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Kristina Hooper | 3 novembre 2020

Les craintes de soulèvements populaires se multiplient à la veille des élections américaines

Comme je l’avais anticipé, la semaine dernière en a bel et bien été une de Pepto Bismol. Les États-Unis n’ont pas adopté de mesures de relance budgétaire, le nombre de cas de COVID-19 a augmenté en Europe et aux États-Unis et les élections présidentielles américaines ont suscité de plus en plus de craintes. Pas étonnant que l’indice de volatilité VIX ait enregistré une hausse spectaculaire ces dernières semaines, passant de 25 points le 9 octobre à 38 le 30 octobre.1 Comme je l’ai déjà dit, les préoccupations entourant les prochaines élections n’ont rien à voir avec les inquiétudes des cycles électoraux antérieurs. Habituellement, on se demande : « Que se passera-t-il sur les marchés boursiers si les impôts sur les sociétés augmentent? » Cette fois-ci, on se questionne à savoir : « Que se passera-t-il si l’élection est contestée? » et « Qu’adviendra-t-il en cas de soulèvements populaires? »

Une histoire d’élections contestées

Les élections présidentielles américaines ont déjà été contestées. Pas rien qu’en 2000, mais aussi en 1876. C’était lors de la lutte entre Rutherford B. Hayes, le candidat républicain, et Samuel Tilden, le candidat démocrate.2 Tilden a remporté le vote populaire et était en avance dans le nombre de votes des grands électeurs (185-184), mais il y avait un différend à l’égard des votes des grands électeurs de quatre États. Dans trois de ces États (la Floride, la Louisiane et la Caroline du Sud), Tilden semblait avoir remporté le vote populaire, mais il y a eu des rapports de fraude électorale généralisée et d’intimidation des électeurs à l’endroit des partisans de Hayes. L’une des tactiques frauduleuses consistait à tromper les électeurs analphabètes afin qu’ils votent pour Tilden en plaçant la photo du vénérable président républicain Abraham Lincoln à côté du nom de Tilden. Ainsi, ces trois États ont disqualifié les votes démocrates, mais cela ne s’est pas fait sans controverse. Par exemple, l’État de la Floride a produit deux listes d’électeurs : une pour Tilden et une autre pour Hayes. En Oregon, Hayes a remporté le vote populaire et, par le fait même, les votes des grands électeurs de l’État, mais l’un des grands électeurs de cet État a été contesté, car le gouverneur démocrate l’avait destitué pour avoir contrevenu aux exigences constitutionnelles et l’a remplacé par un grand électeur démocrate. Dans la foulée de cette dispute, un manifestant a tiré un coup de fusil dans la maison du candidat républicain Hayes.

Après l’envoi des listes électorales divergentes de ces États au Congrès, le Congrès a tenté de résoudre le différend électoral entre Tilden et Hayes en créant une « commission électorale » composée de cinq juges de la Cour suprême, de cinq membres de la Chambre des représentants et de cinq sénateurs. Le climat politique est devenu très tendu, ce qui a amené le général William Sherman à envoyer des soldats à Washington, D.C. pour maintenir l’ordre. Les militants démocrates ont dit qu’il y aurait du sang dans les rues si Tilden ne devenait pas président et les manchettes ont titré en gros caractères : « Tilden ou la guerre! »

La commission électorale a décidé, en février 1877, que Rutherford B. Hayes serait le prochain président. Cependant, les démocrates ont été irrités par cette décision et ont eu recours à des manœuvres d’obstruction systématique pour empêcher le Congrès d’accepter la décision de la commission et empêcher l’investiture de Hayes. Le bras de fer s’est finalement soldé par le compromis de 1877, tentative visant à apaiser les partisans de Tilden afin qu’ils soutiennent la présidence de Hayes. En échange, Hayes a accepté le retrait des soldats fédéraux du Sud, ce qui a en fait mis fin à la reconstruction. Cependant, la situation politique était tellement explosive qu’il y a eu une tentative d’assassinat à l’encontre de Hayes pendant la cérémonie d’investiture. Malgré ce début troublant, Hayes a exercé un mandat en tant que président et, en dépit de la grogne des partisans de Tilden, qui remettaient continuellement en cause sa légitimité, il a présidé pendant une période relativement pacifique dans l’histoire du pays.

Ce scénario précis ne se reproduira plus car peu de temps après le différend, le Congrès a adopté la Electoral Count Act of 1887 (loi sur le décompte électoral de 1887). Elle n’est certes pas parfaite, mais elle donne des lignes directrices plus précises sur la façon de gérer un différend sur les votes des grands électeurs. On se souvient évidemment de l’élection contestée de l’an 2000. C’était une affaire très civilisée comparativement à la contestation de 1876. Un peu plus d’un mois après le jour du scrutin, la Cour suprême a décidé du vainqueur, George W. Bush, et aucun compromis n’a dû être proposé aux démocrates pour les apaiser.

On craint des soulèvements populaires

Aujourd’hui, on craint qu’une autre élection soit contestée, mais cette fois-ci, la contestation risque d’être moins civilisée et polie qu’en 2000; certains craignent même qu’elle provoque des soulèvements populaires. Je crois que ces préoccupations sont fondées jusqu’à un certain point. Après tout, la semaine dernière, Wal-Mart était tellement préoccupée par cette éventualité qu’elle a décidé de retirer temporairement les armes et les munitions des allées de ses magasins afin d’empêcher les vols d’armes en cas de pillage, puis elle est revenue sur sa décision. Vendredi, la campagne Biden a annulé un rassemblement au Texas parce que les partisans de Trump ont encerclé l’autobus de campagne de Biden, prétendument embouti le véhicule d’un supporter de Biden qui circulait à côté de l’autobus et bloqué la circulation.4 En outre, les commerces d’un certain nombre de villes ont barricadé leurs vitrines en prévision des soulèvements populaires.5 Enfin, on s’attend à ce que le gouvernement fédéral réinstalle une « clôture infranchissable » autour de la Maison-Blanche aujourd’hui, en prévision de l’éventualité de soulèvements populaires (pareille clôture avait été temporairement installée cet été lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter, mais avait été enlevée par la suite).6

Il est à la fois triste et rassurant de savoir qu’il y a une longue histoire de soulèvements populaires entourant les élections américaines. Par exemple, dans les années 1850, le parti Know-Nothing a encouragé le recours à la violence pour empêcher les immigrants de voter. Ce n’était pas un mouvement marginal, il s’agissait d’un parti politique puissant qui a remporté 22 % des sièges au Congrès en 1854.7 Baltimore a été le théâtre d’un affrontement sanglant entre le parti Know-Nothing et le Parti démocrate qui a entraîné la mort de huit personnes. En 1855, il y a eu des soulèvements populaires encore plus sanglants auxquels le parti Know-Nothing a participé et qui a causé la mort de 22 personnes, dont la plupart étaient des immigrants allemands et irlandais.8

La guerre civile, qui a débuté en 1860, après que les États du sud des États-Unis ont rejeté les résultats de l’élection présidentielle, a été sans contredit la plus grande vague de soulèvements populaires que le pays ait connu. Mais cela ne s’est pas arrêté là. Or, historiquement, il y a toujours eu un décalage entre les soulèvements populaires et le marché boursier. Je prends 1968 comme guide, car ce fut un épisode de soulèvements populaires très graves. Comme c’est le cas aujourd’hui, dans les années 60, les Américains étaient en profond désaccord concernant certains grands enjeux tels que la guerre du Vietnam et les droits civils. Le tout a culminé en 1968, l’année où l’opposition à la guerre du Vietnam a pris une telle ampleur que le président sortant, Lyndon Johnson, a décidé, contre toute attente, de ne pas briguer un autre mandat présidentiel. C’est l’année où l’icône des droits civiques Martin Luther King a été assassiné, tout comme le candidat démocrate à la présidentielle Robert F. Kennedy. Il y a eu des émeutes dans de nombreuses villes pendant des mois, y compris à la Convention nationale démocrate. Pourtant, les marchés boursiers ont somme toute fait fi de ces soulèvements populaires et ont terminé l’année en hausse.9

Force est d’admettre que l’Amérique a une longue histoire de violence autour des élections et ce genre de situation pourrait bien se reproduire, surtout en période de tensions accrues et de pandémie. La bonne nouvelle est que, malgré ce passé trouble, la démocratie en Amérique a survécu. Et, même si beaucoup de gens sont préoccupés par la controverse et les tensions entourant les élections américaines de 2020, je crois que notre mécanisme d’équilibre des pouvoirs va nous aider à passer à travers cette période difficile. Du point de vue des placements, je m’attends à ce que des éléments tels que l’innovation et les caractéristiques fondamentales des entreprises stimulent les marchés boursiers à long terme, malgré toute la volatilité à court terme qui pourrait survenir.

À surveiller

Que se passera-t-il cette semaine? Les investisseurs qui ont des brûlements d’estomac ne sont pas au bout de leurs peines et les élections présidentielles américaines ne sont pas le seul coupable. Nous savons maintenant plus définitivement que jamais qu’aucunes autres mesures de relance budgétaire ne seront adoptées aux États-Unis à court terme. Pire encore, la deuxième vague de COVID-19 est arrivée et elle est suffisamment grave pour justifier des mesures de confinement strictes en Europe.

En fin de semaine, le premier ministre Boris Johnson a annoncé un deuxième confinement au Royaume-Uni dans le but de contrôler l’augmentation alarmante du nombre de cas d’infection à la COVID-19. M. Johnson a déclaré que l’Angleterre fermera toutes les entreprises non essentielles pendant les quatre prochaines semaines, mais que les écoles vont rester ouvertes. Cela signifie que les gens doivent rester à la maison sauf pour poursuivre leurs études, subir des traitements médicaux ou aller chercher de l’épicerie. Depuis lors, les citoyens britanniques ont été avertis que le confinement pourrait durer plus d’un mois. Rappelez-vous qu’il n’y a pas si longtemps, le gouvernement britannique offrait des incitatifs aux citoyens pour qu’ils aillent manger au restaurant; aujourd’hui, tous les pubs et restaurants sont fermés et peuvent uniquement préparer des plats à emporter et à livrer.10 Ce que nous avons appris au printemps, c’est que ce qui se passe maintenant en Europe est peut‑être le prélude de ce qui va se produire aux États-Unis dans quelques semaines et la perspective d’un confinement aux États-Unis pourrait vraiment ébranler les investisseurs et faire chuter davantage les cours boursiers.

À l’approche du jour des élections, qui se tiendront mardi – et en prévision des jours potentiellement tumultueux qui suivront – je préconise de garder le cap et de maintenir une répartition de l’actif axée sur le long terme. Si vous disposez de liquidités que vous aimeriez investir, vous trouverez probablement de bonnes occasions de placement cette semaine et peut-être au cours des prochaines semaines. En terminant, je vous dirais ceci : restez calme – pour ma part, j’ai l’intention de prendre un bon verre de vin et d’avoir du chocolat sous la main, ainsi que mon Pepto Bismol.

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1 Source : Bloomberg, L.P. L’indice de volatilité du CBOE® (VIX®), l’un des principaux instruments de mesure des attentes de volatilité à court terme, est établi en fonction du prix de levée des options de l’indice S&P 500. L’indice VIX est le symbole de téléscripteur de l’indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange (CBOE), qui fait état des perspectives de volatilité du marché sur 30 jours.

2 Les sources de l’histoire de Hayes/Tilden incluent : BBC News, « Flashback to 1876: History repeats itself », 12 décembre 2000; Michael Benedict, « Southern Democrats in the Crisis of 1876-1877: A Reconsideration of Reunion and Reaction », Journal of Southern History, 1980; Columbian College of Arts & Sciences, The George Washington University, History News Network, « The List of Presidential Assassination Attempts Is Shockingly Longer than Anyone Thought. », 19 juillet 2015; Harpweek, « Finding precedent: Hayes vs. Tilden, the Electoral College controversy of 1876 1877 »

3 Source : CNBC.com, « Walmart pulls guns, ammo off sales floors because of ‘civil unrest’ in some areas, but will still sell them », 29 octobre 2020

4 Source : click2houston.com, « Video: Vehicles flying Trump flags surround Biden campaign bus on Texas freeway », 1er novembre 2020

5 Source : Fox Business, « Businesses across nation board up windows ahead of potential Election Day unrest », 1er novembre 2020

6 Source : Daily Mail, « Fortress White House: Crews will begin building ‘non-scalable fence’ around the complex tomorrow as Secret Service prepares for potential unrest », 2 novembre 2020

7 Source : theconversation.com, « Violence has long been a feature of American elections », 7 novembre 2016

8 Source : Scientific American, « Violence Has Long Been a Feature of American Elections », 7 novembre 2016

9 Source : Bloomberg, L.P.

10 Source : CNBC.com, « Prime Minister Boris Johnson imposes stay-at-home order in England as coronavirus cases surge », 31 octobre 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Mention : JEREMY PAWLOWSKI / Stocksy

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 2 novembre 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.