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Kristina Hooper | 14 décembre 2017

Le bitcoin : Devise numérique or tulipe numérique?

Pour la première fois, les investisseurs peuvent acheter des contrats à terme sur le bitcoin, la devise numérique. Le Chicago Board Options Exchange vient de commencer à offrir des contrats d’instruments dérivés qui permettent de miser sur le cours futur de cette cryptodevise. Le CME Group va également offrir des contrats d’instruments dérivés sur le bitcoin dès la semaine prochaine. Les investisseurs semblent enthousiastes à l’égard de cette occasion de placement, puisque le cours du bitcoin a grimpé de plusieurs milliers de dollars ces dernières semaines dans l’anticipation du lancement de ces contrats à terme.

Les opinions sur le bitcoin sont partagées

Les opinions diffèrent considérablement sur le potentiel du bitcoin. Certains affirment qu’il deviendra omniprésent, que ce sera la devise de prédilection dans le monde, tandis que d’autres soutiennent que ce n’est qu’une autre mode, un peu comme la tulipomanie qui a envahi la Hollande dans les années 1600 ou encore l’engouement pour le « Pet Rock » dans les années 70. Les deux points de vue se défendent. Les adeptes du bitcoin l’appellent la « devise du peuple » parce qu’il s’agit d’un système d’égal à égal qui ne nécessite aucune intervention d’une banque centrale ou d’un tiers administrateur. En fait, il a été lancé au début de 2009, en réaction spontanée à la crise financière mondiale et à la perte de confiance envers les institutions. Il est également présenté comme étant pratiquement « infalsifiable » parce que les transactions sont enregistrées dans un registre distribué; en d’autres termes, chaque transaction effectuée est vérifiée puis copiée, cryptée et transmise à d’autres ordinateurs.

Cependant, il y a également lieu de critiquer le bitcoin. En raison de l’absence de contrôle par une banque centrale, le bitcoin pourrait poser des risques pour les marchés qui seraient plus difficiles à enrayer. Ce phénomène préoccupe de plus en plus la Chine qui a annoncé la fermeture de ses bourses de cryptodevises en septembre. Le bitcoin peut également laisser libre cours aux activités criminelles en raison de l’anonymat de son système. Fait à noter, j’ai entendu dire que de nombreuses entités, y compris des services de police, se sont fait demander de payer une « rançon » en bitcoins à des pirates informatiques.

Les détracteurs des bitcoins se rappellent peut-être que ce n’est pas la première incursion dans une forme de devise numérique. Certains se souviennent peut-être de la création d’une « monnaie virtuelle » appelée Flooz à la fin des années 90. Cette monnaie virtuelle avait été conçue expressément pour les achats électroniques dans le but de créer une monnaie unique pour les commerçants sur Internet. Elle a fait une entrée remarquée lors de sa création, notamment parce que Whoopi Goldberg avait été choisie comme porte-parole dans les messages publicitaires. Or, comme on pouvait s’y attendre, le Flooz est vite devenue la devise de prédilection de certains criminels, notamment un syndicat du crime organisé russe. Flooz a cessé d’exister en août 2001, victime de l’éclatement de la bulle spéculative des sociétés point-com et de son rôle bien involontaire de monnaie d’échange d’activités criminelles. En outre, on critique de plus en plus l’énorme quantité d’énergie utilisée pour « extraire » un bitcoin, et elle va en augmentant. Il y a aussi le risque que les investisseurs délaissent le bitcoin et se tournent vers une autre cryptodevise comme l’ethereum, dès qu’ils pourront acheter des contrats à terme sur cette autre devise. Enfin, le bitcoin pourrait subir une vive concurrence d’une cryptodevise créée par une banque centrale, car la Fed a évoqué la possibilité de lancer une devise numérique de type « Fedcoin ».

Le bitcoin est-il en pleine bulle spéculative?

Que l’on soit en faveur ou non du bitcoin, beaucoup s’accorderont probablement à dire que ce n’est pas vraiment une monnaie. Le Merriam-Webster définit une devise comme « un objet (qu’il s’agisse de pièces, de bons du Trésor ou de billets de banque) en circulation qui sert de monnaie d’échange ». Il est difficile d’utiliser le bitcoin comme une monnaie d’échange, compte tenu des fluctuations spectaculaires de sa valeur. Après tout, à quoi bon acheter une pizza, un véhicule ou quoi que ce soit d’autre avec des bitcoins, alors qu’on ne sait pas si le prix du bitcoin va monter en flèche dans la semaine qui suit?

Je dirais que le bitcoin a des caractéristiques qui le rendent moins semblable à une monnaie et plus pareil à l’or. À l’instar de l’or, le bitcoin doit être « extrait », processus numérique de plus en plus laborieux qui déclenche des blocs sur une chaîne de blocs (le registre numérisé de toutes les transactions en cryptodevises). Comme l’or, le bitcoin n’a aucune valeur intrinsèque; sa valeur est dictée par la loi de l’offre et de la demande, autrement dit, le montant que les parties en cause sont disposées à payer. Cependant, il importe de noter que l’or a des avantages distincts sur le bitcoin, en particulier son utilisation par les banques centrales comme moyen de soutenir la valeur de leurs devises respectives. En fait, les banques centrales sont parmi les plus gros acheteurs d’or. Certaines considèrent l’or comme une « monnaie de réserve » parce qu’il est accepté dans presque tous les pays. Qui plus est, l’or joue un rôle de « valeur refuge » qui sert de couverture au cas où le « pire des scénarios » survenait. Dans ce type de scénario, la tangibilité de l’or par rapport au bitcoin le rendrait sans doute beaucoup plus populaire. On pourrait même aller jusqu’à dire que si l’or peut être considéré comme un placement spéculatif, le bitcoin peut être considéré comme étant beaucoup plus spéculatif.

Et, si le bitcoin est un placement spéculatif, il faut se demander s’il est en pleine bulle spéculative. En appliquant le modèle de Kindleberger, qui définit les cinq phases d’une bulle spéculative, on constate que nous ne les avons certes pas encore toutes traversées mais, selon moi, le bitcoin y est presque.

  • La première phase, le déplacement, remonte à il y a près d’une décennie, lorsque le bitcoin a été créé en réaction à la crise financière mondiale.
  • La deuxième phase, le boom, a déjà eu lieu alors que les investisseurs s’enthousiasmaient pour une solution de rechange aux devises traditionnelles, perspective porteuse de changements majeurs (comme ce fut le cas lorsque les investisseurs ont été électrisés par les sociétés point-com à la fin des années 90 ou lorsque les investisseurs hollandais se sont passionnés pour les bulbes de tulipes rares dans les années 1600 et se sont mis à acheter des contrats à terme sur ces bulbes).
  • La troisième phase, l’euphorie, est sans contredit celle où nous nous trouvons en ce moment. Pendant cette phase, les gens s’aperçoivent qu’il est possible de faire de l’argent en investissant dans les bitcoins et sont convaincus qu’eux aussi feront beaucoup d’argent; c’est ce qu’on constate du fait que le cours du bitcoin a grimpé de plusieurs milliers de dollars en quelques jours à peine.

Je crois que nous devrons jouer de prudence avec le bitcoin, étant donné que les deux phases suivantes, celle des prises de bénéfices et de la panique, sont beaucoup plus désagréables. En réalité, le bitcoin ne joue pas le rôle pour lequel il avait été conçu, qui était de fournir une monnaie de rechange indépendante des caprices des décisions des banques centrales ou des dépenses publiques extravagantes, mais il pourrait très bien demeurer un investissement spéculatif pendant encore longtemps.

Il se peut tout simplement que, du point de vue comportemental, les humains aient tendance à se laisser entraîner dans un mouvement d’investissement spéculatif une fois par génération. Nous pouvons mettre le bitcoin en perspective en revenant sur la hausse parabolique du prix de l’or à la fin des années 70 ou sur la flambée des cours des sociétés point-com à la fin des années 90. Comme l’or et les sociétés point-com (ou du moins certaines d’entre elles) sont encore là aujourd’hui, je ne serais pas étonnée si le bitcoin durait lui aussi. Je crois que le cours du bitcoin va continuer à fluctuer énormément en 2018. Certains ont déjà fait fortune en investissant dans le bitcoin et il y en aura peut-être d’autres, mais beaucoup risquent de subir de lourdes pertes.

Éléments à retenir

Bref, je suis d’avis que le bitcoin est moins une devise numérique et davantage une tulipe numérique. Autrement dit, je crois que le bitcoin et les autres cryptodevises vont demeurer prisées, mais ce sont des placements très risqués. Compte tenu de leur popularité, je m’attends à ce qu’ils soient beaucoup plus réglementés à l’avenir. Il viendra peut-être un temps où les cryptodevises seront une catégorie d’actif non corrélée qui aura sa place dans le portefeuille de tout bon investisseur et où elles seront considérées comme des « placements alternatifs » mais, à mon avis, ce jour-là est encore loin.

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La tulipomanie fait référence à la période dans les années 1600 en Hollande au cours de laquelle le prix des bulbes de tulipes a atteint des sommets extrêmes, puis s’est effondré.

Charles Kindleberger était un professeur du MIT à la retraite qui a écrit le livre « Manias, Panics and Crashes ».

Les cryptodevises sont des devises numériques qui utilisent la cryptographie pour la sécurité et ne sont pas régies par une autorité centrale, telle qu’une banque centrale.

Les bitcoins sont considérés comme des placements extrêmement spéculatifs, étant donné que leur valeur n’est pas garantie et que leurs antécédents ne remontent pas à très longtemps. En raison de leur nature numérique, ils sont exposés aux risques que présentent les pirates informatiques, les logiciels malveillants, les fraudes et les problèmes techniques. Et, contrairement aux devises émises par les États, les bitcoins n’ont pas cours légal et sont gérés par une autorité décentralisée. Les bourses de bitcoins et les comptes en bitcoins ne sont pas garantis ni assurés par aucun type de programme fédéral ou gouvernemental ni par aucune banque.

Les fluctuations du prix de l’or et des métaux précieux pourraient nuire à la rentabilité des entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux. Les changements de conjoncture politique ou économique des pays où les entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux exercent leurs activités pourraient avoir une incidence directe sur le prix de l’or et des métaux précieux.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les placements alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 11 décembre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes.
Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.