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John Greenwood | 25 novembre 2019

Les enjeux non résolus prolongent l’incertitude aux quatre coins du monde

États-Unis

Pendant la première moitié de 2019, le taux de croissance réel de l’économie américaine s’est élevé à un peu plus de 2,5 %, ce qui est légèrement supérieur aux estimations typiques du taux de croissance économique potentiel de 1,9 %. Parallèlement, le marché du travail a continué de créer des emplois et le taux de chômage est demeuré bas à 3,7 %.1 Cependant, même si les dépenses de consommation ont augmenté considérablement, les dépenses en immobilisations des entreprises et les exportations ont diminué. D’après un sondage mené par la Banque de réserve fédérale de New York, la hausse graduelle des salaires, le taux d’emploi élevé et l’assainissement du bilan des consommateurs ont soutenu les revenus des ménages. Les facteurs qui ont le plus contribué à ce phénomène sont l’augmentation du prix des maisons et des cours boursiers et la réduction de l’endettement par rapport au revenu.

 

La santé financière des consommateurs est une excellente raison d’être confiant que le cycle d’expansion économique pourrait se prolonger pendant encore deux ans environ, contrairement à immédiatement avant la crise financière de 2008-2009, alors que les ménages étaient très endettés. En gros, les consommateurs ont eu le dessus sur les entreprises, comme c’est souvent le cas pendant la deuxième moitié du cycle d’expansion.

 

La rentabilité des entreprises américaines semble avoir plafonné pour le présent cycle. Bien que les profits continuent d’augmenter, les marges bénéficiaires ont diminué et la vigueur du dollar a comprimé les bénéfices étrangers. Dans la même veine, les livraisons de biens d’équipement de base, indicateur avancé des dépenses d’investissement des entreprises, semblent avoir atteint un plateau et les nouvelles commandes destinées à l’exportation (d’après l’indice des gestionnaires en approvisionnement) ont diminué. Le marché de l’habitation continue de gagner du terrain, aidé par la baisse des taux hypothécaires. Puisque le marché de l’habitation est un indicateur avancé de nombreux secteurs d’activité, cela augure bien pour le marché de l’emploi et les achats d’une variété de matériaux de base allant du bois d’œuvre au cuivre, en passant par l’acier. L’indice de confiance des entreprises du Conference Board se maintient près de son plus haut niveau pour le cycle en cours.

 

Tous ces indicateurs montrent que les affaires ne vont pas si mal, mais que le ralentissement mondial du secteur manufacturier a fait des ravages. Je m’attends à ce que le cycle économique actuel aux États-Unis se poursuive sans surchauffe ni inflation.

 

Zone euro

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) le 12 septembre, à l’issue de la dernière réunion de Mario Draghi comme président du Conseil des gouverneurs, de recommencer ses achats d’actifs de titres d’États souverains à hauteur de 20 milliards € par mois (dès le début de novembre 2019) et d’abaisser le taux d’intérêt de la facilité de dépôt d’un autre 10 points de base, pour le fixer à -0,5 %, n’a pas été bien accueillie par les présidents des banques centrales allemande, néerlandaise, française et autrichienne.

 

À mon avis, les tentatives antérieures d’assouplissement quantitatif (AQ) de la BCE ont échoué en grande partie parce qu’elles avaient été très mal conçues. Si elles avaient visé l’achat de titres non bancaires, cela aurait fait augmenter le taux de croissance de la M3 de la zone euro beaucoup plus rapidement. Du même coup, cela aurait fait augmenter la croissance des dépenses dans la zone euro et il n’aurait pas été nécessaire de ramener les mesures d’AQ.

 

Au lieu de remédier à la situation, la BCE a décidé de récidiver en adoptant la même politique et la même méthodologie défaillante, à savoir acheter des titres bancaires, ce qui, selon moi, va absorber une quantité phénoménale de dette souveraine, essentiellement dans un échange d’actifs avec les banques, sans créer de nouveaux dépôts dans les mains des entreprises et des ménages, mais seulement dans les livres comptables de la BCE. Par conséquent, le taux de croissance de la M3 va probablement demeurer trop bas et la zone euro va s’enliser dans un cercle vicieux de faible croissance, faible inflation et taux d’intérêt négatifs.

 

Royaume-Uni

La saga du Brexit continue de dominer la scène politique au Royaume-Uni et de nuire à la croissance économique en maintenant un degré élevé « d’incertitude à l’égard de l’avenir du régime » en raison du manque de clarté quant aux règles, aux règlements, aux tarifs douaniers et à la position concurrentielle des entreprises après que le pays aura fait la transition à sa nouvelle relation avec l’Union européenne.

Les soubresauts du débat sur le Brexit continuent de se refléter dans deux secteurs clés : le marché des changes pour la livre sterling et les investissements intérieurs. Ailleurs, notamment sur le marché du travail, dans les dépenses de consommation personnelle ou dans les tendances d’inflation, l’économie du Royaume-Uni continue de se comporter comme avant le référendum de juin 2016.

En ce qui a trait aux investissements, la diminution des dépenses en immobilisations des entreprises est très évidente, tant dans les « données objectives » telles que la formation de capital fixe, qui entre dans le calcul du produit intérieur brut (PIB), que dans les « données subjectives » comme les sondages de CBI sur les dépenses des usines et d’équipement et l’état des carnets de commandes. Malheureusement, il est peu probable que ces tendances changent beaucoup avant que la politique et les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE soient sur le point de se résoudre.

 

 

Chine

Le différend commercial entre les États-Unis et la Chine ne montre pas de signes d’essoufflement. Les retombées des mesures commerciales du président Donald Trump sur la croissance du commerce et du PIB de la Chine commencent à se faire sentir grandement. Les importations des États-Unis en provenance de la Chine ont diminué considérablement ces derniers mois. Par contre, la demande des États-Unis de biens fabriqués ailleurs en Asie a augmenté. Certaines des plus petites économies de l’Asie de l’Est comme Taïwan, la Corée et le Vietnam commencent à enregistrer des gains de production et de commerce par rapport à la Chine car des éléments de la chaîne d’approvisionnement internationale sont redirigés vers ces marchés, qui ne sont pas encore visés par les mesures de M. Trump.

 

Compte tenu des nombreux enjeux liés à la Chine que cible l’Administration Trump (vol de propriété intellectuelle, subventions aux sociétés d’État et ouverture de certains secteurs d’activité à la concurrence étrangère), il semble peu probable qu’on assistera à une trêve durable dans la guerre commerciale avec la Chine. Même si les prochaines élections présidentielles américaines pourraient inciter l’équipe de M. Trump à déclarer victoire à un moment donné en 2019 ou en 2020 et à mettre fin à la guerre commerciale, il me paraît plus probable qu’on assiste à une suspension temporaire des mesures commerciales des États-Unis à l’égard de la Chine.

 

Japon

 

Deux facteurs clés contribuent à la faiblesse persistante de la croissance économique du Japon.

 

Premièrement, en ce qui a trait au PIB réel, la population du pays a plafonné en 2010, tandis que la population active (ou en âge de travailler âgée entre 15 et 64 ans) a commencé à diminuer en 1992. Ces données clés en recul limitent d’office le taux de croissance potentiel du PIB réel.

 

Deuxièmement, la faiblesse des données nominales (inflation, salaires, PIB aux prix actuels, etc.) est entièrement attribuable à la lenteur persistante de la croissance de la masse monétaire. Depuis 1992, la M2 du Japon s’est accrue en moyenne de seulement 2,6 % par année,1 ce qui est beaucoup trop bas pour atteindre la cible d’inflation de 2 % de la Banque du Japon, malgré l’introduction de mesures d’assouplissement quantitatif et qualitatif (AQQ) et le contrôle de la courbe des taux (CCT) tant vanté de la banque centrale. Sur le plan fondamental, le Japon aurait besoin d’un taux de croissance de la M2 de 5 à 6 % par année.1 Malheureusement, les perspectives macroéconomiques du Japon ne changeront pas tellement tant que ce problème de base de la politique monétaire, à savoir l’achat d’obligations du gouvernement japonais auprès des banques dans le cadre de son programme d’AQQ (contrairement à des obligations non bancaires), n’aura pas été réglé.

 

 

 

 

 

 

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1 Source : Refinitiv Datastream, au 27 septembre 2019
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 23 septembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.