budgétaires, que ce soit sous forme d’aide militaire, médicale et humanitaire à l’Ukraine et, à plus long terme, on pourrait assister à une augmentation des dépenses militaires, en particulier en Europe (qui pourraient atteindre jusqu’à 1 % du PIB en Allemagne, par exemple2). L’impact que cela aura sur les économies dépendra de la manière dont ces dépenses seront financées. Et, bien sûr, le pouvoir d’achat diminue dans les pays consommateurs d’énergie, mais il augmente dans les pays producteurs d’énergie. L’augmentation des dépenses budgétaires pourrait avoir plus d’impact sur les économies mondiales que tout ce que font les banques centrales.
  • Du point de vue du prix de l’énergie. Des rumeurs continuent de circuler selon lesquelles les États-Unis sont sur le point de conclure un accord avec l’Iran qui permettrait aux États-Unis et à d’autres pays d’acheter son pétrole. Les États-Unis sont aussi en pourparlers avec le Venezuela pour recommencer à acheter son pétrole. La production iranienne et vénézuélienne pourrait certes contribuer à atténuer la hausse des prix du pétrole, surtout si les alliés occidentaux décident d’interdire l’importation de pétrole brut russe.
  • Du point de vue de la banque centrale. Le calcul des décisions politiques de la banque centrale a beaucoup évolué. La semaine dernière, le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a clairement indiqué que la Fed augmenterait probablement ses taux de 25 points de base seulement en mars et qu’elle agirait de façon plus posée et réfléchie en matière de hausses de taux. De plus, les marchés s’attendent à ce que la Banque centrale européenne adopte un ton plus conciliant que prévu. Cela pourrait atténuer l’un des vents contraires auxquels les actions sont confrontées cette année.
  • Du point de vue de la croissance. À sa séance plénière annuelle, la Chine s’est fixé un objectif de croissance d’environ 5,5 % pour 2022.3 Bien que ce soit l’un des objectifs de croissance les plus bas en trois décennies, il est supérieur à l’estimation de Wall Street, qui se chiffrait à environ 5,0 %. Nous croyons que l’objectif de croissance plus ambitieux pourrait envoyer le message que les décideurs politiques sont déterminés à stabiliser et à faire croître l’économie en 2022. Pour atteindre son objectif de croissance, la Chine aura besoin d’un cadre monétaire et budgétaire encore plus favorable pendant le reste de l’année, ce qui pourrait signifier une conjoncture réglementaire plus souple qui stimulerait les investissements en immobilisations et sur le marché immobilier.
  • Du point de vue des actions mondiales. Certains pays, comme la Chine, sont moins exposés à la crise et leurs marchés sont donc plus à l’abri de ces pressions. Certains pays et marchés peuvent bénéficier de leur exposition aux produits de base, en particulier certains pays émergents d’Amérique latine, de même que les actions australiennes et canadiennes et leurs devises.

Quels conseils donneriez-vous aux investisseurs?

Les investisseurs, et c’est tout à fait naturel, ne savent pas quoi faire ni s’ils devraient faire quoi que ce soit en ce moment. Nous avions déjà anticipé la volatilité, étant donné le virage de la Fed vers une position plus belliciste alors qu’elle se préparait à amorcer un resserrement de sa politique monétaire. Cependant, la situation s’est grandement complexifiée ces dernières semaines. Force est d’admettre que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a énormément surpris les marchés, comme en témoigne le repli marqué auquel nous avons assisté et la spéculation sur les prix des produits de base.

Par ailleurs, nous sommes persuadés qu’il y aura d’autres replis boursiers et d’autres épisodes de volatilité, pendant que les marchés continuent de s’habituer à un écart aussi spectaculaire par rapport aux attentes conventionnelles. Nous allons devons rajuster nos attentes : la crise en Ukraine risque de durer un certain temps encore, mais nous nous attendons à ce que les marchés commencent à se redresser à partir du moment où l’économie mondiale se sera rajustée. Comme nous l’avons déjà dit, la volatilité, même intrajournalière, a considérablement augmenté sur les marchés boursiers et obligataires cette année, mais nous n’avons pas vu de mouvements de panique ni de capitulation. Cela pourrait être un autre signe que la volatilité, liée à la perception d’incertitude, pourrait durer un certain temps encore.

À notre avis, ce n’est pas le moment d’abandonner les actions si l’on a un horizon temporel suffisamment long. Comme nous l’avons déjà dit à maintes reprises, il faut avoir un portefeuille bien diversifié entre et au sein des catégories d’actifs, qui inclut des produits alternatifs tels que les produits de base.

Rédigé en collaboration avec Brian Levitt, Arnab Das, Paul Jackson, Luca Tobagi, David Chao et Ashley Oerth

1 Source : US Bureau of Labor Statistics, 4 mars 2022

2 Source : CNBC, « Germany announces major defense policy shift in face of Russia’s Ukraine invasion », 27 février 2022

3 Source : The Wall Street Journal, « China Sets Economic Growth Target of Around 5.5% for the Year », 4 mars 2022

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 7 mars 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.