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Kristina Hooper | 12 juin 2019

Les banques centrales apportent une lueur d’espoir à l’escalade de la guerre commerciale

Un soupir de soulagement collectif a été jeté vendredi soir lorsque le président américain Donald Trump a annoncé qu’il allait suspendre pour une durée indéterminée la mise en place des tarifs sur le Mexique – initialement prévus pour prendre effet le 10 juin. La crise ayant été évitée, les investisseurs ont retrouvé de l’appétit pour le risque. Toutefois, il faut reconnaître que l’annonce d’un tarif imposé par les États-Unis sur le Mexique comme moyen de lutte contre l’immigration a . Je crois fermement que la menace d’utilisation de tarifs pour atteindre des objectifs non commerciaux est très préoccupante et contribuera probablement à un accroissement notable de l’incertitude au sujet de la politique économique – même si la situation actuelle a été résolue.

Le différend commercial entre les États-Unis et la Chine continue d’empirer

Bien que la controverse des tarifs imposés au Mexique ait été résolue, le différend commercial entre les États-Unis et la Chine n’a pas encore été mis à plat et n’a fait que s’aggraver la semaine dernière. En effet, la Chine a émis un avertissement de voyage aux États-Unis, indiquant que les forces de l’ordre américaines harcelaient les voyageurs chinois. La Chine a également mis en garde ses citoyens contre les dangers de voyager aux États-Unis, évoquant des fusillades, des vols et des vols qualifiés. Les dirigeants chinois ont clairement indiqué qu’ils ne prévoyaient pas reculer, suggérant que le pays devrait adopter les mesures de protection nécessaires si les États-Unis décidaient de créer une escalade unilatérale des tensions.

La montée du protectionnisme est en fait préoccupante. Lors de la réunion des ministres des Finances du G20 qui s’est tenue les 8 et 9 juin, les membres se sont montrés très inquiets à ce sujet. La Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance mondiale pour 2019 de 2,9 % à 2,6 %. En outre, elle a ramené ses prévisions de croissance du commerce de 3,6 % à 2,6 %.1 Le président de la Banque mondiale, David Malpass, a fait part de ses inquiétudes : « La confiance des entreprises a chuté, le ralentissement des échanges commerciaux mondiaux s’est aggravé et l’investissement est léthargique dans les économies émergentes et en développement. Cette situation est inquiétante, car le ralentissement des investissements affaiblit les fondations d’une croissance durable ».2 Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, a fait écho à ce sentiment en affirmant que la hausse des tarifs entre les États-Unis et la Chine constituait une « blessure auto-infligée » qui pourrait nuire à une économie mondiale déjà affaiblie.3

Une lueur d’espoir : Les banques centrales se tournent vers des politiques monétaires conciliantes

Face à de nombreux signes de ralentissement économique mondial et à l’escalade de la guerre commerciale, les banques centrales ont commencé à favoriser les politiques monétaires conciliantes, ce qui constitue le bon côté de la médaille :

  • Le président de la Réserve fédérale des États-Unis (la « Fed »), Jerome Powell, semble maintenant disposé à une réduction des taux face à la détérioration de la situation commerciale. Rappelons-nous qu’il y a à peine un mois, M. Powell minimisait la possibilité d’une réduction des taux d’intérêt cet été. Cependant, la semaine dernière, il a semblé avoir changé de perspective : « Nous ne savons pas comment ni quand ces problèmes commerciaux seront résolus. Nous surveillons de près les répercussions de ces développements sur les perspectives économiques des États-Unis et, comme toujours, nous agirons de manière appropriée pour soutenir l’expansion […] ». 4 M. Powell n’a pas explicitement déclaré qu’une réduction de taux était nécessaire, mais c’est ce que les investisseurs ont interprété de ses commentaires. Le vice-président de la Fed, Richard Clarida, a également semblé suggérer la semaine dernière qu’il serait lui aussi ouvert à un compromis sous l’effet du ralentissement de la croissance causé par les tarifs. Le président de la Fed de Saint-Louis, James Bullard, a été plus explicite dans son discours de la semaine dernière, affirmant qu’une réduction des taux pourrait être justifiée prochainement.
  • La semaine dernière, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), a ouvert la porte à une réduction des taux d’intérêt pour l’économie de la zone euro. Il faut se rappeler que l’année dernière, la BCE avait pris la direction opposée, tentant de normaliser lentement les taux en mettant fin aux mesures d’assouplissement quantitatif à la fin de 2018. Dans sa déclaration officielle, la BCE s’était engagée à repousser l’échéancier de sa première hausse des taux d’intérêt de 2019 à la mi-2020. En outre, elle a annoncé une nouvelle série de prêts à long terme accordés aux banques. Lors d’une foire aux questions, M. Draghi est allé encore plus loin et a affirmé qu’il était ouvert à la possibilité de réductions des taux.
  • Le gouverneur de la Banque populaire de Chine, Yi Gang, a clairement pour objectif de stimuler l’économie chinoise grâce à des politiques monétaires conciliantes. Dans un récent entretien accordé à Bloomberg, il a expliqué qu’il disposait d’ « énormes » instruments politiques pour relancer l’économie.5
  • Dans une récente entrevue avec Bloomberg, le gouverneur de la Banque du Japon (BDJ), Haruhiko Kuroda, a suggéré que la BDJ allait probablement se montrer encore plus conciliante si la tendance vers son objectif d’inflation de 2 % devait prendre 6
  • D’autres banques centrales ont récemment réduit leurs taux directeurs, notamment celles de l’Inde, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Malaisie et des Philippines.

Même le médiocre rapport sur l’emploi aux États-Unis publié le 7 juin a été perçu comme un facteur positif par les investisseurs puisqu’il donnait à la Fed davantage de raisons – ou du moins ne rendait pas plus difficile – de relever ses taux d’intérêt. Comme nous l’avons observé ces dernières années, les mauvaises nouvelles peuvent être bonnes à cause de la réaction attendue des banques centrales. En fait, les ministres des Finances et les présidents de banque centrale du G20 ont conclu leur fin de semaine de réunions en s’engageant à « utiliser tous les outils politiques pour parvenir à une croissance forte, durable, équilibrée et inclusive » face aux risques de baisse comme les tarifs.7 Cela laisse à penser que l’environnement continuera probablement de favoriser les actifs à risque malgré le ralentissement de l’économie mondiale et les frictions commerciales. Voilà à quoi ressemble une lueur d’espoir émise par les banques centrales.

Événements à surveiller

Voici certains des développements importants à suivre :

  • La course au remplacement de la première ministre britannique commence officiellement cette semaine. Bien que Boris Johnson soit le favori, j’estime qu’il aura plus de mal que prévu à obtenir l’assentiment du Parti conservateur, le procès intenté contre lui pour des allégations de fausses déclarations au cours de la campagne du Brexit pourrait lui nuire. Je m’attends à plus de surprises lors de cette élection. Pas plus tard que la semaine dernière, Michael Gove a été contraint d’admettre qu’il avait utilisé de la cocaïne il y a 20 ans, compromettant ainsi ses chances de remplacer Theresa May. Je soupçonne que les conservateurs choisiront finalement un candidat moins extrême que Boris Johnson, mais tout est possible au Royaume-Uni de l’après-référendum sur le En attendant, je prévois que la pression à la baisse sur la livre sterling se poursuive en raison de l’incertitude constante.
  • La Chine publiera une série de données sur son économie cette semaine, ce qui devrait nous donner des indices à savoir si elle bénéficie réellement d’une politique de relance, en particulier après des données récentes laissant présager une faiblesse. En particulier, les données mensuelles de l’activité économique sont attendues pour le 14 juin et devraient indiquer des améliorations en matière de production industrielle et de ventes au détail. Je m’attends pleinement à une amélioration des données économiques chinoises en général, compte tenu des importantes mesures de stimulation prises en Chine.

Je m’attends à ce que les relations commerciales tendues entre les États-Unis et la Chine perdurent et qu’elles continuent d’avoir une incidence sur la politique étrangère – et cette situation pourrait s’empirer dans les prochains jours. C’est d’autant plus le cas, étant donné l’ultimatum donné par le président Trump au président chinois Xi Jinping le 10 juin : il lui a demandé de se présenter au sommet du G20 prévu pour la fin du mois de juin et de négocier avec lui sans quoi les États-Unis imposeront davantage de tarifs sur les produits chinois. Je m’attends également à ce que le Congrès américain tente de récupérer les pouvoirs commerciaux qu’il a cédés au pouvoir exécutif au cours des cent dernières années puisque de nombreux républicains et groupes d’affaires ont été très décontenancés par la menace tarifaire contre le Mexique la semaine dernière et ne veulent pas que ce scénario se reproduise.

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1 Source : Banque mondiale, L’économie mondiale entre croissance atone et tensions grandissantes, juin 2019.
2 Source : Banque mondiale, transcription de l’adresse aux médias, le 4 juin 2019.
3 Source : Financial Times, Lagarde warns of trade war’s “self-inflicted wounds”, le 5 juin 2019.
4 Source : Bloomberg, L.P., Powell signals openness to Fed cut if needed over trade tensions, le 4 juin 2019.
5 Source : Bloomberg, L.P., China has lots of policy room if trade war worsens, PBOC chief says, le 6 juin 2019.
6 Source : Bloomberg, L.P., Kuroda says BOJ has enough ammunition, wary of side effects, le 9 juin 2019.
7 Source : Washington Post, G-20 finance officials pledge to protect global growth, le 9 juin 2019.

Renseignements importants
Image de l’en-tête du blogue : Hendrik Morkel/Unsplash.com
Les opinions mentionnées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 10 juin 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration de thèmes plus vastes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les résultats futurs. Ils comportent des risques, des incertitudes et des hypothèses. Rien ne garantit que les résultats réels ne diffèreront pas considérablement des attentes.