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Invesco | 4 novembre 2020

Le dépouillement du scrutin se poursuit, alors que Trump et Biden parient sur la victoire

À minuit, HNE, les résultats de l’élection présidentielle de 2020 sont toujours en suspens. Des bulletins de vote doivent encore être comptés dans plusieurs États; par conséquent, les résultats officiels pourraient ne pas être connus avant un certain temps. Nos experts s’attardent ici aux prochaines étapes du processus politique, aux enjeux entourant les politiques que les marchés surveilleront et à deux questions cruciales que les investisseurs doivent se poser dès maintenant.

L’importance du processus électoral

Marty Flanagan, président et chef de la direction, Invesco : Bien que l’élection présidentielle américaine ait semblé inhabituelle cette année, la participation au processus démocratique demeure l’une des responsabilités les plus importantes de tous les Américains. Voter est l’une des principales libertés des Américains, et il est essentiel que nous laissions le processus suivre son cours, afin que la voix du peuple américain soit entendue.

Les États-Unis d’Amérique et le processus démocratique ont surmonté des épisodes d’incertitude dans l’histoire, et je suis convaincu que nous saurons le faire cette fois-ci encore, alors que le processus électoral se poursuit.

Le processus politique : quelle est la suite des choses?

Andy Blocker, chef, Relations gouvernementales É.-U. À minuit, HNE, le 3 novembre, les résultats de l’élection demeurent incertains. Le président Trump a réussi à conserver bon nombre des États, qui annoncent leurs résultats tôt et où la compétition est serrée, qu’il avait gagnés en 2016 – la Floride, le Texas, la Géorgie et l’Ohio. Il est actuellement encore trop tôt pour annoncer les résultats de l’Arizona et de la Caroline du Nord.

Si le président Trump arrive à conserver l’Arizona et la Caroline du Nord, ça sentira, une fois de plus, le déjà vu. Cette élection dépendra encore une fois des mêmes États de la Rust Belt, le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, qui avaient déterminé l’issue de l’élection de 2016. Comme il fallait s’y attendre, ces États n’ont pas fini de dépouiller les votes par la poste et ne sont pas en mesure de déclarer l’un ou l’autre des candidats gagnant. Nous nous attendons à connaître les résultats définitifs du Wisconsin et du Michigan mercredi, mais la Pennsylvanie ne les aura pas avant vendredi, soit la date limite pour recevoir des bulletins de vote par la poste dans cet État. Par conséquent, au moment d’écrire ces lignes, aucun des deux candidats n’avait encore atteint le seuil des 270 voix au Collège électoral nécessaires pour crier victoire.

Quatre enjeux politiques que les marchés surveilleront

Kristina Hooper, stratège en chef des marchés mondiaux : Quiconque remportera cette élection serrée devra faire face à d’importants défis. Voici quatre enjeux que je surveillerai de près en raison des répercussions qu’ils pourraient avoir sur les marchés et l’économie :

  1. COVID-19. Depuis le début de la pandémie, j’ai écrit à propos de l’importance d’une réponse politique à trois volets au coronavirus : 1) une politique de santé publique pour contenir le virus; 2) des mesures monétaires pour assurer qu’il y ait suffisamment de liquidités dans les marchés et que ces derniers continuent de bien fonctionner et 3) un soutien budgétaire pour limiter les dommages économiques réels. La Réserve fédérale américaine a soutenu une politique monétaire expansionniste musclée tout au long de la crise, mais qu’en est-il des deux autres volets?

    Pour ce qui est de la politique de santé publique, Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait adopter une stratégie axée sur l’« immunité collective » en cas de résurgence du virus. En revanche, M. Biden a affirmé que, si les experts médicaux le recommandaient, il serait ouvert à un autre confinement général, semblable à celui du printemps dernier. Ces approches ont toutes deux le potentiel d’affecter de façon significative l’activité économique.

    Concernant le soutien budgétaire, j’estime que le prochain président devra considérer les mesures de relance liées à la pandémie comme étant des paiements au titre des coupons d’une obligation. Autrement dit, les paiements liés aux mesures de relance doivent être suffisants et effectués à intervalles réguliers afin que l’économie continue d’être soutenue en cette période particulièrement difficile, jusqu’à ce qu’un vaccin efficace soit mis au point et distribué à grande échelle.

  1. Chine. Nous nous intéresserons de très près aux plans du prochain président relativement à la Chine. La méthode de l’administration Trump a créé une forte volatilité sur les marchés, et l’on craint qu’un deuxième mandat ne se traduise par des mesures encore plus imprévisibles et agressives contre la Chine. En revanche, un flou persiste quant aux relations sino-américaines sous une administration Biden. Selon nous, deux principales possibilités se dessinent : soit l’administration de M. Biden appuierait sur le bouton de « réinitialisation » des relations avec la Chine, soit M. Biden maintiendrait la ligne dure avec la Chine, mais de manière plus mesurée et multilatérale.
  1. Impôts. Si M. Biden l’emporte, les marchés surveilleront la possibilité d’une hausse des impôts. Il a dit vouloir augmenter les impôts, mais quand? De toute évidence, la reprise économique demeure très fragile, de sorte que, selon nous, une hausse des impôts l’an prochain pourrait être problématique. Or, les marchés n’ont pas semblé découragés par les sondages d’octobre, qui prévoyaient une victoire convaincante de M. Biden. À mon avis, l’une des principales raisons est qu’une « vague bleue » pourrait très bien se traduire par d’importantes mesures de relance en 2021 – et lors des dernières semaines de la campagne, ce thème semblait avoir plus de poids que les craintes entourant une hausse de l’impôt des sociétés.
  1. Infrastructures. Les deux candidats ont indiqué qu’ils augmenteraient les dépenses en infrastructures, mais nous n’avons pas obtenu beaucoup de précisions à ce sujet. J’ai bien hâte de connaître le détail du plan de dépenses en infrastructures du prochain président : la somme qu’il prévoit dépenser, comment il entend la financer et peut-être même quand ce plan sera mis en œuvre. Dans les années 1930, les dépenses publiques en infrastructures ont servi à lutter contre le chômage et à ramener les gens au travail, et cette mesure a réussi à réduire le chômage et à stimuler l’économie. Ce genre de mesure pourrait-il s’avérer aussi efficace aujourd’hui?

Nous convenons que l’incertitude politique engendre la volatilité des marchés, mais l’incertitude actuelle règne dans un contexte de politiques monétaires massives, lesquelles ont contribué à soutenir les actions tout au long de la pandémie. Alors que les processus politique et juridique suivent leur cours pour déterminer le gagnant, j’estime qu’il est important de demeurer bien diversifié et de garder le cap et, bien sûr, d’être attentif aux occasions qui se présenteront si les actions connaissaient des périodes de forte volatilité à la baisse.

Deux questions cruciales pour les investisseurs

Brian Levitt, Stratège en chef des marchés mondiaux : L’issue à laquelle s’attendaient de nombreux investisseurs pourrait bien se matérialiser. Le suspense perdure quant à l’issue de l’élection, et le dépouillement pourrait prendre un certain temps.

Le marché boursier et ses investisseurs sont reconnus pour leur aversion à l’incertitude, en particulier l’incertitude politique. C’est pourquoi le risque de poussées de volatilité boursière à court terme pourrait être élevé. Il est toutefois impératif de noter que l’incertitude politique actuelle est peu susceptible de modifier la trajectoire de l’économie et des marchés au cours des prochaines années, à mon avis.

Il est difficile de s’astreindre à mettre en perspective la contestation des élections aux États-Unis d’un point de vue historique. Après tout, le pays existe depuis seulement 245 ans, et l’élection qui a eu lieu en 1876 et qui opposait Rutherford B. Hayes et Samuel Tilden est sans doute peu connue auprès des investisseurs. Pour ce que cela vaut, les actions américaines à grande capitalisation ont chuté de 18 % entre l’élection de novembre 1876 et l’investiture de M. Hayes en mars 1877 puis ont grimpé de 160 % au cours de son unique mandat à la présidence1.

Au cours du présent siècle, le vainqueur de l’élection du 7 novembre 2000 entre George W. Bush et Al Gore n’a été connu que le 13 décembre 2000, date à laquelle la Cour suprême des États-Unis a mis fin au recomptage des votes en Floride. L’indice S&P 500 a reculé de 4,9 % entre le jour de l’élection et la décision de la Cour suprême plus d’un mois plus tard2. Pendant la même période, l’or a progressé de 3,9 %, tandis que le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a glissé de 85 points de base, passant de 5,85 % à 5,00 %3. Les conséquences ont été défavorables, sans toutefois être catastrophiques.

La volatilité moyenne du marché au cours des 25 séances boursières entre les élections de 2000 et le résultat officiel n’a pas atteint les mêmes niveaux que ceux observés à plusieurs reprises au cours du cycle économique et boursier qui s’est étiré de 2009 à 20194. Bref, le marché a été secoué beaucoup plus par les événements qui se sont produits au cours des dernières années que par le résultat tardif de l’élection qui a opposé M. Bush et M. Gore (voir le graphique ci-dessous). Parmi ces événements, mentionnons la crise des dettes européennes, la dévaluation de la devise chinoise, les nombreux changements apportés à la politique de la Réserve fédérale américaine et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, sans parler de la pandémie de COVID-19, qui a finalement eu raison du cycle économique.


Sources : Bloomberg et Chicago Board Options Exchange. L’indice VIX est un indice de référence utilisé dans le marché financier pour estimer de façon continue la volatilité attendue de l’indice S&P 500 et est calculé en fonction de la médiane des cours acheteur-vendeur en temps réel des options sur l’indice S&P 500 (SPX).

À mon avis, au moment d’évaluer les conséquences découlant d’événements précis sur les marchés financiers, les investisseurs devraient toujours se poser deux grandes questions :

  1. L’événement aura-t-il une incidence sur les principales économies mondiales au cours des prochaines années?
  2. La politique monétaire sera-t-elle maintenue ou sera-t-elle modifiée en raison de l’événement au cours des prochaines années?

Vu sous cet angle, il n’est pas surprenant que les marchés aient connu une plus grande volatilité en raison des événements énumérés ci-dessus, à savoir l’augmentation injustifiée des taux par la Banque centrale européenne en 2011, la hausse des taux par la Réserve fédérale américaine en 2015 et la guerre commerciale entre les deux plus grandes économies du monde en 2018 dont l’issue était incertaine, qu’à l’époque de l’élection de M. Bush contre M. Gore. Les résultats des élections, ainsi que les événements régionaux (comme la guerre civile en Syrie), les catastrophes naturelles (comme les ouragans à Porto Rico et à Houston), les manifestations massives et les troubles civils (comme ceux qui ont eu lieu à Ferguson, à Baltimore, à Portland et à Kenosha), n’ont souvent pas les mêmes conséquences sur les marchés financiers. En effet, malgré leur caractère troublant, les élections, les événements régionaux, les catastrophes naturelles et les manifestations changent rarement la trajectoire de l’économie nationale ou mondiale ou de la politique monétaire.

Au cours des prochaines années, la trajectoire de l’économie américaine sera déterminée, à mon avis, par la capacité de freiner la propagation de la COVID-19 et de relancer un plus grand nombre de segments du secteur des services. C’est aussi simple que cela. Il est vrai que le prochain président et son administration pourraient accélérer la reprise économique aux États-Unis en adoptant la bonne combinaison de politiques. Je crois tout de même que le fait de sous-estimer la reprise durant les prochaines années, et ce, peu importe le résultat final de l’élection de 2020, s’apparente à sous-estimer la médecine, la science et l’ingéniosité humaine. De plus, la Réserve fédérale a laissé entendre qu’elle maintiendrait sa politique monétaire expansionniste au moins pour la majeure partie du prochain mandat présidentiel.

Même si nous sommes impatients de connaître le résultat de l’élection et que nous consultons de façon compulsive les sites de Fox News ou de MSNBC, il ne faut pas oublier qu’une combinaison de facteurs devrait selon moi favoriser les actions. L’économie américaine se redresse et devrait continuer de se relever après avoir été sévèrement écorchée. Les actions sont bon marché comparativement aux obligations5. Les taux de rendement des liquidités sont faméliques6 et la Réserve fédérale a l’intention de réduire de 2 % par année la valeur de ces liquidités. Bref, je vois peu de solutions de rechange aux actions pour les investisseurs en quête de croissance. Les facteurs devraient rester les mêmes, peu importe qui prêtera serment en janvier.

C’est pourquoi je préfère chercher des réponses à mes deux grandes questions, plutôt que de rester accroché au fil de nouvelles en continu.

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Notes de bas de page

1 Source : Yale, base de données Robert Shiller.

2 Sources : Bloomberg et Standard & Poor’s.

3 Source : Bloomberg. Le prix au comptant de l’or est présenté en dollars américains par once troy.

4 Source : Bloomberg.

5 Sources : Bloomberg et Standard & Poor’s, au 30 septembre 2020. Selon l’écart entre le ratio bénéfice/cours de l’indice S&P 500 et le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans.

6 Source : Bankrate.com, au 30 septembre 2020.

Renseignements importants

Crédit image du blogue : Roibu / Getty.

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Les opinions mentionnées ci-dessus sont celles des auteurs en date du 3 novembre 2020. Les commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration de thèmes généraux. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les résultats futurs. Ils comprennent des risques, des incertitudes et des hypothèses. Il n’est pas garanti que les résultats réels ne seront pas considérablement différents des attentes.