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Invesco moderator | 17 avril 2019

Les banques centrales peuvent-elles encore être efficaces?

La semaine dernière a été capitale pour les banques centrales : le procès-verbal de la réunion de mars du Federal Open Market Committee (FOMC) a été rendu public, ce qui nous a donné un aperçu du point de vue de la Réserve fédérale américaine (Fed) sur l’économie mondiale et les baisses de taux, et la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de garder le cap sur sa politique monétaire ultra-accommodante. Cela nous a rappelé que les banques centrales jouent un rôle crucial pour soutenir la croissance, contrôler l’inflation et stabiliser l’économie, une tâche qui se complique à mesure que ces institutions se politisent.

La Fed modère les attentes de baisses de taux

Le procès-verbal de la réunion de mars du FOMC dit que la Fed ne prévoit pas procéder à d’autres hausses de taux cette année, compte tenu du ralentissement économique mondial et de l’incertitude entourant les politiques commerciales, mais aussi qu’elle ne prévoit pas abaisser ses taux dans un proche avenir non plus. La Fed semble confiante d’être intervenue assez rapidement en modifiant sa politique pour ne pas avoir à intervenir de nouveau avant un certain temps et est persuadée que l’économie américaine sera en mesure de composer avec le ralentissement économique mondial. Cela me préoccupe car la Fed pourrait se complaire dans le statu quo, tout comme elle s’est contentée de relever régulièrement ses taux l’année dernière, si elle ne suit pas de près l’évolution des données. La bonne nouvelle est que certains membres du comité ont dit qu’ils pourraient voter soit en faveur d’une hausse de taux ou d’une baisse, tout dépendant des plus récentes données, ce qui m’indique que la Fed a le désir de rester dépendante des données. À mon avis, elle doit s’engager à rester dépendante des données si elle veut que sa politique monétaire soit efficace cette année.

Ce procès-verbal a changé radicalement les attentes du marché : le 26 mars, une probabilité supérieure à 65 % a été attribuée à une ou plusieurs baisses de taux d’ici la fin de l’année.1 Le vendredi 12 avril, le taux de probabilité avait chuté à 36 %.1 Par conséquent, on dirait que la Fed est confiante que mettre la normalisation « en veilleuse » pendant un certain temps suffira à soutenir les économies américaine et mondiale. Est-ce que ce sera effectivement le cas?

La Banque du Canada entend elle aussi garder le cap

La Banque du Canada a clairement adopté la même position que la Fed. Dans un récent discours, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a indiqué que la Banque du Canada va laisser les taux sous le taux neutre, compte tenu des difficultés auxquelles l’économie canadienne est confrontée. On n’a qu’à penser à l’incertitude provoquée par les différends commerciaux, le repli du marché de l’habitation et le taux d’endettement plus élevé des ménages canadiens. Or, à l’instar des États-Unis, nous devons nous demander si cela sera suffisant, étant donné que la Banque du Canada ne semble pas disposée à baisser les taux d’intérêt de sitôt.

La BCE maintient le statu quo pour le moment, mais devra-t-elle en faire davantage?

The BCE se trouve dans une position similaire. La semaine dernière, le conseil de la BCE s’est réuni et a décidé de maintenir sa politique monétaire ultra-accommodante. La prétendue logique était de donner le temps nécessaire aux récentes mesures de relance monétaire d’agir sur l’économie. Mais je me demande si cela sera suffisant, vu la détérioration des statistiques économiques ces derniers mois. Le président de la BCE, Mario Draghi, a été clair : « Les plus récentes statistiques demeurent faibles, en particulier dans le secteur manufacturier… Le ralentissement de la croissance devrait se poursuivre pendant une partie de l’année. »2 Mais, est-ce que cela sera suffisant si les tensions systémiques s’accentuent au cours des prochains mois, alors que les risques géopolitiques s’intensifient à l’approche des élections en Europe et en Espagne et que la dette de certains pays, comme l’Italie, continue d’augmenter?

En fin de compte, on se demande si la BCE cherche un outil de politique monétaire efficace, qui n’aurait aucune des conséquences non intentionnelles négatives de la politique actuelle, mais qu’elle ne parvient pas à en trouver. M. Draghi a confirmé que les autorités envisagent d’adopter des mesures visant à atténuer l’impact sur les banques de son taux de rémunération des dépôts négatif et de la nouvelle opération ciblée de refinancement de long terme (TLTRO), mais il a ajouté qu’il était trop tôt pour décider. Or, je doute que cela ferait une énorme différence, même si la BCE en faisait plus. Comme je l’ai déjà dit, M. Draghi est désormais un « canard boiteux », tout comme deux autre membres du conseil d’administration de la BCE. De plus, huit des 19 membres du Conseil des gouverneurs de la BCE vont quitter leur poste d’ici la fin de l’année. Par conséquent, les marchés risquent de ne pas avoir tellement confiance dans les décisions des membres actuels du Conseil des gouverneurs de la BCE, puisque leurs successeurs pourraient décider de changer l’orientation de la BCE.

Les banques centrales sont confrontées à la politisation grandissante

Les événements de la semaine dernière nous ont rappelé que les banques centrales continuent de porter un fardeau énorme pour soutenir la croissance, contrôler l’inflation et stabiliser les économies face aux défis toujours plus gros, comme le décrit le Fonds monétaire international (FMI) dans ses Perspectives de l’économie mondiale de la semaine dernière. Cette responsabilité est de plus en plus lourde à porter puisque les banques centrales sont de plus en plus politisées.

Pour illustrer ce phénomène, le magazine The Economist y a consacré son plus récent article-vedette intitulé Interference Day – Central Banks in the Age of Populism («La journée de l’interférence – Les banques centrales à l’ère du populisme», traduction libre). Par exemple, comme les élections européennes se tiendront en mai, la nomination du successeur de M. Draghi est probablement davantage teintée de politique. La politisation des banques centrales, comme ce fut le cas en Turquie, en Inde et aux États-Unis, est un enjeu suffisamment important pour figurer parmi les principaux sujets abordés à la réunion du FMI la semaine dernière. M. Draghi a même donné son opinion sur les États-Unis; il s’est dit « inquiet pour l’indépendance des banques centrales », en particulier « dans la plus grande puissance mondiale ».”3 Voyons les choses en face : il m’apparaît logique que les banques centrales soient la cible des mouvements populistes qui cherchent à prendre le contrôle d’un bastion d’élitisme et de compétences très éloignées de la démocratie. En réalité, les politiques des banques centrales ont exacerbé les inégalités de richesse au cours de la dernière décennie, ouvrant la voie aux perturbations géopolitiques et à la montée du populisme.

Pourquoi est-ce préoccupant? Si les banques centrales deviennent plus politisées, elles pourraient ne pas être en mesure d’intervenir aussi efficacement dans les crises futures. Cela pourrait être particulièrement problématique étant donné que les pays pourraient avoir plus de mal à intervenir en adoptant des mesures budgétaires pour surmonter les crises en raison de leur taux élevé d’endettement. Et, les taux d’endettement continuent d’augmenter, malgré la croissance économique observée dans de nombreux pays, soit la phase du cycle économique où les gouvernements sont généralement censés rembourser leur dette, plutôt que d’en accumuler davantage.

La question de la dette a été remise sur la sellette pas plus tard que la semaine dernière : d’après le Département du Trésor des États-Unis, le déficit budgétaire s’élevait à 146,9 milliards $US en mars et le déficit sur six mois (depuis le 1er octobre 2018) se chiffre à 691,2 milliards $US, soit 15,3 % de plus qu’à la même période de l’exercice 2018. Évidemment, cela exacerbe la situation globale de la dette nationale. La dette fédérale du secteur public devrait atteindre 16,6 mille milliards $US à la fin de 2019, ce qui représente 78 % du produit intérieur brut (PIB) et 28,7 mille milliards $US d’ici 2029, ce qui représente 93 % du PIB.4

L’augmentation de la dette est omniprésente. Le gouvernement italien a admis qu’il n’atteindra pas la cible de déficit budgétaire qu’il avait convenue avec les autorités de l’Union européenne (ce qui risque de raviver les tensions avec Bruxelles). Le déficit budgétaire devrait atteindre plus de 3 % du PIB l’année prochaine, 3,7 % d’ici 2022 et continuer d’augmenter par la suite.5 D’après le plus récent Moniteur des finances publiques du FMI, le ratio de la dette publique de l’Italie devrait atteindre 134,4 % du PIB en 2020 et 138,5 % du PIB en 2024. Cela contreviendrait à l’accord conclu par l’Italie avec l’Union européenne dans le cadre du Traité de Maastricht, qui fixait les cibles de dette et de déficit à 3 % et 60 % du PIB, respectivement.

Nous allons suivre la situation de près.

Voici les événements à surveiller au cours de la prochaine semaine :

Bénéfices des sociétés. La période de déclaration des bénéfices va s’intensifier cette semaine. Jusqu’ici, les entreprises ont déclaré une hausse des ventes, mais une diminution des bénéfices, le taux de change et l’augmentation du coût de la main-d’œuvre étant cités comme les facteurs qui nuisent le plus aux profits.6 Je m’attends à ce que cette tendance se poursuive.

 

Dévoilement de statistiques. Les nombreuses statistiques économiques américaines qui seront rendues publiques devraient nous donner une bonne idée de la croissance du PIB du premier trimestre, notamment :

  • Les ventes au détail de mars aux États-Unis
  • La production industrielle de mars aux États-Unis
  • Les stocks des entreprises de février aux États-Unis
  • Les mises en chantier de mars aux États-Unis
  • Le commerce extérieur de février aux États-Unis

 

Je m’intéresse tout particulièrement aux ventes au détail, compte tenu de ce qui semble être une baisse de confiance des consommateurs, d’autant plus que des sondages révèlent que les ménages ne pensent pas avoir bénéficié d’une réduction d’impôt par suite de l’entrée en vigueur de la loi sur la réforme fiscale de 2017; je m’attends malgré tout à ce que les ventes au détail se maintiennent, compte tenu de la reprise du marché boursier. Je vais également surveiller la production industrielle, étant donné que les récents indices manufacturiers des gestionnaires en approvisionnement pointent vers un ralentissement. Je m’attends à un recul de ce côté.

PIB de la Chine. Le PIB de la Chine pour le premier trimestre sera publié le 17 avril et devrait nous donner une preuve tangible de l’impact de la guerre commerciale qui l’oppose aux États-Unis sur l’économie chinoise. Compte tenu des récentes statistiques positives et des commentaires optimistes formulés par le premier ministre Le Keqiang à l’occasion du forum de Boao, je ne serais pas surprise si la croissance était légèrement supérieure aux attentes.

Brexit. Même si le Royaume-Uni a obtenu une prolongation jusqu’au 31 octobre, ce qui lui permet d’éviter une sortie de l’UE sans accord, le Brexit demeure un véritable gâchis et la première ministre britannique, Theresa May, a exhorté les législateurs de « réfléchir » à la situation pendant le congé de Pâques. Les négociations vont se poursuivre entre le gouvernement de la première ministre et le Parti travailliste pendant les vacances parlementaires de Pâques, mais les probabilités de trouver une solution viable sont minces. Attendez-vous à ce que les politiciens pour et contre le Brexit fassent entendre leur point de vue en préparation des prochaines élections européennes. La situation ne semble pas en voie d’être résolue rapidement, ce qui risque d’exercer des pressions à la baisse sur les investissements des entreprises, compte tenu de l’incertitude grandissante à l’égard de la politique économique.

Inde. Des élections ont lieu en Inde, mais elles vont durer onze jours. Nous avons déjà assisté à une montée des tensions avec le Pakistan, et le plus gros risque lié à ces élections est que l’histoire se répète (alors que le premier ministre Narendra Modi essaie de démontrer qu’il a les compétences requises). Le parti de M. Modi devrait rester au pouvoir, mais pas avec la majorité dont il jouit actuellement.

Espagne. Les élections espagnoles sont dans seulement deux semaines (le 28 avril) et tout se déroule dans le calme jusqu’à présent. Les sondages indiquent que la lutte pourrait être serrée et qu’un gouvernement de coalition pourrait s’avérer nécessaire. Les socialistes semblent en voie d’obtenir le plus grand nombre de sièges, mais rien ne garantit qu’ils formeront le prochain gouvernement. On peut s’attendre à une autre période d’incertitude.

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