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Kristina Hooper | 10 juillet 2019

Les inquiétudes entourant la BCE se sont dissipées, mais les doutes soulevés par la politique monétaire de la Fed mettent certains oracles de la finance sur la défensive

J’ai passé la dernière semaine à Knoxville, au Tennessee, pour assister aux matches de basket-ball du tournoi national auquel participait l’équipe de ma fille. Je suis la statisticienne non officielle de l’équipe, ce qui rend l’expérience encore plus enlevante, car je suis chargée de compiler des données en fonction d’une variété de paramètres. Cela m’a permis de constater que les risques auxquels l’équipe de ma fille étaient confrontés variaient d’un match à l’autre, tout dépendant des aptitudes de l’équipe adverse. Cela m’a rappelé les différentes conjonctures qui posent différents risques et, aussitôt qu’un match se termine, un nouveau match contre une autre équipe débute, tout comme la conjoncture qui change sans cesse.

C’est exactement ce que nous avons pu constater la semaine dernière. Un gros risque qui me préoccupait depuis environ un an était la possibilité que le prochain président de la Banque centrale européenne (BCE) soit un faucon monétaire. J’avais le sentiment que si le président actuel était remplacé par un faucon, cela nuirait considérablement aux marchés européens, alors que l’attitude conciliante du président en poste, Mario Draghi, a apaisé les tensions systémiques pendant son mandat. Or, ce risque s’est dissipé la semaine dernière avec la nomination de Christine Lagarde à la présidence de la BCE.

Mme Lagarde avait peu de chances d’être sélectionnée et les oracles voyaient Jens Wiedmann de la banque centrale de la République fédérale d’Allemagne comme le successeur le plus probable. M. Wiedmann, qui a toujours été un critique virulent de l’assouplissement quantitatif, a adouci le ton ces derniers mois de toute évidence dans l’espoir d’être nommé président de la BCE. Or, dans le cadre des âpres négociations qui entourent la nomination des dirigeants de l’UE, le président français Emmanuel Macron est parvenu à faire nommer sa concitoyenne française, Mme Lagarde.

À l’instar du président du conseil de la Fed, Jay Powell, Mme Lagarde n’est pas économiste, mais a de l’expérience pertinente, puisqu’elle occupe le poste de directrice du Fonds monétaire international et qu’elle a déjà été ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. Si je me fie à tout ce que je sais de son parcours et plus particulièrement à ses déclarations des dernières années, je crois qu’elle est la candidate qui va le plus probablement poursuivre les politiques accommodantes de M. Draghi. Je pense aussi qu’elle a le potentiel d’agir comme visionnaire à la tête de la BCE. Elle reconnaît depuis longtemps les qualités perturbatrices et positives des cryptodevises, des chaînes de blocs et de la technologie financière en général. Elle va probablement s’affairer à renforcer la réglementation et à la faire respecter. Qui plus est, c’est une politicienne de carrière qui, ironie du sort, est peut-être mieux outillée pour repousser les nombreuses tentatives visant à politiser les banques centrales. Somme toute, je pense qu’un risque majeur qui pesait sur les marchés européens s’est dissipé.

Aussitôt qu’un risque disparaît, un autre apparaît

Un risque s’est à peine dissipé qu’un autre a fait surface. C’est ce qui s’est produit vendredi lors de la parution du rapport sur le marché de l’emploi aux États-Unis. Ce rapport fait état d’un taux de création d’emplois très élevé en juin, alors que 224 000 emplois non agricoles ont été créés pendant le mois, ce qui dépasse largement les attentes. Cet excellent rapport sur l’emploi soulève des questions à savoir si la Fed pourrait justifier une baisse de taux en juillet et cela a fait chuter les cours boursiers. Le marché avait présumé que la Fed assouplirait sa politique monétaire à court terme, ce qui a eu l’effet d’un puissant catalyseur lors de la récente reprise des marchés boursiers. Par conséquent, un nouveau risque, celui que la Fed ne puisse pas justifier une baisse de taux au cours des prochains mois, a fait surface.

Quoi qu’il en soit, je pense que la Fed pourrait certainement justifier une baisse de taux. Tout d’abord, le salaire horaire moyen demeure relativement bas, à 3,1 %1, ce qui est nettement en-dessous d’où il devrait se situer à ce stade-ci du cycle d’expansion, ce qui suppose que le taux d’inflation ne constituera probablement pas une menace. De plus, même si le rapport sur l’emploi de juin dénote une nette amélioration de la situation, les rapports antérieurs étaient beaucoup plus modérés. Le nombre moyen d’emplois créés sur trois mois au deuxième trimestre, en tenant compte des révisions à la baisse d’avril et de mai, est légèrement inférieur à la moyenne sur trois mois du premier trimestre et largement inférieur à la moyenne sur trois mois du quatrième trimestre.1 Autrement dit, la Fed pourrait simplement décider de relever son taux d’inflation cible, comme le proposent divers membres du Federal Open Market Committee depuis plusieurs mois. Même si la Fed pourrait ne pas se montrer aussi accommodante que le marché l’espère, elle va probablement donner au marché la marge de manœuvre dont il a besoin.

La bonne nouvelle est que nous aurons peut-être une meilleure idée des risques qui planent sur les marchés cette semaine lorsque M. Powell va livrer son témoignage semestriel Humphrey-Hawkins devant le Congrès. Il va probablement se faire poser des questions sur divers sujets d’actualité, y compris comment il pourrait justifier une baisse de taux dans un proche avenir, compte tenu des statistiques économiques relativement bonnes, notamment le rapport sur l’emploi de vendredi dernier, de même que la politisation de la Fed, à la lumière des récents commentaires désobligeants du président Donald Trump et des rapports indiquant que la Maison-Blanche a tenté de trouver un moyen de rétrograder M. Powell.  Nous avons eu un bon exemple du risque réel de politisation des banques centrales pas plus tard qu’aujourd’hui, lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan a limogé le gouverneur de la banque centrale turque.

Nous aurons une meilleure idée des intentions de la Fed à l’approche de la réunion des 30 et 31 juillet prochains. D’ici là, je crois que les signes pointent vers une politique accommodante de la Fed. Le facteur de risque qui planait sur la BCE est chose du passé et, à mon avis, aucun autre risque n’a fait surface.

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