Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 9 mars 2021

Les actions ont connu une dure semaine en raison de la volatilité

Boussole hebdomadaire des marchés : Les marchés boursiers ont eu du fil à retordre la semaine dernière en raison des craintes d’une hausse de l’inflation, mais je crois que ce n’était qu’un ajustement temporaire à une hausse des taux

La semaine dernière me fait penser à l’histoire de « Rip Van Winkle ». Le récit de Rip Van Winkle, qui se déroule pendant la colonisation des États-Unis, relate la vie d’un homme qui, las de sa femme, décide de partir en randonnée dans les montagnes en compagnie de son chien. Il y fait la rencontre d’un groupe d’hommes étranges qui lui offrent une boisson inhabituelle qui le plonge dans un profond sommeil. À son réveil, il se rend compte que plus de vingt ans se sont écoulés et qu’il a dormi pendant une période tumultueuse : il a raté la Révolution américaine, au cours de laquelle beaucoup de ses amis ont été tués.

Pourquoi ai-je pensé à cette histoire la semaine dernière? Si les investisseurs avaient pu faire une sieste prolongée au début de la semaine dernière, ils se seraient réveillés le vendredi soir et auraient constaté que les indices S&P 500 et Dow Jones des valeurs industrielles ont clôturé en hausse. Ainsi, ils auraient dormi pendant la période de forte volatilité (et le repli marqué) survenue entre les deux.

Certains craignent que la Réserve fédérale américaine ne soit contrainte de relever les taux

La dernière semaine a été éprouvante pour les investisseurs. Elle a été marquée par l’anxiété et les craintes que la Réserve fédérale américaine (Fed) ne soit contrainte de relever les taux en raison de la hausse de l’inflation. Cette perception a entraîné une hausse du taux des bons du Trésor américain à dix ans. Les investisseurs craignent que la Fed ne perde le contrôle des taux d’intérêt à l’extrémité longue de la courbe des taux.

Cela n’a rien d’étonnant car il est effectivement très difficile pour une banque centrale de contrôler l’extrémité longue de la courbe des taux. La Fed peut bien essayer de rassurer les investisseurs en leur disant qu’elle n’augmentera pas le taux des fonds fédéraux, mais rien n’empêche les marchés d’en douter, et c’est ce qui s’est produit la semaine dernière. Le repli a été exacerbé par une entrevue accordée par le président du conseil de la Fed, Jay Powell, jeudi dernier. Certains investisseurs s’attendaient à ce qu’il annonce que la Fed utilise des outils de contrôle de la courbe des taux, du genre « Operation Twist », pour contrôler les taux à long terme. Cependant, il ne l’a pas fait et les investisseurs ont manifesté leur déception.

Les marchés boursiers ont subi un repli de milieu de semaine

Le problème est que lorsqu’il y a une hausse significative des taux à dix ans, surtout si elle survient sans crier gare, cela provoque souvent une réévaluation des cours boursiers. C’est exactement ce qui s’est passé la semaine dernière, si bien que nous avons assisté à un repli boursier spectaculaire qui a duré plusieurs jours. C’est ce à quoi nous devons nous attendre lorsque les perspectives de croissance économique s’améliorent et soulèvent des inquiétudes quant à l’inflation. Les taux se sont adaptés à l’amélioration des perspectives de croissance économique et les actions se sont à leur tour adaptées à la hausse des taux. Les ajustements peuvent être difficiles dans toutes les sphères de la vie, notamment en ce qui a trait aux marchés. Or, qui dit ajustement dit transition et une transition est par définition temporaire. Je comparerais cet épisode à un malaise gastrique qui va passer une fois que les actions se seront acclimatées à la hausse des taux.

C’est exactement ce qui s’est produit à la même époque l’an dernier. En février et mars derniers, nous avons été témoins d’un ajustement marqué et rapide des marchés, alors que ceux-ci réagissaient à la détérioration des perspectives économiques. Au début de février 2020, le taux des bons du Trésor américain à dix ans s’élevait à 1,65 %.1 Puis, lorsque la COVID-19 a commencé à se propager et que les perspectives économiques se sont détériorées à vue d’œil, le taux à dix ans s’est ajusté à la nouvelle réalité économique, chutant à 0,54 % le 9 mars 2020.2 L’indice S&P 500, qui s’ajustait lui aussi à la nouvelle réalité économique et à son impact potentiel sur les bénéfices des sociétés, a réagi proportionnellement à cette baisse de taux. Il a amorcé sa chute vers la mi-février et a atteint le fond du baril plus tard en mars, lorsque la Fed est intervenue.

La bonne nouvelle est que nous sommes seulement revenus aux seuils d’avant la pandémie. Et, si nous observons les périodes antérieures de hausse des taux des bons du Trésor américain à dix ans, on constate généralement une hausse des cours boursiers pendant ces mêmes périodes. C’est ce que nous avons observé par le passé, lorsque la hausse des taux était alimentée par une accélération de la croissance économique et une amélioration des bénéfices des sociétés (non pas par une forte inflation). Parallèlement, on assiste aussi souvent à une alternance des secteurs les plus performants.

Si l’on se reporte au repli de mercredi dernier, on voit que deux des secteurs les plus cycliques, en l’occurrence l’énergie et les services financiers, ont enregistré des gains et permis aux indices S&P 500 et Dow Jones des valeurs industrielles de terminer la semaine en hausse. En fait, au cours du dernier mois, le rendement de l’indice S&P 500 a été décevant, mais les secteurs de l’énergie et des services financiers ont inscrit des gains à deux chiffres. Là encore, c’était prévisible, étant donné l’ampleur de la reprise potentielle. Il faut s’attendre à ce que les secteurs les plus cycliques surclassent les autres. En règle générale, les actions de sociétés à petite capitalisation procurent de meilleurs rendements que celles des sociétés à plus grande capitalisation. Bref, je crois que ce n’est pas le moment de délaisser les actions; il faut plutôt tenter de savoir quels secteurs et sous-secteurs sont susceptibles de tirer parti de la situation. Comme les perturbations sont omniprésentes, je suis d’avis que la gestion active s’impose maintenant plus que jamais.

Ce ne sont pas les bonnes nouvelles économiques qui manquent

Depuis la rédaction de mon blogue la semaine dernière, je suis encore plus enthousiaste à l’égard des perspectives à court terme de l’économie mondiale.

  • Aux États-Unis, l’Administration Biden a annoncé que la vaccination sera terminée plus vite que prévu; elle s’attend à avoir suffisamment de doses pour vacciner tous les adultes américains d’ici la mi-mai.
  • Le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel des États-Unis est constamment révisé à la hausse et pourrait atteindre 8 ou même 10 % cette année si le nouveau plan de relance est adopté.
  • La Chine s’est fixé une cible de croissance du PIB de plus de 6 % pour 2021 et prévoit créer 11 millions d’emplois cette année.3 On s’attendait à ce que la Chine choisisse de ne pas se fixer d’objectif, comme elle l’a fait en 2020 mais, de toute évidence, elle a suffisamment confiance en son économie pour publier cette prévision qui, soit dit en passant, est de loin inférieure au consensus des analystes, qui prévoit un taux de croissance du PIB d’environ 8 % pour 2020.4
  • J’ai beaucoup parlé du fait que je m’attends à une forte augmentation des dépenses de consommation, compte tenu de la demande refoulée et du taux d’épargne élevé des ménages dans un certain nombre de pays. Je crois également qu’une augmentation substantielle des dépenses en immobilisations est à prévoir, vu la certitude engendrée par les vaccins contre la COVID-19.

De plus, je crois qu’il est important de souligner les deux éléments suivants :

  • Pour citer le président du conseil de la Fed, Jay Powell, je ne m’attends pas à ce que l’inflation devienne « problématique ». Effectivement, il pourrait y avoir une augmentation de l’inflation après la réouverture de l’économie mais, selon moi, elle devrait être de très courte durée. Plusieurs facteurs nous portent à croire que l’inflation sera faible, notamment le ralentissement majeur du marché du travail, qui prendra un certain temps à se résorber, et les forces structurelles à plus long terme, en particulier la démographie et l’innovation technologique, qui vont continuer d’exercer des pressions à la baisse sur l’inflation.
  • À mon avis, la Fed va intervenir si le taux des bons du Trésor américain à dix ans monte en flèche et perturbe les marchés. En juin dernier, la Fed a songé à avoir recours à des outils de politique monétaire qui lui auraient permis de contrôler la courbe des taux, mais elle a conclu que ce n’était pas nécessaire vu la conjoncture. Cependant, le procès-verbal de la réunion de juillet laissait la porte ouverte à l’utilisation de tels outils si la conjoncture le justifie : « … de nombreux membres du comité sont d’avis que les plafonds et les cibles de taux ne sont pas justifiés, compte tenu de la conjoncture, mais disent que le comité devrait garder ces options en réserve et réévaluer leur pertinence si les circonstances venaient à changer sensiblement. Quelques membres du comité ont insisté sur l’utilité des plafonds et des cibles de taux pour pouvoir mieux planifier les achats d’actifs, ce qui fournirait une assurance contre les mouvements défavorables provoqués par les anticipations du marché concernant l’orientation de la politique monétaire et permettrait de limiter les achats d’actifs que le comité devra effectuer pour atteindre les objectifs de son double mandat. »5

Conclusion

À mon avis, c’est pendant des périodes comme celle-ci, lorsque les investisseurs sont inquiets des perspectives à court terme, mais que les tendances économiques sont encourageantes, qu’il est temps de chercher des occasions de placement. Comprendre ce qui est à l’origine de la volatilité et savoir comment les marchés ont réagi à des situations similaires par le passé peuvent aider les investisseurs à décider où chercher.

1 Source : Bloomberg, L.P., 6 février 2020

2 Source : Bloomberg, L.P.

3 Source : The Wall Street Journal, « China Sets 2021 GDP Growth Target at Over 6% », 5 mars 2021

4 Source : Panel de FocusEconomics

5 Source : Procès-verbal du Federal Open Market Committee, 28 et 29 juillet 2020

Autres blogues de Kristina Hooper

Marché boursier en mode « PMH »
4 mai 2021

Les marchés sont confrontés à une semaine de surprises
27 avril 2021

Est-ce que les cryptodevises piquent votre curiosité? Voici les questions à poser avant d’investir dans le bitcoin
20 avril 2021

Les perspectives économiques s’améliorent, mais la COVID jette une ombre au tableau
14 avril 2021

Les données économiques d’Israël commencent à montrer l’impact des vaccins
6 avril 2021

Pourquoi les investisseurs aiment et craignent la Réserve fédérale américaine
29 mars 2021

Est-ce un signe avant-coureur de ce que l’avenir nous réserve?
23 mars 2021

La thèse de l’optimisme économique
16 mars 2021

Les actions ont connu une dure semaine en raison de la volatilité
9 mars 2021

Les vaccins ouvrent la voie à un retour à la «vie normale» en Israël
2 mars 2021

Le bitcoin : monnaie numérique, or numérique ou tulipe numérique?
23 février 2021

L’année du buffle pourrait-elle être une métaphore de l’économie mondiale en 2021?
17 février 2021

Sommes-nous dans une bulle spéculative?
9 février 2021

La Réserve fédérale américaine se fait rassurante en ce qui concerne l’inflation tandis que GameStop capte l’attention du monde entier
2 février 2021

Les bouleversements économiques exercent des pressions sur les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe
26 janvier 2021

Le cinquième trimestre de 2020
20 janvier 2021

Les marchés poursuivent leur progression pendant une semaine tumultueuse de l’histoire des États-Unis
12 janvier 2021

Boussole hebdomadaire des marchés : Prévisions des marchés et résolutions de placement pour 2021
5 janvier 2021

Dossiers à surveiller en cette fin de 2020
15 décembre 2020

Alors que le nombre de cas de COVID augmente, le monde fonde de l’espoir dans un vaccin
10 décembre 2020

S'abonner au blogue


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

NA2457

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Felix Cesare / Getty

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les entreprises du secteur de l’énergie peuvent subir les effets négatifs de la réglementation étrangère, fédérale ou étatique qui régissent la production, la distribution et la vente d’énergie ainsi que l’offre et la demande de ressources énergétiques. La volatilité à court terme des prix de l’énergie peut entraîner des fluctuations des cours boursiers.

La rentabilité des entreprises du secteur des services financiers dépend de la disponibilité et du loyer de l’argent et peut fluctuer considérablement en fonction des changements de réglementation gouvernementale, de la variation des taux d’intérêt et des conditions économiques en général. Ces entreprises ont souvent un fort levier financier.

Le taux des fonds fédéraux est le taux d’intérêt auquel les banques se prêtent des soldes au jour le jour.

La courbe des taux illustre les taux d’intérêt, à un moment précis, de différentes obligations ayant la même cote de solvabilité, mais différentes dates d’échéance et sert à projeter les variations des taux d’intérêt et l’évolution de l’activité économique. L’extrémité longue de la courbe des taux fait référence aux obligations dont la date d’échéance est plus éloignée.

L’Opération Twist est un outil de politique monétaire conçu par la Fed pour faire baisser les taux d’intérêt à long terme en procédant simultanément à la vente de bons du Trésor à plus courte échéance et à l’achat de bons du Trésor à plus longue échéance.

Les dépenses en immobilisations (ou dépenses en capital, ou dépenses d’investissement) désignent l’utilisation des capitaux de l’entreprise pour acquérir ou améliorer les actifs physiques comme les biens, les immeubles industriels ou l’équipement.

L’indice Dow Jones des valeurs industrielles est un indice pondéré selon la moyenne arithmétique du cours des 30 titres les plus fortement capitalisés et dont le capital est le plus largement réparti de la Bourse de New York.

L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme étant représentatif du marché boursier américain.

En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. Le risque de taux d’intérêt fait référence au risque que les cours obligataires chutent si les taux d’intérêt augmentent et vice versa. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 8 mars 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.