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Kristina Hooper | 27 avril 2022

La croissance mondiale, les élections françaises et la Réserve fédérale américaine

Les prévisions de croissance mondiale sont révisées à la baisse, Emmanuel Macron remporte les élections en France et la Réserve fédérale américaine effraie les marchés en parlant de plusieurs hausses de taux d’intérêt de un demi-point à ses prochaines réunions. Kristina Hooper aborde ces trois enjeux clés.

La semaine dernière a été une fois de plus marquante et bien remplie. Ci-dessous, nous abordons trois enjeux clés : la croissance mondiale, les élections françaises et les propos bellicistes de la Réserve fédérale américaine.

Les prévisions de croissance mondiale sont révisées à la baisse

Sans surprise, le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse les prévisions de croissance mondiale en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de ses conséquences. Le FMI s’attend désormais à une croissance mondiale de 3,6 % en 2022, au lieu des 4,4 % prévus en janvier et à une croissance mondiale de 3,6 % en 2023.1

Si l’on compare les économies développées et émergentes, les prévisions de croissance des économies développées ont été ramenées à 3,3 % en 2022 et 2,4 % en 2023, en baisse par rapport aux prévisions de janvier de 3,9 % en 2022 et de 2,6 % en 2023.1 Les attentes pour les économies émergentes ont également été revues à la baisse à 3,8 % en 2022 et 4,4 % en 2023, contre 4,8 % en 2022 et 4,7 % en 2023; cependant, cela suppose une forte réaccélération de la croissance dans les économies émergentes en 2023. 

Par ailleurs, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a amené le FMI à relever ses projections d’inflation à 5,7 % dans les pays développés et à 8,7 % dans les pays émergents, soit 1,8 et 2,8 points de pourcentage de plus, respectivement, que les projections d’inflation de janvier 2022.1

Cependant, la grande nouvelle concerne la Chine et les inquiétudes concernant sa croissance. Le FMI a abaissé son estimation de la croissance de la Chine en 2022 à 4,4 % contre 4,8 %1, craignant que Beijing ne soit mise en confinement advenant un pic d’infections à la COVID. De toute évidence, le FMI doute de plus en plus de la capacité de la Chine à atteindre l’objectif officiel d’environ 5,5 % compte tenu des mesures de confinement liées à la COVID. Les nouvelles récentes concernant la propagation d’un variant dans la capitale chinoise et la mise en confinement d’une zone située à l’est de la ville pour freiner le virus ont suscité des inquiétudes sur le marché intérieur. Les autorités ont demandé à la population de rester à la maison jusqu’au 27 avril, jusqu’à ce que deux tests de COVID de masse obligatoires aient été effectués.

Il est évident qu’en mars, les mesures de confinement liées à la COVID ont entravé la consommation et la situation ne fait qu’empirer. Dans ce contexte, je ne serais pas surprise si le produit intérieur brut (PIB) chinois du deuxième trimestre était décevant. Cependant, cela ne change pas ma perspective beaucoup plus positive pour la deuxième moitié de 2022, alors que nous nous attendons à un rebond post-COVID et à un soutien politique accru, ce qui devrait entraîner une forte croissance pendant la deuxième moitié de l’année. Elle n’atteindra peut-être pas 5,5 % pour l’année, mais elle devrait se maintenir au-dessus de 4,5 %. En outre, une accélération de milieu de cycle en Chine au second semestre indiquerait la possibilité d’une croissance plus forte au début de 2023, ce qui cadrerait avec les prévisions du FMI, qui font état d’une réaccélération de la croissance des marchés émergents en 2023, compte tenu des liens commerciaux solides entre la Chine et de nombreux autres pays émergents.

La confiance des investisseurs à l’égard de la Chine est, à juste titre, faible puisque l’économie est confrontée à de nombreux vents contraires qui ont engendré de maigres bénéfices au premier trimestre. Cependant, la confiance des investisseurs chinois pourrait toucher le fond du baril sous peu. Au vu des récentes données de négociation, le taux de rotation quotidien moyen des actions de catégorie A n’était que de 1,2 % la semaine dernière et le volume des opérations sur marge est désormais nettement inférieur à ce qu’il était pendant la débâcle de 2018.2 De plus, les valorisations semblent de plus en plus attrayantes.

Emmanuel Macron remporte les élections en France

L’autre grande nouvelle de la semaine ne concerne pas l’économie ni les marchés, mais les élections françaises. Malgré les inquiétudes des marchés quant à la victoire de Marine Le Pen au deuxième et dernier tour des élections présidentielles, Emmanuel Macron a réussi à remporter une victoire, avec un écart plus large que prévu.

Je m’attends à ce que cela apaise la peur et la volatilité sur les marchés européens mais comme la victoire avait déjà été prise en compte depuis quelques jours, il n’y a donc pas eu de « rebond lié à l’effet Macron ». Je pense qu’il y a d’importants éléments à retenir de cette victoire. On peut l’interpréter comme une victoire pour l’Union européenne et l’OTAN, malgré les réelles difficultés des consommateurs en raison de l’inflation élevée.

Donc, pour le moment, l’élection représente le maintien du statu quo. Là où la situation pourrait devenir plus intéressante (et où les choses pourraient changer), c’est lors des prochaines élections législatives (qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains). À l’heure actuelle, le parti La République en marche d’Emmanuel Macron détient 312 des 577 sièges à l’Assemblée nationale; c’est ce qui a permis à M. Macron de travailler avec un Parlement ami et de nommer un premier ministre de son propre parti, ce qui lui a donné la chance d’atteindre un plus grand nombre d’objectifs politiques, y compris les réformes économiques.

À la lumière de l’issue des élections présidentielles et des gains de l’extrême droite et de l’extrême gauche, il se peut que les prochaines élections législatives soient moins tranchées. Rappelons qu’en 2017, Emmanuel Macron et son parti surfaient sur une vague d’enthousiasme; c’est loin d’être le cas maintenant, alors que de nombreux électeurs se sont abstenus au second tour de scrutin dimanche ou ont voté à contrecœur pour lui afin d’éviter que Mme Le Pen accède à la présidence. Les électeurs insatisfaits pourraient voir les prochaines élections législatives comme une occasion de manifester leur mécontentement au président Macron sans courir le risque d’un changement radical de leadership au sommet.

Ainsi, le Parlement français risque d’être désormais plus fragmenté et il se peut que M. Macron doive choisir un premier ministre en dehors de son propre parti. Si tel est le cas, il importe de se rappeler que le président contrôle la défense et la politique étrangère et que le premier ministre contrôle la politique intérieure.

Par exemple, Lionel Jospin, premier ministre socialiste sous la présidence de Jacques Chirac, a introduit la semaine de travail de 35 heures. Un premier ministre d’extrême droite ou d’extrême gauche pourrait déposer un budget plus expansionniste, auquel cas les écarts de taux par rapport aux obligations allemandes pourraient s’élargir et les actions françaises pourraient contre-performer.

Cependant, la question clé de l’adhésion à l’Union européenne (UE) ne serait pas en cause, car elle est sous le contrôle du président. On s’attend sur le front international à ce que M. Macron soit le fer de lance de la poursuite de l’intégration de l’Europe, en remplacement d’Angela Merkel. Il a déjà joué un rôle déterminant dans la répartition de la dette dans le dossier du Fonds de relance et le succès à long terme de l’euro dépendra probablement d’une intégration budgétaire de plus en plus grande des États membres. M. Macron s’est aussi engagé à accroître les dépenses en défense et se dit en faveur d’une plus grande coopération au sein de l’UE sur cette question. À notre avis, cela devrait contribuer au maintien de la stabilisation du marché.

Avec du recul, force est d’admettre que la création en 2016 d’En Marche, parti centriste de Macron, a remodelé le paysage politique en France. Dès lors, il y avait trois blocs de vote : l’extrême gauche, le centre et l’extrême droite. Les partis traditionnels de centre-gauche et de centre-droite ont disparu et ont été remplacés par En Marche au cours des six dernières années. Cela crée un vide de candidats admissibles favorables aux marchés pour les prochaines élections qui se tiendront en 2027. M. Macron ne pourra pas se représenter, mais Marine Le Pen pourra le faire et le fera probablement (même si elle prétend le contraire). Comme elle vient de récolter 41 %3 des voies (le pourcentage le plus élevé jamais enregistré par une candidate d’extrême droite), elle doit se dire qu’elle n’est plus qu’à un jet de pierre de la présidence, surtout si aucun autre candidat charismatique de centre ne se révèle.

La Réserve fédérale américaine a effrayé les marchés

Toujours la semaine dernière, les propos bellicistes de la Réserve fédérale américaine (Fed) ont effrayé les marchés. Jeudi, non seulement le président du conseil de la Fed, Jerome Powell, a déclaré qu’une hausse de taux d’intérêt de un demi-point serait « sur la table » à la réunion de la Fed du début de mai, mais il a laissé entendre qu’il pourrait y en avoir d’autres lors des prochaines réunions; il a fourni l’explication suivante : « Nous sommes fermement résolus à utiliser les outils dont nous disposons pour ramener l’inflation » à des taux plus normaux.4 Il a précisé ceci : « Nous allons relever les taux d’intérêt et revenir rapidement à un taux d’inflation plus neutre » et nous n’hésiterons pas à les relever davantage si cela s’avère nécessaire. Le président de la Réserve fédérale de St. Louis, Jim Bullard, a été encore plus belliciste dans ses propos la semaine dernière.

À notre avis, les marchés ne devraient pas craindre ce durcissement de ton, mais plutôt s’en réjouir; les propos bellicistes peuvent faire le gros du travail pour la Fed et, selon moi, ils peuvent aussi aider psychologiquement les consommateurs à mieux vivre avec l’inflation. C’est ainsi que la Fed – et d’autres banques centrales – pourraient parvenir à effectuer un atterrissage en douceur et éviter une récession.

Rédigé en collaboration avec Paul Jackson, Arnab Das, Emma McHugh et David Chao

1 Source : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2022.

2 Source : Bloomberg, 22/04/2022.

3 Source : CNBC, « Macron has won France’s presidential election. But the far right is upping its game », 25 avril 2022

4 Source : Yahoo Finance, « Fed’s Powell, half-point hike in view, completes hawkish pivot », 21 avril 2022

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 26 avril 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.