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Kristina Hooper | 19 juin 2019

La Fed va-t-elle perdre « patience » cette semaine?

La réunion de la Réserve fédérale américaine (la « Fed ») retiendra toute l’attention cette semaine — en particulier l’énoncé de sa déclaration (pour savoir si la banque centrale va maintenir sa position de « patience ») et la publication du fameux « dot plot » (le graphique en points qui permet de connaître ses perspectives des taux d’intérêt). En effet, la réunion qui se tiendra les 18 et 19 juin est cruciale étant donné que récemment les marchés s’attendent à un ton beaucoup plus conciliant de la part de la Fed. En outre, avec un accroissement des risques, bon nombre d’investisseurs reconnaissent qu’une fois de plus, la Fed pourrait les aider à éviter un environnement boursier plus ardu.

Les attentes d’une réduction de taux cette année sont très élevées

Bon nombre d’observateurs sont de plus en plus convaincus que la Fed réduira ses taux cette année. Après tout, d’autres banques centrales ont déjà commencé à emboîter le pas, certaines en raison de l’affaiblissement de la conjoncture économique, d’autres sans doute en prévision d’une décision de la Fed. Il est important de tenir compte des développements suivants :

  • Les banques centrales de l’Inde, de la Malaisie et des Philippines ont réduit leurs taux depuis avril.
  • Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a récemment suggéré qu’il était possible que la BCE réduise bientôt ses taux.
  • La Banque de Russie a abaissé son taux directeur d’un quart de point la semaine dernière, en raison de la récente modification de la position de la Fed. Cette banque centrale a également suggéré qu’elle pourrait réduire davantage ses taux cette année.

Mais la Fed va-t-elle réellement réduire ses taux? Certains pourraient soutenir qu’une telle décision est difficile à justifier puisque les données économiques américaines ont été relativement solides. Cependant, l’économie américaine semble présenter des faiblesses qui pourraient refléter les déficiences d’autres régions du monde. Par exemple, la semaine dernière, des similitudes ont été observées entre les données américaines et chinoises, les deux pays connaissant une reprise des ventes au détail en mai, mais une nouvelle faiblesse dans le secteur manufacturier. De plus, il semble que le secteur manufacturier mondial ait éprouvé des difficultés sous l’effet, du moins en partie, directement ou indirectement, des tarifs imposés.

L’aggravation de la guerre commerciale pourrait justifier une réduction de taux

Le conflit pourrait s’intensifier en raison de la hausse continue des tarifs dans le monde. Au cours des derniers jours, l’Inde a annoncé qu’elle appliquerait des tarifs sur 28 produits importés des États-Unis après la décision des États-Unis de mettre fin au statut de partenaire commercial préférentiel accordé à ce pays. Ainsi, en plus de ne pas être positives ou faciles à remporter, les guerres commerciales prolifèrent comme champignons après la pluie. Si la situation s’aggrave (et cela se pourrait, étant donné que le président américain Donald Trump a menacé d’imposer davantage de tarifs sur les importations chinoises si le président Xi Jinping ne le rencontrait pas pour négocier à la réunion du G20 de la semaine prochaine), la Fed pourrait certainement justifier une réduction de taux par les préoccupations liées à la guerre tarifaire naissante et à son incidence sur le secteur manufacturier et l’économie en général.

Cependant, je dois souligner qu’il n’est pas nécessaire que les données économiques se détériorent ou que de nouveaux tarifs soient mis en place pour que la Fed réduise ses taux. Comme je l’ai déjà mentionné, la Fed pourrait simplement relever son objectif d’inflation comme elle l’a déjà laissé entendre. Cela lui permettrait d’expliquer une réduction de taux sans une modification des données économiques.

Éléments à surveiller lors de la réunion de la Fed

À mon avis, bien que les investisseurs accueilleraient à bras ouverts une réduction de taux lors de la réunion de juin, ils se contenteront que la porte soit ouverte à cette possibilité cet été. Selon moi, les investisseurs s’attendent au moins à ce que la Fed cesse de mentionner le terme « patience » dans l’énoncé de sa déclaration, bien qu’ils se réjouiraient clairement d’une révision à la baisse des perspectives des taux d’intérêt.

La semaine dernière, on m’a demandé à plusieurs reprises ce qui se passerait si la Fed ne se montrait pas aussi conciliante que prévu. Si les investisseurs ne voient pas la volonté de la Fed de teinter sa politique de compromis, j’estime qu’ils montreraient leur déception sous forme d’un repli important. Je crois qu’une telle chute pourrait être considérable compte tenu de l’ampleur de la baisse des attentes à l’égard de la politique monétaire au cours des dernières semaines, mais je pense aussi que cette dégringolade potentielle pourrait être de nature relativement à court terme. Après tout, la Fed aura quatre autres occasions cette année pour répondre – ou du moins se rapprocher – des attentes du marché.

Toutefois, je dois insister qu’il s’agisse d’une situation hypothétique puisque j’estime que nous verrons au moins certains progrès s’accomplir cette semaine. Notamment, la Fed devrait cesser de parler de « patience », ce qui devrait suffire à satisfaire les investisseurs. Et comme la Fed tient des conférences de presse après chaque annonce, le président de la Fed, Jay Powell, aura l’occasion d’apaiser les craintes des marchés, même s’ils ne sont pas suffisamment satisfaits, par exemple, avec les nouvelles perspectives des taux d’intérêt. À mon avis, la Fed doit établir sa volonté de réduire les taux dans les mois à venir, mais elle s’efforcera également de conserver sa flexibilité. Elle ne veut pas sembler s’engager dans une réduction de taux, car les conditions pourraient changer; par exemple, elle ne voudrait pas se sentir obligée de réduire les taux cet été si l’économie semblait soudainement surchauffer (bien que cela semble improbable compte tenu des données d’inflation modérées récemment). En fait, j’irai même jusqu’à dire qu’un ton trop conciliant pourrait éventuellement effrayer les marchés.

D’autres événements à surveiller cette semaine

Il faudra également porter son attention sur d’autres événements au cours de la semaine :

  • Au Royaume-Uni, la prochaine élection du Parti conservateur aura lieu le 18 juin et les députés du Parlement se prononceront de nouveau au cours de la semaine. Donc, d’ici la fin de la semaine, nous devrions connaître l’identité des deux finalistes qui seront présentés aux membres du parti pour la sélection finale. Un affrontement entre M. Johnson et M. Raab serait probablement pire pour le sentiment des investisseurs, car cela augmenterait le risque d’un Brexit sans accord. Un face à face entre M. Johnson et M. Gove, entre M. Johnson et M. Javid, ou entre M. Johnson et M. Hunt donnerait un peu plus d’espoir qu’un accord soit conclu – mais pas tant que les députés conservateurs semblent séduits par l’idée d’élire Boris Johnson au poste de premier ministre.
  • Les banques centrales, pas seulement la Fed, devraient faire beaucoup la manchette cette semaine :
  • Les membres de la Banque centrale du Brésil se réunissent le 19 juin. Bien qu’aucune réduction de taux ne soit attendue, l’économie est faible et une réduction est donc possible.
  • Les membres de la Banque d’Angleterre se réunissent le 20 juin, mais aucun changement n’est prévu. Certains décideurs politiques parlent de hausses de taux, mais je ne m’attends à aucune hausse; en fait, des réductions pourraient être nécessaires si le Brexit se passe mal.
  • Les membres de la Banque du Japon se réunissent le 21 juin. Aucun changement de taux n’est attendu, mais ils semblent intéressés à mettre en place d’autres formes de relance.
  • Cette semaine, les indices des directeurs d’achats instantanés (« flash PMI ») du mois de juin seront publiés pour les États-Unis, la zone euro, le Japon et l’Australie. Comme ces indices constituent des indicateurs avancés notables, il sera très important de les suivre de près pour avoir une idée de l’état actuel de certaines des plus grandes économies du monde.

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Le graphique en points (« dot plot ») publié par la Réserve fédérale est un graphique que la banque centrale utilise pour illustrer ses perspectives de la trajectoire des taux d'intérêt.

Le Brexit fait référence à la sortie prévue du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). Dans le cas d'un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l'UE sans aucun accord formel définissant les termes de leurs relations.

Les indices des directeurs d’achats (PMI) sont basés sur des enquêtes mensuelles auprès de sociétés du monde entier et permettent d’évaluer la conjoncture économique dans les secteurs manufacturiers et des services.

Les opinions mentionnées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 17 juin 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration de thèmes plus vastes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les résultats futurs. Ils comportent des risques, des incertitudes et des hypothèses. Rien ne garantit que les résultats réels ne diffèreront pas considérablement des attentes.