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Kristina Hooper | 7 octobre 2020

Le débat, le diagnostic et les emplois

La semaine dernière, les nouvelles se sont succédé à un rythme effarant. Le débat présidentiel chaotique de mardi aux États-Unis a fait la une des journaux pendant quelques jours, jusqu’à vendredi, lorsque le président Donald Trump a annoncé que lui et la première dame ont reçu un diagnostic positif de COVID-19. Dans ce tumulte, le rapport décevant sur l’emploi aux États-Unis a passé à peu près inaperçu. Cette semaine, j’ai pensé vous parler des répercussions de ces trois enjeux sur l’économie et sur les marchés.  


Le débat
À mon avis, le premier débat présidentiel a été pour le moins désordonné et stressant. Je n’ai pas entendu trois êtres humains parler en même temps autant que lorsque mes trois enfants étaient tous âgés de moins de cinq ans. J’avais dressé une liste d’enjeux dont j’espérais entendre parler pendant le débat mais, malheureusement, très peu de questions de fond ont été abordées.  


Les répercussions sur les marchés
Selon moi, le principal élément à retenir du débat est qu’il y a une plus forte probabilité que l’élection soit contestée, car le président Trump semble déterminé à contester l’élection si Joe Biden est déclaré vainqueur. On craint de plus en plus de soulèvements populaires le jour de l’élection ou par la suite en cas de contestation. Comme je l’ai mentionné dans mon blogue de la semaine dernière, une élection contestée accentuerait fort probablement la volatilité des marchés, mais je crois que ce serait de courte durée. Alors que Trump évoque la possibilité d’un litige qui durerait plusieurs années, en réalité, le prochain président sera connu avant le jour de l’inauguration en 2021, indépendamment de tout litige. Par conséquent, ces accès de volatilité n’auront aucune incidence sur les investisseurs qui ont un long horizon de placement. En outre, je pense que la politique monétaire a une plus forte incidence sur les marchés et a un impact beaucoup plus marqué que tout autre enjeu de l’arène politique. Qui plus est, la politique monétaire continue de soutenir les cours boursiers.  


Les répercussions sur l’économie
Étant donné que très peu d’enjeux ont été abordés pendant le débat, je suis d’avis qu’il n’a eu aucune incidence sur l’économie.  


Le diagnostic
Vendredi matin, M. Trump a envoyé un gazouillis pour annoncer qu’il avait reçu un diagnostic positif de COVID-19. Après la fermeture des marchés boursiers américains ce jour-là, il a été hospitalisé.  


Les répercussions sur les marchés
Bien qu’il soit tout à fait légitime de se préoccuper des répercussions du diagnostic sur les marchés, il faut replacer le tout dans une perspective historique. Je pense à deux événements dramatiques en particulier. En 1963, le président John F. Kennedy a été assassiné. Évidemment, les cours boursiers ont chuté considérablement à l’annonce de la mort de Kennedy avant la fermeture prématurée des marchés. Cependant, lorsque les marchés ont rouvert, plusieurs jours plus tard, les cours boursiers avaient en fait grimpé.1 En 1981, un assassin a tenté de tuer le président Ronald Reagan. Encore une fois, les cours boursiers ont chuté avant la fermeture rapide des marchés, puis ont remonté lorsque les marchés ont rouvert plusieurs jours plus tard; l’indice Dow Jones des valeurs industrielles a bondi de plus de 7 % dans les jours qui ont suivi.1 Voyons aussi les répercussions sur les marchés lorsque d’autres dirigeants mondiaux ont contracté la COVID-19. Par exemple, l’indice MSCI du Royaume-Uni a chuté de 6,2 % entre la veille du jour où le premier ministre britannique, Boris Johnson, a annoncé qu’il avait des symptômes légers le 26 mars et le creux du marché le 3 avril 2020.2 Puis, encore là, les cours boursiers se sont redressés rapidement. L’indice du Royaume-Uni a augmenté de 8,9 % entre le 3 avril et la clôture de la séance du 1er octobre.2  


Les répercussions sur l’économie
Je pense que le diagnostic de M. Trump pourrait rendre le port du masque beaucoup plus généralisé, parce que les Américains moyens vont se dire que si le président des États-Unis peut contracter le virus, ça pourrait leur arriver aussi. Si tel est le cas, cela pourrait ralentir la propagation de la COVID‑19 et cela aiderait énormément l’économie, d’autant plus qu’on craint une deuxième vague cet automne. (L’annulation des rassemblements de campagne pourrait également freiner la propagation de la COVID-19 au cours des prochaines semaines.) Je ne serais pas non plus en désaccord avec la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui soutient que le diagnostic de COVID-19 du président pourrait inciter les républicains du Sénat à admettre la virulence de la maladie et les convaincre à accepter un plan de relance plus généreux. (En plus du président, la semaine dernière, trois sénateurs républicains ont annoncé en l’espace de 24 heures qu’ils étaient atteints du coronavirus, à savoir Ron Johnson du Wisconsin, Mike Lee de l’Utah et Thom Tillis de la Caroline du Nord.3)  


Le rapport sur l’emploi
Vendredi, tous les yeux étaient rivés sur la santé du président et, par conséquent, le rapport de septembre sur l’emploi aux États-Unis semble être passé inaperçu. Pourtant, il mérite notre attention car il montre que la croissance économique a ralenti, puisque beaucoup moins d’emplois que prévu ont été créés. Le taux de chômage a chuté, mais pour la mauvaise raison : le taux de participation de la population active a diminué parce que moins de travailleurs cherchent activement un emploi. Pire encore, de plus en plus de pertes d’emplois sont permanentes, plutôt que temporaires. En outre, le rapport fait état d’énormément de pertes d’emplois dans la fonction publique des États et des villes américaines; ces pertes d’emplois touchent principalement le secteur de l’éducation, peut-être en raison du report de l’ouverture des écoles en lien avec la pandémie, mais font néanmoins ressortir la nécessité d’adopter des mesures de relance budgétaire qui ciblent la fonction publique des États et des villes américaines. Je crains que le ralentissement de la croissance économique n’exacerbe la « forme de K » de la reprise jusqu’à présent, qui fait que les Américains à revenu élevé profitent le plus de la reprise, tandis que les Américains à faible revenu continuent de subir les contrecoups du repli.  


Les répercussions sur les marchés
Le rapport sur l’emploi pourrait avoir un effet positif sur les marchés s’il incite le Congrès à négocier une entente sur les mesures de relance budgétaire. Je crois que ce scénario est de plus en plus probable et que c’est peut-être ce qui explique pourquoi les cours des titres cycliques américains ont monté vendredi, que le taux des bons du Trésor américain à 10 ans a augmenté et que le prix de l’or a chuté.4  


Les répercussions sur l’économie
Il est de plus en plus évident que la croissance économique ralentit — si l’on se fie à diverses données en plus du rapport sur l’emploi — et ces données pourraient suffire à contraindre le Congrès à adopter un généreux plan de relance.  


Conclusion
Bref, les événements de la semaine dernière ont injecté encore plus d’incertitude dans le monde dans les dernières semaines avant les élections présidentielles. Nous sommes conscients que l’incertitude à l’égard des politiques attise la volatilité des marchés, mais nous ne pouvons pas nous laisser ébranler par la volatilité car nous vivons cette incertitude dans un contexte de politique monétaire très accommodante. Comme mon collègue Brian Levitt l’a si éloquemment expliqué : « les arguments en faveur des actions n’ont pas changé. Nous prévoyons toujours que cette reprise économique naissante se poursuivra jusqu’en 2021 et au-delà. Parier que la situation économique ne s’améliorera pas à moyen terme revient à parier contre la médecine, la science et l’ingéniosité humaine. » Nous croyons qu’il est important pour les investisseurs d’avoir un portefeuille bien diversifié et de garder le cap, et bien sûr de rester à l’affût des occasions de placement si les actions subissent des épisodes de forte volatilité à la baisse.  


À surveiller
La semaine prochaine, nous allons surveiller l’allocution de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, et le procès-verbal de la réunion de septembre du Federal Open Market Committee. Les deux événements sont importants car, à mon avis, la politique monétaire est cruciale pour les marchés.   Mais sans doute que l’événement le plus médiatisé de la semaine sera le débat vice-présidentiel du 7 octobre. Après tout, comme le président Trump a été hospitalisé et que l’ex-vice-président Biden continue de subir des tests de dépistage de la COVID-19 parce qu’il a peut-être été exposé au virus, sans compter que les deux candidats sont avancés en âge, les candidats à la vice-présidence jouent un rôle sans doute plus important que jamais. Nous verrons bien s’ils ont l’étoffe d’un président. Peut-être parviendront-ils à expliquer leur plateforme politique respective et à en débattre, ce que leurs colistiers ont de toute évidence été incapables de faire la semaine dernière.  

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1 Les actions définies par l’indice Dow Jones des valeurs industrielles. Source : dividend.com, « How the Dow 30 Reacts to Major Events », 22 décembre 2014
2 Source : Bloomberg, L.P.
3 Source : CNN, « Senate GOP’s third positive Covid-19 case threatens quick Barrett confirmation », 3 octobre 2020
4 Source : Bloomberg, L.P.; Morningstar

Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Caroline Purser / Getty

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

L’indice MSCI du Royaume-Uni est conçu pour mesurer le rendement des sociétés britanniques à grande et à moyenne capitalisations.

L’indice Dow Jones des valeurs industrielles est un indice pondéré selon la moyenne arithmétique du cours des 30 titres les plus fortement capitalisés et dont le capital est le plus largement réparti de la Bourse de New York.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 5 octobre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.