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Kristina Hooper | 5 août 2020

La pression monte pour l’économie américaine

Vendredi dernier, mon aîné a terminé ses études secondaires. La fin de juillet n’est normalement pas associée à la remise des diplômes, mais comme nous vivons à l’ère de la COVID, ce qui était censé se produire deux mois plus tôt dans la région de New York a été reporté à plusieurs reprises. Nous sommes extrêmement reconnaissants au lycée de notre fils d’avoir organisé cinq cérémonies de remise de diplômes distinctes au cours d’une journée afin de se conformer à la réglementation de l’État de New York, qui limite les rassemblements à un maximum de 150 personnes. Comme il a fallu tenir cinq cérémonies en une journée, on aurait dit un amalgame d’événements solennels et de passages au guichet automatique pour recevoir sa récompense, ce qui en a fait la première cérémonie de graduation du lycée à laquelle j’ai assisté qui s’est déroulée efficacement et s’est terminée avant qu’on ait le temps d’espérer qu’elle se termine. J’ai été frappée par le message très honnête et direct du maître de cérémonie aux diplômés. Il leur a dit qu’il ne pouvait pas imaginer devoir passer à côté des nombreux jalons importants de la dernière année que la promotion de 2020 a ratés à cause de la pandémie. Il a ajouté que cette année a fait une blessure qui mettra des années à guérir.

 

En entendant ces paroles, mon esprit ne pouvait pas s’empêcher d’errer; je pensais à toutes les blessures économiques créées par la pandémie. Les rapports sur le produit intérieur brut (PIB) du deuxième trimestre de bon nombre de grandes économies me sont venus à l’esprit. J’ai eu une pensée pour les nombreuses et merveilleuses petites entreprises qui ont fermé définitivement leurs portes et aux grandes entreprises qui ont survécu à bien d’autres crises économiques au fil des ans, mais qui ont été forcées de déposer leur bilan en raison de cette pandémie. J’ai pensé aussi à l’école de mon plus jeune, l’une des nombreuses écoles qui ont été fermées définitivement par notre diocèse en raison de la conjoncture économique très difficile.

 

Certaines blessures économiques pourraient être évitées

J’ai également pensé aux blessures auto-infligées qui pourraient envenimer une situation déjà difficile. Par exemple, vendredi dernier a marqué le jour où de nombreux Américains commençaient à perdre des prestations d’assurance-chômage fédérales. Nous observons déjà une stagnation des statistiques économiques, et les familles qui perdent leurs prestations pourraient faire en sorte que les statistiques d’août se détériorent davantage.

 

Je sais que je vous ai déjà fait part de cette statistique, mais permettez-moi de la partager de nouveau : 37 % des ménages américains n’ont pas assez d’épargne pour absorber une dépense inattendue de 400 $; cette statistique provient d’une enquête de la Réserve fédérale menée avant que la pandémie ne frappe les États-Unis.1 En outre, d’autres ménages, constitués pour la plupart de cols blancs capables de travailler de leur domicile, ne dépensent pas beaucoup et continuent d’empiler des liquidités, comme le montre le taux d’épargne personnelle relativement élevé de 19 % pour le mois de juin.2 Ce n’est pas bon signe pour les entreprises qui dépendent des dépenses de consommation et je pense que le taux d’épargne va augmenter si le virus n’est pas contrôlé.

 

Le Sénat américain semble encore loin de pouvoir parvenir à un accord, du moins à un accord qui répond à tous les besoins urgents auxquels l’Amérique est confrontée, y compris le financement des États et des autorités locales. Je soupçonne que le mois d’août sera en quelque sorte une période de « grande stagnation » pour l’économie américaine si le taux de chômage élevé et l’augmentation des cas de virus persistent sans mesures de relance budgétaire adéquates. Comme l’a souligné le président du conseil de la Fed, Jay Powell, la semaine dernière : « La trajectoire de l’économie dépendra en grande partie de l’évolution du virus ».3 Il a également jugé important d’ajouter que, dans ce contexte, davantage de mesures de relance budgétaire sont absolument nécessaires (et que, bien sûr, la Fed maintiendra une politique monétaire extrêmement accommodante).

 

Les écoles pourraient-elles déclencher une « deuxième vague » de cas de virus?

Évidemment, cela soulève une question importante : le virus persistera-t-il? Il pourrait sembler que le virus a atteint un sommet dans un certain nombre d’États qui ont été des « points chauds » et qu’on parvient maintenant à le maîtriser. Or, nous approchons de la saison de la rentrée scolaire, qui comporte de nombreuses occasions de « super propagation ». Je suis plus préoccupée par cette possibilité après avoir lu un rapport publié vendredi par les Centers for Disease Control and Prevention (les CDC) sur une éclosion de COVID-19 dans un camp de vacances dans le nord de la Géorgie à la fin juin. Les campeurs et le personnel devaient respecter le protocole de sécurité, y compris subir un test de COVID-19 dont le résultat est négatif, pour pouvoir rester au camp. Les membres du personnel devaient porter des masques, mais pas les campeurs. Ils ont participé aux activités normales du camp jusqu’à ce qu’un moniteur tombe malade quelques jours seulement après le début du camp et obtienne un résultat de test de COVID-19 positif. Plus de la moitié des personnes présentes au camp ont subi un test de dépistage de la COVID-19 et une proportion incroyable de 76 % a obtenu un résultat positif.4

 

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai plusieurs enfants d’âge scolaire et je les préparais avec plaisir au retour à l’école en septembre, mais ce rapport m’a fait réfléchir. Bien que le camp de la Géorgie n’ait pas obligé les campeurs à porter un masque (peut-être la mesure la plus simple pour aider à prévenir la propagation du virus sans nuire à l’économie), je crois que la plupart des États vont exiger que les étudiants portent un masque. Quoi qu’il en soit, comme le taux de transmission était incroyablement élevé, si les écoles ouvrent et que les cours se donnent en personne, je crains que cela ne précipite une deuxième vague d’infections. Cela pourrait à son tour inciter de nombreux Américains à se mettre de nouveau en « auto-quarantaine » et à se réfugier chez eux, que les autorités gouvernementales le leur demande ou non.

 

Dr Deborah Birx, coordonnatrice du groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus, a fait une mise en garde concernant la propagation du virus qui, selon elle, est à bien des égards plus dangereux maintenant qu’il ne l’était en mars et en avril, lorsqu’il était concentré dans quelques grandes villes américaines, car il se trouve désormais à la fois dans les zones rurales et urbaines du pays.5 Elle a également fait une mise en garde contre les « événements à superpropagation », ce qui, je le crains, pourrait inclure la rentrée scolaire, du moins dans les régions où le virus n’aura pas été suffisamment maîtrisé. Cela risque de devenir une autre blessure auto-infligée à l’économie américaine, mais j’espère me tromper.

 

Les États-Unis ne sont pas les seuls à pouvoir s’infliger des blessures. La réouverture trop rapide des économies ou le relâchement des mesures de sécurité pourraient causer des blessures inutiles à n’importe quelle économie. Certains pays comme l’Espagne sont confrontés à des résurgences de virus qui pourraient se révéler économiquement préjudiciables si le pays ne parvient pas à les contrôler rapidement. Même le premier ministre britannique Boris Johnson se dit extrêmement préoccupé et a demandé au peuple du Royaume-Uni de ne pas s’auto-infliger de blessure par manque de vigilance : «… Je vous rappelle que nous observons une résurgence du virus dans d’autres pays européens, sans parler de ce qui se passe aux États-Unis. Il est donc absolument vital que notre pays demeure concentré et rigoureux.6

 

Qu’est-ce que cela signifie pour l’économie américaine?

Compte tenu de toutes ces préoccupations, je prévois une dissociation à court terme de l’économie américaine (et d’autres économies qui ne sont pas en mesure de contrôler le virus) de la plupart des autres grandes puissances économiques susceptibles de connaître une amélioration continue. Les récentes statistiques économiques l’ont confirmé. L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la Chine7 montre une amélioration lente, mais soutenue en juin et la production industrielle de la Corée du Sud affiche une croissance significative, après un résultat décevant en mai.8 Et, je m’attends à ce que le PMI de la zone euro montre une amélioration la semaine prochaine. Non seulement de vastes mesures de relance budgétaire s’annoncent pour la zone euro, mais la région dispose déjà d’un bon filet de sécurité sociale, contrairement aux États-Unis. La semaine dernière, les États-Unis ont connu une deuxième semaine d’augmentation des premières demandes de prestations d’assurance-chômage après 15 semaines de baisse.9 Et, je m’attends à ce que le rapport sur l’emploi de juillet aux États-Unis soit décevant lui aussi.

 

Cela porte à croire que, dans un proche avenir, la dépréciation du dollar américain va persister, tandis que les bons du Trésor américain et l’or vont demeurer populaires. À mon avis, les marchés boursiers américains pourraient accuser un léger retard par rapport à d’autres régions. Cependant, la période de déclaration des bénéfices a été positive jusqu’à présent, ce qui devrait soutenir quelque peu les actions américaines. Qui plus est, les actions américaines et d’autres actifs à risque sont soutenus par la Fed.

 

Si les statistiques économiques se détériorent et que le virus n’est pas bien contrôlé aux États-Unis, je m’attends à ce que les actions de croissance séculaire, en particulier dans le secteur des technologies de l’information, surclassent les autres. Cependant, j’entrevois un changement radical de domination au chapitre du rendement en faveur des actions cycliques, au détriment des « valeurs refuges » telles que les bons du Trésor et l’or à partir du moment où les statistiques économiques vont recommencer à s’améliorer de manière significative ou dès qu’un vaccin efficace sera approuvé. Et, ce jour n’est peut-être pas si lointain.

 

Il est clair que des progrès énormes ont été faits en vue de l’élaboration d’un vaccin, si l’on se fie aux nombreux essais cliniques menés par un certain nombre de sociétés pharmaceutiques et biotechnologiques : cinq sociétés en sont déjà à la phase 3 des essais cliniques ou y arriveront d’ici la fin septembre, selon Dr Moncef Slaoui, immunologue et conseiller en chef de l’Opération Warp Speed des États-Unis : projet visant l’élaboration d’un vaccin contre la COVID-19. Il s’attend à ce que des millions de doses d’un vaccin efficace soient disponibles d’ici décembre 2020 ou janvier 2021.10 Dr Anthony Fauci des National Institutes of Health, qui a consacré sa longue carrière au traitement des maladies infectieuses, a récemment déclaré qu’il était « optimiste, mais prudent » quant à la disponibilité d’un vaccin dès janvier.11 D’ici là, nous suivrons de près un large éventail de données, étant donné que les perspectives économiques sont tributaires des progrès médicaux et scientifiques, des mesures de relance budgétaire et du comportement des consommateurs et des entreprises.

 

 

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1 Source : Réserve fédérale américaine, « Report on the Economic Well-Being of U.S. Households in 2019 », publié en mai 2020

2 Source : Bureau of Economic Analysis, 31 juillet 2020

3 Source : Réserve fédérale américaine, déclaration du Federal Open Market Committee, 29 juillet 2020

4 Source : CDC, « SARS-CoV-2 Transmission and Infection Among Attendees of an Overnight Camp — Georgia, June 2020 », 31 juillet 2020

5 Source : CNBC.com, « Dr. Birx warns U.S. in new phase of coronavirus pandemic with ‘extraordinarily widespread’ cases », 2 août 2020

6 Source : Reuters, « UK PM Johnson: We cannot delude ourselves that pandemic is over », 30 juillet 2020

7 Source : Bureau national chinois de la statistique

8 Source : Bureau de la statistique de la Corée

9 Source : Département américain de la main-d’œuvre

10 Source : CNN.com, « Operation Warp Speed leader says he expects coronavirus vaccine to be highly effective », 31 juillet 2020

11 Source : NBCnews, com, « Fauci ’cautiously optimistic’ coronavirus vaccine could prove effective by ’late fall or early winter’ », 31 juillet 2020

Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Klaus Vedfelt / Getty

L’indice composé PMI (indice des gestionnaires en approvisionnement) de la zone euro® est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 5 000 entreprises des secteurs manufacturier et tertiaire de la zone euro. Les données nationales du secteur manufacturier sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce. Les données nationales du secteur tertiaire sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande. L’estimation préliminaire est habituellement faite à partie d’environ 85 à 90 % des réponses au sondage mensuel de PMI et vise à donner un avant-goût assez précis des données PMI finales.

L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la Chine est compilé par le Bureau national chinois de la statistique et se veut un condensé des résultats d’un sondage mensuel mené auprès des gestionnaires en approvisionnement.

Les fluctuations du prix de l’or et des métaux précieux pourraient nuire à la rentabilité des entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux. Les changements de conjoncture politique ou économique des pays où les entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux exercent leurs activités pourraient avoir une incidence directe sur le prix de l’or et des métaux précieux.

De nombreux produits et services offerts dans les industries liées aux technologies sont soumis à une obsolescence rapide, ce qui pourrait réduire la valeur des émetteurs.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 3 août 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.