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Brian Levitt and Talley Léger | 4 août 2020

Les deux facettes de la reprise : Conversation sur les marchés et l’économie

Dans les mois qui ont suivi l’épidémie initiale de coronavirus, l’économie et les marchés ont frôlé l’effondrement, pour ensuite se redresser rapidement. Je me suis récemment entretenue avec mon collègue et stratège de placement, Talley Leger, pour discuter de la viabilité de la récente reprise.

 

Brian : J’aimerais commencer par un compliment si vous promettez qu’il ne vous montera pas à la tête. Vous êtes parti du principe que le marché allait tomber à un creux cela s’est avéré prémonitoire à la fin du mois de mars, car l’extrême volatilité, le sentiment catastrophique des investisseurs, le positionnement déséquilibré des investisseurs et le manque désastreux de profondeur du marché vous ont amené à dire que le marché s’apprêtait à chuter à un creux. À peine 17 semaines plus tard, le marché boursier américain s’est presque complètement redressé. Ma première question est la suivante : Qu’est-ce qui a permis au marché de remonter la pente? Et, que doivent faire les investisseurs à présent?

 

Talley : Vous êtes trop gentil et vous me donnez beaucoup trop de crédit. C’est une chose de fournir aux investisseurs un cadre et des indicateurs pour les aider à comprendre le processus d’un creux boursier. C’en est une autre de deviner précisément quelle sera la forme de la reprise. J’avoue avoir été surpris par la remonté en V des marchés boursiers et par le fait qu’ils n’ont pas encore testé le creux de mars.

Pour autant que je sache, on compte au moins 9 vents favorables qui soutiennent le marché boursier américain :

  1. Un soutien monétaire massif, sans précédent et concerté;
  2. Des mesures de relance budgétaires tout aussi impressionnantes;
  3. Un positionnement toujours prudent des investisseurs, qui se manifeste par une forte proportion d’encaisse et des positions vendeur nettes sur actions;
  4. Le pessimisme des investisseurs exprimé par les sorties de fonds continuelles des marchés boursiers et la présence de plus d’investisseurs pessimistes qu’optimistes selon les sondages;
  5. La conjoncture structurelle de survente illustrée par les rendements boursiers totaux sur des périodes mobiles de 20 ans;
  6. La recherche et le développement de traitements potentiels de la maladie consécutive au coronavirus par une multitude de sociétés des quatre coins du monde qui, dans certains cas, en est aux essais sur les humains;
  7. Le développement de vaccins potentiels contre le coronavirus qui évoluent sensiblement au même rythme;
  8. Les statistiques économiques très fréquentes, comme le nombre hebdomadaire de premières demandes de prestations d’assurance-chômage, qui vont en s’améliorant; et
  9. L’économie qui rouvre et l’activité qui évolue dans la bonne direction, comme en témoigne le volume quotidien des données mobiles.1

 

Par contre, il y a aussi des pressions baissières qui s’exercent sur les marchés, notamment :

  1. La crainte d’une deuxième vague potentiellement mortelle d’infection au coronavirus, alors que l’économie rouvre et que nous approchons du retour du temps plus frais d’automne;
  2. Le risque d’une boucle de rétroaction négative entre les actions et le produit intérieur brut (PIB) et le bénéfice par action (BPA) du deuxième trimestre de 2020;
  3. La recrudescence des tensions entre les États-Unis et la Chine;
  4. La surévaluation des titres; et
  5. La conjoncture de surachats tactiques.

 

Ce sont tous des éléments valides qui pourraient agir comme catalyseurs d’un repli boursier à court terme.

Néanmoins, je demeure encouragé par l’étendue et la portée qui jouent en faveur du scénario haussier, qui me porte à croire que les investisseurs devraient considérer toute turbulence à court terme comme une occasion « d’achat et de conservation » à long terme.

 

Brian : Je suis également encouragé par l’étendue et la portée qui jouent en faveur du scénario haussier. Comme le dit l’adage : « n’allez pas à l’encontre de la Fed » et j’ajouterais n’allez pas non plus à l’encontre des autres grandes banques centrales, de la Commission européenne et du Congrès américain. En ce qui concerne votre scénario baissier, il y a déjà eu une nouvelle flambée du nombre de cas mais, bien que l’économie américaine ralentisse, elle ne semble pas s’effondrer comme elle l’a fait lors de la grande fermeture. La mobilité a peut-être atteint un plateau (pour ma part, je ne suis pas allé dans bien des endroits ces derniers mois), mais elle ne semble pas s’effondrer. Pour le moment et jusqu’à ce que nous fassions une percée médicale, je soupçonne que nous prendrons les précautions nécessaires (masques, rassemblements en plein air, distanciation sociale) pour éviter les fermetures draconiennes et l’effondrement économique désastreux du début de l’année. Dans l’ensemble, les valorisations sont élevées, mais le taux d’escompte baisse sans cesse. Compte tenu de la politique monétaire de taux nul, je suppose que nous allons devoir nous habituer à des ratios boursiers plus élevés.

Qu’il y ait ou non un repli à court terme, je pense que nous croyons tous les deux que des reprises faibles et prolongées accompagnées d’une politique monétaire trop accommodante favorisent les actions à long terme. Comment avez-vous positionné le portefeuille, compte tenu du fait que nous anticipons une reprise prolongée?

 

Talley : Du point de vue des secteurs et des sous-secteurs, nous commençons de nouveau, après quelques semaines de répit (lire : accalmie estivale), à voir des signes de cyclicité sur le marché.2 Dans le secteur des technologies de l’information, les semi-conducteurs atteignent de nouveaux sommets par rapport aux logiciels. Ailleurs, les secteurs de l’industrie et des matériaux prennent du mieux. Le sous-secteur du bois d’œuvre poursuit sur sa lancée et celui des promoteurs résidentiels continue de bien performer. Nous avons également assisté à une remontée du cuivre et des autres métaux (dont le zinc, l’étain, le nickel, l’aluminium et l’argent).

Bien qu’il soit risqué de faire des mises pures et directionnelles sur les secteurs cycliques ou défensifs, mon optimisme à long terme me force à adopter une attitude haussière à l’égard des marchés boursiers américains et de la reprise économique. Les investisseurs qui partagent cet avis devraient y penser à deux fois avant d’avoir recours à des opérations de couverture.

Je ne veux pas avoir l’air obsédé à l’idée d’un repli à court terme, mais la concentration du marché dans une poignée d’entreprises technologiques ne vous préoccupe pas du tout? Bien que l’indice S&P 500 affiche un rendement positif pour 2020, peut-on en dire autant de la plupart des titres qui y sont inscrits?

 

Brian : Le plus gros défi quand vient le temps de prédire l’orientation des marchés ou de bien couvrir votre portefeuille est de savoir quand retourner vers des titres risqués. Serais-je étonné si certains des titres dont la valorisation est parmi les plus élevées accusait un retard sur les segments les plus sensibles à l’économie ou même s’ils perdaient une partie des récents gains? Non, car l’histoire nous a appris que les corrections sont fréquentes.

Encore là, c’est une question de choisir le bon moment. Les actionnaires doivent se demander dans quels types d’entreprises ils veulent investir à long terme. Pour ma part, il s’agit de savoir quelles entreprises sont les perturbateurs et lesquelles sont perturbées. Les grandes gagnantes en ce moment sont les entreprises qui perturbent le fonctionnement de l’économie, des affaires et de la société. Nous finirons peut-être par payer des ratios plus élevés pour ces entreprises que pour les autres, mais nous nous attendons aussi à ce que leurs bénéfices augmentent plus rapidement que ceux de l’ensemble du marché.

Je vous laisse le mot de la fin. Que pensez-vous de la récente dépréciation du dollar? Est-ce le catalyseur qui permettra de désimmobiliser la valeur fondamentale accumulée sur les marchés internationaux?

 

Talley : La Réserve fédérale américaine (Fed) a amorcé un programme apparemment illimité d’achat de titres jusqu’à ce que les perspectives de l’économie et du marché du travail se soient améliorées substantiellement.

Une conséquence importante de l’expansion sans précédent du bilan de la Fed est la dépréciation du dollar américain, qui devrait soutenir la remontée florissante des marchés internationaux, en particulier les marchés émergents (ME) et chinois.

Si les mesures d’assouplissement quantitatif (AQ) constituent un choix entre les taux d’intérêt et le dollar américain, la Fed a choisi de se porter au secours de la croissance et des emplois en déliant les cordons de la bourse et en augmentant la masse monétaire au détriment de la devise. De ce point de vue, il est raisonnable de s’attendre à ce que le dollar américain continue de se déprécier si la Fed maintient en circulation une offre aussi abondante de devises.

Comme vous le disiez, la contre-performance structurelle des actions chinoises et des ME, jusqu’à tout récemment, a comprimé leurs ratios cours-ventes à de forts escomptes par rapport à l’indice mondial et aux données antérieures.

Bien que la valorisation soit un bon point de départ pour élaborer une thèse de placement, la valeur ne suffit pas en soi. Des valorisations attrayantes alliées à une dépréciation du dollar américain et à une amélioration de la croissance économique à l’étranger pourraient être un puissant stimulant pour libérer les récompenses potentielles des actions des ME et, jusqu’ici, cela semble fonctionner.

 

 

 

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Notes de bas de page

1. Source : Our World in Data (le monde en statistiques). https://ourworldindata.org/covid-mobility-trends

2. L’accalmie estivale est une tendance saisonnière perçue au cours de laquelle le marché se replie ou stagne pendant les mois d’été

Image d’en-tête du blogue : Robert Anasch / Unsplash

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents,
peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

La grande fermeture désigne la période entre mars et aujourd’hui au cours de laquelle le pays a été placé en confinement forcé.

L’assouplissement quantitatif est une politique monétaire non conventionnelle en vertu de laquelle les banques centrales achètent des titres à longue échéance pour accroître la masse monétaire et favoriser les prêts.

Le ratio cours-ventes est calculé en divisant le cours de l’action d’une entreprise par son revenu.

L’indice S&P 500 est un indice boursier qui mesure la performance boursière de 500 grandes sociétés cotées en bourse aux États-Unis.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs au 27 juillet 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

Certaines références se rapportent aux États-Unis et peuvent ne pas s’appliquer au Canada. À moins d’indication contraire, toutes les données proviennent d’Invesco et sont exprimées en dollars américains.