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Kristina Hooper | 11 mai 2021

Le rapport d’avril sur l’emploi n’ébranle pas ma confiance pour 2021

Pourquoi le rapport d’avril sur l’emploi est-il aussi désastreux? Pour diverses raisons, mais 2021 devrait être une bonne année pour l’économie américaine.

Le rapport d’avril 2021 sur l’emploi aux États-Unis a eu l’effet d’un choc — extrêmement décevant. Les estimations faisaient état de la création d’un peu moins de un million d’emplois non agricoles aux États-Unis, tandis que les rumeurs laissaient présager beaucoup plus que un million. Or, la réalité a été tout autre; à peine 266 000 emplois ont été créés en avril.1 De plus, le rapport de mars sur l’emploi aux États-Unis a été révisé à la baisse de 916 000 à 770 000.1

L’économie américaine est-elle en perte de vitesse?

Beaucoup ne savent pas quoi penser du rapport sur l’emploi. Est-ce un signe que la reprise économique aux États-Unis est en perte de vitesse? Certainement pas selon moi, étant donné tous les autres signes de reprise économique aux États-Unis. Par exemple, les indices des gestionnaires en approvisionnement des secteurs manufacturier et non manufacturiers aux États-Unis ont augmenté considérablement ces derniers mois. Cela ne signifie pas que nous aurions dû nous attendre à un rapport mirobolant sur l’emploi. L’économie américaine s’accélère, mais pas de façon spectaculaire — du moins pas encore. Après tout, le plus récent Livre beige de la Réserve fédérale américaine (Fed), publié le 14 avril pour la période de six semaines terminée le 5 avril, indique que la croissance de l’emploi à l’échelle nationale « s’est accélérée au cours de la période visée et la plupart des districts font état d’augmentations modestes à modérées du nombre de travailleurs. »2

Selon mon expérience, les augmentations « modestes à modérées » du nombre de travailleurs ne se traduisent habituellement pas par la création de un million d’emplois agricoles et non‑agricoles en mars ou en avril. Et, nous ne pouvons pas faire abstraction du rôle que les perturbations des chaînes d’approvisionnement peuvent avoir joué en provoquant des fermetures dans le secteur manufacturier qui, à leur tour, ont fait chuter le nombre de travailleurs requis. C’est certainement ce que nous a dit la Banque de réserve fédérale de San Francisco dans son plus récent Livre beige : «… quelques contacts dans le district dans les secteurs des services aux collectivités, manufacturier et de l’agriculture ont mentionné la réduction des heures de travail et de l’embauche et, dans certains cas, le gel de l’embauche. Ces décisions de réduction des coûts ont été provoquées en partie par des pénuries de matières premières, des perturbations de chaînes d’approvisionnement et un resserrement des contraintes de capacité. » 2

Est-ce que les généreuses prestations d’assurance-chômage créent une pénurie de main‑d’œuvre?

Ou, si l’on se fie au rapport sur l’emploi aux États-Unis, est-ce que ce sont les mesures de relance budgétaires, plus précisément les prestations d’assurance-chômage améliorées, qui créent une pénurie de main-d’œuvre? Nous sommes nombreux à entendre des données anecdotiques sur les tentatives des employeurs d’attirer des travailleurs : Wawa offre une prime à l’embauche de 500 $, McDonald offre une prime aux candidats rien que pour s’être présentés à un entretien d’embauche. Une de mes amies de la Caroline du Nord m’a envoyé un texto pour me parler des fermetures à sa chaîne de restaurants-minute préférée parce que le propriétaire possède deux établissements, mais a suffisamment d’employés pour un seul, si bien que chaque restaurant est fermé la moitié de la semaine.

La Chambre de commerce des États-Unis le confirme; elle est d’avis que la bonification des prestations d’assurance-chômage crée une pénurie de main-d’œuvre. Elle dit avoir effectué une analyse qui indique qu’un employé sur quatre reçoit maintenant plus d’argent en s’inscrivant à l’assurance-chômage qu’en travaillant.3 À la suite de la publication du rapport sur l’emploi d’avril aux États-Unis, la Chambre de commerce a même demandé que les autorités cessent de verser la prestation supplémentaire de 300 $US : « Payer les gens qui ne travaillent pas freine l’élan du marché du travail qui, autrement, se porterait bien. Nous avons besoin d’une approche globale pour régler le problème de pénurie de main-d’œuvre et la menace très réelle que les postes vacants font planer sur la reprise économique post-pandémie. »3 Un certain nombre de districts de la Fed ont fait écho aux propos de la Chambre de commerce dans leur plus récent Livre beige. Autrement dit, les employeurs ont des emplois à offrir, mais personne ne veut les pourvoir.

Est-ce seulement une question de pénurie de main-d’œuvre?

Je crois qu’il faut nuancer et qu’il y a d’autres raisons qui se cachent derrière la pénurie de main-d’œuvre disponible dans certaines régions et certains secteurs. Une théorie est que certains parents ne peuvent pas retourner au travail parce que les cours de leurs enfants se donnent encore en ligne ou parce qu’ils n’ont pas accès à un service de garde. Cela me semble logique. Je connais un certain nombre de parents dont les enfants ont recommencé à aller à l’école en personne il y a quelques semaines seulement, tandis que d’autres vont terminer l’année scolaire en ligne et ne retourneront pas à l’enseignement en personne à temps plein avant l’automne 2021.

Les problèmes de services de garde et autres enjeux, comme les craintes pour la santé et la disponibilité réduite du transport en commun, empêchent des gens de retourner au travail. C’est ce qu’a fait remarquer la Fed de Chicago dans son plus récent Livre beige, où on peut lire ceci : « Les employeurs, les agences de placement temporaire et les organisations de développement de la main-d’œuvre ont soulevé un certain nombre de facteurs qui limitent l’offre de main-d’œuvre, notamment les craintes pour la santé, les problèmes de garde d’enfants, les coupures dans les horaires de transport en commun, la fatigue liée à la recherche d’emploi et le soutien financier du gouvernement. »2 Ces obstacles tombent dans la catégorie plus large des restrictions sur les déplacements et sur le commerce, problème évoqué par la Banque de réserve fédérale de San Francisco : « En général, l’emploi s’est rétabli plus rapidement dans les régions où les restrictions sur les déplacements et le commerce ont été levées plus tôt. »2 Là où il y a des restrictions sur les déplacements, où le transport en commun est limité et là où il y a des restrictions sur le commerce, la plupart des garderies ne fonctionnent pas à pleine capacité.

La menace de l’inflation

Bien sûr, la principale préoccupation concernant l’incapacité de trouver suffisamment de main-d’œuvre est qu’elle pourrait engendrer d’énormes augmentations de salaires qui, à leur tour, risquent de provoquer une inflation « persistante », plutôt que transitoire comme l’anticipe la Fed. Or, selon moi, il est peu probable que nous assistions à une augmentation marquée et prolongée de l’inflation des salaires, même advenant une pénurie de main-d’œuvre. En ce moment, de nombreux employeurs ont recours aux primes à l’embauche pour attirer les travailleurs. Par exemple, comme l’a fait remarquer la Banque de réserve fédérale de Minneapolis, « plusieurs de nos contacts nous ont dit que les primes à l’embauche, qui aident à attirer des candidats sans augmenter les engagements salariaux à long terme, sont de plus en plus répandues ».2 Même son de cloche de la Banque de réserve fédérale de Philadelphie qui nous a dit que « les primes à l’embauche, pratique courante dans le secteur de l’entreposage, ont été signalées par plusieurs contacts du secteur de l’hôtellerie…»2 Évidemment, certains employeurs augmentent les salaires, mais jusqu’à présent, les augmentations sont relativement modeste en général.

Les entreprises envisagent également d’autres moyens de limiter les coûts de main-d’œuvre. Par exemple, la Banque de réserve fédérale de Cleveland rapporte ceci : « Certains de nos contacts disent qu’ils envisagent de faire davantage appel à la technologie (plutôt que de recruter plus d’employés) pour répondre à la demande. »2 La Banque de réserve fédérale d’Atlanta a indiqué que « certaines entreprises prévoient avoir recours aux postes à plein temps à distance pour attirer et retenir des travailleurs afin de combler des postes difficiles à pourvoir. »2  

À quoi doit-on s’attendre?

Pour moi, il est clair que l’économie américaine va s’accélérer, ce qui devrait se traduire par une croissance plus rapide de l’emploi. Je m’attends donc à une augmentation des salaires, mais pas spectaculaire, étant donné que la pénurie de main-d’œuvre devrait se résorber assez rapidement. Après tout, la plupart des écoles rouvriront pour l’apprentissage en présentiel d’ici septembre et les garderies rouvriront également et augmenteront leur capacité. Si davantage d’employés entrent sur le marché du travail lorsque les écoles vont rouvrir et que les garderies et les transports en commun vont reprendre leurs activités normales, les pressions sur les salaires vont s’atténuer. Les horaires des transports en commun devraient également revenir à la normale au cours des prochains mois, ce qui va élargir le bassin de main-d’œuvre disponible. Ainsi, les gens qui résistent en raison de craintes pour la santé vont probablement réintégrer le marché du travail à mesure que les taux de vaccination vont augmenter et que les cas de COVID-19 vont diminuer. N’oubliez pas que beaucoup de nouveaux diplômés du secondaire et du collégial entreront sur le marché du travail d’ici quelques mois. Enfin, comme les prestations d’assurance-chômage bonifiées vont prendre fin en septembre et que les États peuvent les abolir plus tôt (deux ont déjà annoncé qu’elles prendraient fin en juin), cela va générer un grand afflux de travailleurs.

Bref, à mon avis, nous ne devrions pas nous concentrer sur une seule donnée ni nous inquiéter outre mesure d’un rapport sur l’emploi. La secrétaire du Trésor américain et ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, était vivement intéressée par le marché du travail (et ses répercussions possibles sur l’inflation), mais elle a admis qu’elle devait examiner une mosaïque de données pour mieux le comprendre (elle a même fait concevoir un indice des conditions du marché du travail à 19 indicateurs afin de pouvoir suivre un large éventail de paramètres au fil du temps.) Dans l’esprit de la secrétaire Yellen, nous allons suivre de près les nombreux aspects du marché du travail américain. Parallèlement, nous devons nous rappeler à quel point la Fed s’est engagée à faire preuve de patience dans le cadre des mesures d’assouplissement monétaire. En gros, je m’attends à ce que 2021 soit une bonne année pour l’économie américaine, le marché du travail et les investisseurs qui sont prêts à conserver leurs placements, qui ont un portefeuille très diversifié et un horizon temporel plus long.

1 Source : Bureau américain de la statistique du travail, rapport d’avril 2021 paru le 7 mai 2021

2 Source : Livre beige de la Réserve fédérale américaine, 14 avril 2021

3 Source : Chambre de commerce des États-Unis, « U.S. Chamber Calls for Ending $300 Weekly Supplemental Unemployment Benefits to Address Labor Shortages », 7 mai 2021

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Le document Summary of Commentary on Current Economic Conditions by Federal Reserve District (le Livre beige) est publié huit fois par année. Chaque banque fédérale de réserve recueille des données anecdotiques sur les conditions économiques dans son district et le Livre beige en fait un résumé par district et par secteur.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 10 mai 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.