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Kristina Hooper | 22 janvier 2020

L’accord commercial sino-américain comporte un paradoxe pour les marchés

La semaine dernière, les États-Unis et la Chine ont ratifié la phase 1 de l’accord commercial. À mon avis, cet accord commercial est un paradoxe en soi, car il est à la fois négligeable et extrêmement important.
 
Il est négligeable pour deux raisons : les tarifs douaniers vont continuer de s’appliquer à une énorme quantité de biens échangés entre les États-Unis et la Chine, et l’accord ne règle pas bon nombre des enjeux commerciaux les plus importants entre les deux pays. Cependant, il est extrêmement important pour ce qu’il symbolise : cet accord commercial laisse entendre que les frictions entre les deux pays ont culminé et vont aller en diminuant. L’effet psychologique est considérable, car l’accord fait chuter l’incertitude à l’égard de la politique économique. Et, lorsque les entreprises estiment que la politique économique est plus sûre, elles dépensent généralement plus, en particulier pour les immobilisations.

 

Il y a du sable dans l’engrenage
 
Il faut savoir qu’il y a une faible probabilité que cet accord ne soit pas respecté. Je ne pense pas que la Chine sera en mesure d’acheter des biens américains autant que ce à quoi elle s’est engagée, compte tenu de son historique d’achats et des relations commerciales plus étroites qu’elle a nouées avec certains pays, dont le Brésil. Et je crois que c’est la raison pour laquelle les États-Unis n’ont pas aboli de nombreux tarifs. D’ailleurs, selon certaines sources, les États-Unis n’aboliront plus de tarifs avant les élections présidentielles américaines et, pour que des tarifs soient abolis, il faudra que la Chine respecte les engagements dans le cadre de la phase 1 de l’accord commercial. Quoi qu’il en soit, je crois que la phase 1 de l’accord va tenir la route, que tous les engagements soient respectés ou non parce que c’est dans l’ntérêt des deux parties.
 
Je tiens également à souligner que je ne m’attends pas à ce que la phase 2 de l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine soit ratifiée cette année. La phase 1 de l’accord était relativement simple à conclure parce qu’elle porte sur les enjeux les plus faciles à régler, comme les déséquilibres commerciaux. Maintenant que tous les problèmes faciles ont été résolus, nous devons nous attendre à ce que la phase 2 soit beaucoup plus difficile à réaliser.
 
Le plus inquiétant est peut-être un récent article publié dans Taoran Notes (blog affilié au journal officiel chinois Economic Daily, qui fait écho des vues officielles du gouvernement). Cet article émet la mise en garde qui suit : « Nous devons garder à l’esprit que la guerre commerciale n’est pas encore terminée – les États-Unis n’ont pas aboli les tarifs imposés à la Chine et la Chine applique toujours ses mesures de rétorsion. Il y a encore de nombreuses sources d’incertitude. »1 Bref, je crois que le mieux que nous puissions espérer est la poursuite des pourparlers en vue de la phase 2, ce qui devrait se produire, mais il est très peu probable que la phase 2 de l’accord soit conclue. Cependant, je pense que cela suffira à rassurer les investisseurs boursiers.

 

Une guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE se profile-t-elle à l’horizon?
 
Il y a un risque clé qui m’inquiète depuis un certain temps : maintenant que les États-Unis ont ratifié un accord commercial avec la Chine, vont-ils tourner leur attention vers l’UE et déclencher une guerre commerciale avec elle? La tension entre les deux parties a clairement augmenté : la semaine dernière, le négociateur commercial en chef de l’UE s’est rendu à Washington, DC, pour tenter d’éviter une agression commerciale des États-Unis envers l’UE. Les pourparlers se poursuivront en marge du sommet de Davos cette semaine. Or, à mon avis, il se peut fort bien qu’on assiste à une escalade des tensions commerciales, car cela pourrait être avantageux politiquement au cours d’une année électorale aux États-Unis, d’autant plus qu’une guerre commerciale avec l’UE serait moins préjudiciable pour l’économie américaine qu’une guerre commerciale avec la Chine. Par contre, cela pourrait causer un préjudice psychologique aux entreprises, car cela attiserait l’incertitude à l’égard de la politique économique et entraînerait une baisse des dépenses en immobilisations. Par conséquent, nous allons surveiller la situation de près.
 
L’incertitude à l’égard de la politique économique a diminué, du moins pour le moment. En principe, les dépenses en immobilisations devraient augmenter. Apparemment, les ménages chinois, en particulier, sont beaucoup plus confiants, ce qui devrait être bon pour l’économie chinoise et les marchés boursiers chinois. De plus, les actions chinoises pourraient continuer de bénéficier de l’abolition de la normalisation du bilan, survenue en septembre dernier, puisque la banque centrale a commencé à injecter des liquidités dans les marchés financiers.

 

 

 

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1 Source: South China Morning Post, 13 janvier 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : d3sign/ Getty

Les dépenses en immobilisations (ou dépenses en capital, ou dépenses d’investissement) désignent l’utilisation des capitaux de l’entreprise pour acquérir ou améliorer les actifs physiques comme les biens, les immeubles industriels ou l’équipement.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 21 janvier 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.