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Kristina Hooper | 7 juin 2022

L’économie mondiale : Supermalade ou super étrange?

Les sentiments négatifs à l’égard de l’économie mondiale ne manquent pas, mais la situation est-elle aussi désespérée que certains le prétendent? Kristina Hooper nous fait part de ce qu’on pourrait qualifier de supermalade dans l’économie en ce moment et de ce qui ne l’est pas.

L’état de l’économie mondiale est-il vraiment si désastreux?

La semaine dernière, des propos véritablement pessimistes sont sortis de la bouche des PDG, dont l’un a déclaré qu’il avait l’impression que l’économie est « supermalade ». En tant que mère d’adolescents, j’entends souvent le terme « Supermalades » car c’est le titre d’un film pour ados qu’ils adorent. Pour eux, c’est un des meilleurs films de tous les temps. Mais ce n’est pas un terme que nous voulons voir associé à l’économie.

Alors, pourrait-on qualifier l’économie mondiale de supermalade? À mon avis, certainement pas. Je crois qu’il serait plus exact de dire qu’elle se comporte de manière « super étrange ». J’entends continuellement des professionnels de la finance et des clients me dire qu’ils ne savent pas quoi en penser, que c’est une conjoncture tellement inhabituelle. L’un d’eux a simplement dit : « Ce n’est pas évident de se sentir à l’aise dans cette conjoncture ». Je crois que certains aspects de l’économie mondiale sont très positifs alors que d’autres sont très négatifs. Et le sentiment est très négatif, ce qui me semble étonnamment. Passons en revue ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas en ce moment.

Que pourrait-on qualifier de supermalade?

  1. Guerre opposant la Russie à l’Ukraine. La Russie gagne du terrain et a même recommencé à attaquer Kiev. La guerre s’intensifie légèrement et s’enracine de plus en plus, ce qui est de mauvais augure pour le monde en ce qui a trait à d’éventuelles pénuries alimentaires et à la rareté de certains produits de base, ce qui perturbe les chaînes d’approvisionnement et fait augmenter les coûts. Et le risque que l’alimentation énergétique soit coupée constitue une grave menace pour l’économie européenne.
  2. Prix du pétrole. Les prix du pétrole brut ont augmenté considérablement au cours des cinq dernières semaines. Les prix de l’énergie ont tendance à se répercuter sur l’ensemble de l’économie, ce qui fait grimper les prix de nombreux autres produits et services. Aux États-Unis, le prix moyen national d’un gallon d’essence a atteint 4,85 $ US cette semaine, soit environ le double du prix à la pompe au début de 2021.1 Tant que les prix de l’énergie resteront élevés, il est très peu probable que nous revenions au taux d’inflation cible d’environ 2 % des banques centrales.
  3. Risques de récession accrus au Royaume-Uni et dans la zone euro. Le Royaume-Uni et les pays de la zone euro sont durement touchés par la guerre opposant la Russie à l’Ukraine. Ils sont plus vulnérables et plus exposés au risque de récession. Qui plus est, leurs banques centrales respectives ont un exercice d’équilibre plus délicat alors qu’elles tentent de contrôler une inflation élevée, d’autant plus qu’elles ne peuvent pas enrayer certaines des principales sources d’inflation.

Qu’est-ce qui est loin d’être supermalade?

Situation de l’emploi aux États-Unis. On s’est beaucoup concentré sur la qualité du rapport sur l’emploi de mai, et les actions ont eu une réaction du genre « cette bonne nouvelle est une mauvaise nouvelle » vendredi parce que la création d’emplois aux États-Unis était tellement élevée.

Or, je crois que la partie la plus importante du rapport sur l’emploi en ce moment est la croissance des salaires, et le ralentissement est bienvenu. Le salaire horaire moyen a augmenté de 0,3 % sur un mois, ce qui est inférieur aux attentes de 0,4 %.2 La croissance des salaires a donc été relativement bénigne en mai, comme elle l’était en avril, ce qui laisse présager que la partie la plus « durable » de l’inflation, en l’occurrence les salaires, pourrait ne pas être trop problématique.

Jusqu’ici, la composante emploi du ralentissement orchestré par la Réserve fédérale américaine (Fed) se déroule comme prévu. J’entends par là que le rapport JOLTS (Job Openings and Labour Turnover Survey) d’avril, rendu public la semaine dernière, montre que le nombre de postes à combler a diminué, mais nous n’avons pas encore constaté d’augmentation des licenciements (en fait, ils ont même diminué). J’espère que cela va continuer, moyennant peu de licenciements, mais une diminution significative des postes à combler aiderait certainement à atténuer les pressions salariales.3 À mon avis, c’est ainsi que les États-Unis parviendront à effectuer un atterrissage en douceur.

Les anticipations d’inflation du marché ont été révisées à la baisse ces dernières semaines à l’égard des États-Unis, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.4 Malgré les prix élevés de l’énergie, certains indicateurs donnent à penser que l’inflation devrait bientôt commencer à se modérer. En outre, je crois que les grandes banques centrales occidentales ont réussi à maintenir une certaine crédibilité en adoptant un ton plutôt ferme concernant la lutte contre l’inflation. Comme nous l’avons vu depuis la volte-face belliciste de la Fed plus tôt cette année, ses paroles ont fait une partie du travail sans trop de hausses de taux et ont provoqué un resserrement des conditions financières. Cela a à son tour contribué à façonner les anticipations d’inflation. Ne craignez donc pas le durcissement de ton de la Fed ou d’autres banques centrales.

Relâchement des mesures sanitaires anti-COVID en Chine. Les statistiques économiques chinoises ont été très décevantes ces derniers mois en raison des mesures de confinement liées à la COVID. Cependant, la situation devrait commencer à s’améliorer compte tenu du relâchement des mesures sanitaires dans les grandes villes. La semaine dernière à Shanghai, les clôtures ont commencé à être démantelées, les places publiques ont rouvert et les transports en commun ont repris du service. Les employés retournent au travail et la vie revient à la normale. Cela devrait contribuer à atténuer les perturbations des chaînes d’approvisionnement, qui ont été l’une des principales sources d’inflation. Nous avons déjà constaté une légère amélioration des indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) la semaine dernière, et je crois que la tendance va se poursuivre, d’autant plus que les mesures de relance budgétaires vont entrer en vigueur. Ce qui se passe en Chine est très encourageant, mais ça risque de prendre un peu de temps avant qu’on en constate les effets. (Évidemment, l’augmentation de la demande de pétrole risque d’entraîner une hausse des prix de l’énergie, mais je crois que les avantages de la réouverture l’emportent largement sur les inconvénients.)

Réduction des tarifs douaniers. La fin de semaine dernière, la secrétaire américaine au Commerce, Gina Raimondo, a déclaré que l’Administration Biden envisage de réduire certains tarifs de l’ère Trump. L’Administration Biden a annoncé le 6 juin la suspension des tarifs sur les panneaux solaires de certains pays d’Asie du Sud-Est.5 Elle semble vouloir se concentrer sur la réduction des tarifs liés à l’industrie de l’énergie, compte tenu des coûts élevés de l’énergie, mais je suis optimiste que cela va s’étendre à d’autres secteurs d’activité, car elle cherche par tous les moyens, si minimes soient-ils, à juguler l’inflation. C’est aussi une petite victoire pour la mondialisation.

Signes d’assouplissement réglementaire en Chine. Selon certains rapports, les enquêtes des autorités chinoises sur plusieurs entreprises du pays se terminent, ce qui suppose que la conjoncture réglementaire chinoise en général pourrait s’améliorer. Cela va dans le sens des déclarations des décideurs chinois ces derniers mois, à savoir que le pays veut procurer un climat plus favorable aux entreprises. Cela devrait être bon pour l’économie chinoise.

Conclusion      

Quels sont les principaux éléments à retenir? Certains pans de l’économie mondiale sont en piteux état mais d’autres ne le sont absolument pas. Certaines entreprises sont avantagées par cet état de fait et d’autres pas. Par exemple, malgré le grand pessimisme de certains PDG, nous avons entendu des observations et des opinions plus positives.

La semaine dernière par exemple, Hewlett Packard a déclaré des bénéfices supérieurs aux prévisions et a révisé à la hausse ses prévisions pour le reste de l’année. Le PDG de Delta Airlines, Ed Bastian, a déclaré que « la demande est hors norme. »6 C’est aussi ce que nous avons entendu d’autres compagnies aériennes et, bien qu’elles prévoient une hausse des coûts d’énergie, elles semblent en mesure de bien les gérer. De son côté, l’équipementier Foxconn prévoit une amélioration de sa chaîne d’approvisionnement pendant la deuxième moitié de 2022.7

Après des années de politique monétaire ultra-accommodante qui ont généré une marée montante qui a fait flotter tous les bateaux, je crois que nous entrons dans une ère où nous allons devoir être à la fois sélectifs et perspicaces, et nous concentrer sur les industries et les entreprises susceptibles de bien performer dans cette conjoncture.

À surveiller cette semaine

Voici trois éléments que je vais surveiller au cours de la prochaine semaine :

  1. L’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis pour le mois d’avril sera un important indicateur. Je m’attends à ce que la croissance de l’IPC de base sur un mois se soit modérée en avril, car le resserrement des conditions financières a déjà commencé à refroidir l’économie américaine.
  2. L’Université du Michigan va publier les résultats préliminaires de son sondage auprès des consommateurs. Je m’intéresse plus particulièrement aux anticipations d’inflation des consommateurs, qui, je l’espère, se seront modérées malgré la hausse des coûts de l’énergie.
  3. Les interventions des banques centrales. La Banque centrale européenne, la Banque de réserve d’Australie et la Banque de réserve de l’Inde se réunissent toutes bientôt et sont en mode de resserrement. Je m’intéresse à leurs perspectives d’inflation et à leur économie respective, compte tenu de cette conjoncture difficile.

1 Source : American Automobile Association, 6 juin 2022

2 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, 3 juin 2022

3 Source : JOLTS Summary, numéro d’avril 2022, rendu public le 1er juin 2022 par le U.S. Bureau of Labor Statistics

4 Source : Bloomberg, 3 juin 2022

5 Source : Reuters, 6 juin 2022

6 Source : Reuters, « Delta, United Airlines sound bullish on post-pandemic spending », 1er juin 2022

7 Source : Reuters, « Foxconn predicts more stable supply chain in the second half of 2022 », 31 mai 2022

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Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

L'indice des prix à la consommation (IPC) mesure la variation des prix à la consommation. L'IPC de base exclut les prix des aliments et de l'énergie, tandis que l'IPC global les inclut.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 6 juin 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.