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Kristina Hooper | 2 février 2021

La Réserve fédérale américaine se fait rassurante en ce qui concerne l’inflation tandis que GameStop capte l’attention du monde entier

Boussole hebdomadaire des marchés : La spéculation a atteint un comble cette semaine avec l’affaire GameStop et la Réserve fédérale américaine a jeté une douche froide sur les craintes d’une hausse du taux d’inflation

Le conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed) s’est réuni la semaine dernière et, comme je m’y attendais, son président, Jay Powell, a rassuré les marchés en leur disant qu’il ne s’empresserait pas de réagir à la moindre hausse du taux d’inflation. Dans la conférence de presse qu’il a accordée après la réunion, M. Powell s’est dit préoccupé par le ralentissement de la reprise économique et a souligné qu’il était plus dangereux d’en faire trop peu que d’en faire trop pour soutenir l’économie (propos repris par la secrétaire du Trésor américain, Janet Yellen, la semaine dernière). Il a insisté sur le fait que la Fed ne resserrera pas sa politique monétaire de sitôt. Pour les porteurs de titres à revenu fixe, l’élément à retenir est que nous sommes embourbés dans une conjoncture de faibles rendements qui touche diverses catégories d’actifs productifs de revenus pour un certain temps encore.

M. Powell a jeté une douche froide sur les craintes d’une hausse du taux d’inflation

M. Powell dit s’attendre à une hausse du taux d’inflation en raison d’effets de base — des comparaisons déformées par les chiffres anormalement bas d’il y a un an — mais a précisé que la Fed va supposer qu’il s’agit d’une situation passagère et qu’elle n’y réagira pas. « Lorsque nous comparerons les taux d’inflation de cette année aux très bas taux de mars et avril derniers, cela entraînera une hausse du taux d’inflation sur douze mois de quelques dixièmes de points de pourcentage, a ajouté M. Powell… Ce n’est, à notre avis, qu’une situation passagère. »

Il a également souligné que la Fed ne réagirait pas à une hausse du taux d’inflation une fois que les vaccins auront été distribués à grande échelle et que l’économie rebondira plus vigoureusement. « Il se peut aussi… que lorsque l’économie rouvrira complètement, on assiste à une véritable explosion de dépenses, parce que les gens seront heureux que la pandémie soit potentiellement terminée, ce qui pourrait exercer des pressions à la hausse sur l’inflation », a déclaré M. Powell. «Maintenant, encore une fois, nous verrions cela comme un événement transitoire sans grande importance. Par conséquent, la Fed ferait preuve de patience. »

M. Powell est allé plus loin et a jeté une douche froide sur les craintes d’une hausse significative et durable de l’inflation. Il a expliqué que même si la dynamique de l’inflation évolue au fil du temps, elle « ne change pas rapidement ». Il a souligné qu’il y a de fortes pressions désinflationnistes depuis plusieurs décennies et qu’il est donc très peu probable que le taux d’inflation devienne soudainement « préoccupant ». Et si l’on considère les principaux facteurs qui conduisent à des taux d’inflation plus élevés, on trouve en tête de liste une augmentation du coût unitaire de la main-d’œuvre. Or, le marché du travail tourne encore très au ralenti, ce qui laisse présumer que cela ne se produira pas de sitôt. Bref, je m’attends à ce que le taux des fonds fédéraux reste inchangé au moins jusqu’à la fin de 2021. Qui plus est, bien que le taux des bons du Trésor américain à dix ans ait augmenté de manière significative au début de janvier, il a légèrement baissé depuis et se situe toujours à un niveau relativement bas, soit 1,07 %.1

Est-il temps d’envisager les dividendes comme source de revenus?

Comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, nous sommes embourbés dans une conjoncture de faibles rendements qui touche diverses catégories d’actifs productifs de revenus pour un certain temps encore. Voilà pourquoi, à mon avis, il est maintenant temps que les investisseurs envisagent les actions productives de dividendes pour ajouter aux revenus provenant de sources traditionnelles. Voici quelques autres bonnes raisons d’envisager des actions productives de dividendes :

  • Étant donné que les bénéfices et les flux de trésorerie des sociétés ont augmenté, je crois que les fortes baisses de dividendes de l’année dernière sont chose du passé. Certaines sociétés ont même accru leur dividende dans cette conjoncture.
  • Les dividendes ont tendance à imposer une discipline aux entreprises qui les versent parce qu’ils constituent un engagement financier de taille; cela peut rendre les entreprises plus sélectives dans les projets qu’elles entreprennent. Cela peut se traduire par un meilleur rendement des capitaux propres.
  • Les actions productives de dividendes sont souvent beaucoup moins volatiles que les actions qui ne versent pas de dividendes.2 C’est que les investisseurs sont moins susceptibles de vendre des actions qui versent des dividendes quand les temps sont durs, parce qu’ils continuent de toucher des revenus de dividendes.

La spéculation a atteint un comble avec l’affaire GameStop

Les faibles rendements des sources de revenus traditionnelles ne sont que l’un des effets — un mal nécessaire — de la politique monétaire très accommodante. Un autre effet est la spéculation, qui a retenu l’attention des investisseurs cette semaine en raison de l’affaire GameStop.

Alors, que s’est-il passé?

GameStop a éprouvé des difficultés en raison de son modèle d’affaires caractéristique de « l’ancienne économie », c’est‑à‑dire l’exploitation de magasins de jeux vidéo généralement situés dans des centres commerciaux. Or, depuis plus d’un an, un petit groupe d’investisseurs dévoués achète des actions et des options d’achat de la société GameStop et en a parlé sur des sites de réseaux sociaux dont Reddit. Cela a fait croître leur auditoire et le nombre de petits investisseurs qui les écoutent. L’engouement a aussi gagné d’autres titres qui traversent une période difficile, comme AMC, Blackberry et plusieurs autres.

Ensuite, ces investisseurs ont remarqué que l’action de GameStop avait fait l’objet de ventes à découvert de nombreux fonds de couverture, qui espéraient profiter de la chute du cours de l’action. C’est une tactique à laquelle les fonds de couverture ont souvent recours pour générer des profits, mais qui peut se retourner contre elles si le cours de l’action monte. Les petits investisseurs ont fait passer le mot sur les réseaux sociaux, ont acheté des actions GameStop pour mousser le cours du titre afin de provoquer une « liquidation forcée des positions courtes » pour nuire aux fonds de couverture. Autrement dit, ils ont forcé les fonds de couverture à acheter des actions afin de couvrir leurs positions courtes avant que leurs pertes ne s’accroissent davantage, et cette augmentation du volume des transactions a accentué la hausse fulgurante du cours de l’action.

Jusqu’à présent, les petits investisseurs ont fait passer la capitalisation boursière de GameStop de moins de 1 milliard de dollars à l’été 2020 à plus de 22 milliards de dollars.3 La volatilité de GameStop et d’autres titres a poussé certaines plateformes de négociation à imposer des restrictions aux petits investisseurs sur la négociation de certains titres, décision fort controversée. La volatilité de l’ensemble du marché boursier la semaine dernière est en partie imputable à la spéculation sur ces titres.

Doit-on s’attendre à plus de volatilité?

Certains craignent que toute cette spéculation n’entraîne plus de volatilité et d’instabilité, et croient que les marchés sont gonflés à bloc par la spéculation. Après tout, ce ne sont pas que quelques titres dont le modèle d’affaires éprouve des difficultés dont le cours a monté en flèche, ce sont aussi des cryptodevises comme le bitcoin. Force est d’admettre qu’une politique monétaire extrêmement accommodante peut souvent avoir des conséquences imprévues telles que l’ébullition et la spéculation dans certains recoins de l’univers des placements. C’est déjà arrivé et ce ne sera probablement pas la dernière fois.

Il faut garder à l’esprit que, dans l’ensemble, les caractéristiques fondamentales des marchés boursiers sont bonnes. La période de déclaration des bénéfices est encourageante jusqu’à présent, alors que 82 % des sociétés de l’indice S&P 500 ont déclaré avoir réalisé un bénéfice par action plus élevé que prévu et 76 % ont déclaré des revenus supérieurs aux prévisions.4 La distribution des vaccins a débuté dans un certain nombre de pays et, même si cela ne se fera pas sans heurts, nous prévoyons un fort redressement économique une fois qu’ils auront été distribués à grande échelle. À mon avis, les investisseurs ne devraient pas se laisser distraire de leurs objectifs financiers par ce qui se passe dans d’obscurs recoins de l’univers des placements, même si cela peut parfois créer une volatilité plus généralisée.

1 Source : Bloomberg, L.P., 29 janvier 2021

2 Source : Ned Davis Research, Inc. Coefficient bêta des sociétés dont les dividendes vont en augmentant ou qui commencent à en verser (0,92) comparé à celui des sociétés qui ne versent pas de dividendes (1,14) au sein de l’indice S&P 500. Données calculées sur des périodes mobiles de 10 ans à l’aide des données mensuelles, la première période de 10 ans débutant le 31 mars 1982 jusqu’au 31 décembre 2019. Le coefficient bêta mesure la volatilité ou le risque systématique d’un titre ou d’un portefeuille comparativement à l’ensemble du marché. Les sociétés dont les dividendes vont en augmentant et celles qui commencent à en verser représentent tous les titres productifs de dividendes de l’indice S&P 500 qui ont augmenté leur dividende ou qui ont commencé à en verser un, lesquels sont recatégorisés mensuellement. Il est impossible d’investir directement dans un indice. Les rendements passés ne peuvent garantir des résultats futurs comparables.

3 Source : Bloomberg, L.P., 29 janvier 2021

4 Source : FactSet, Earnings Insight, 29 janvier 2021

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Image d’en-tête du blogue : Lo Lo / Unsplash

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Rien ne garantit que les actions ordinaires verseront des dividendes. Les dividendes sont uniquement versés lorsqu’ils sont déclarés par le conseil d’administration de l’émetteur et leur montant peut varier dans le temps.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 1er février 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.