Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Talley Léger | 20 mai 2022

Les marchés boursiers flairent-ils déjà une récession économique?

Le stratège en actions Talley Léger explore un scénario de risque extrême pour les marchés, dont la probabilité pourrait augmenter.

Si vous êtes un investisseur comblé et avez un horizon de placement de 20 ans ou plus, gardez le cap et cessez immédiatement de lire ce blogue! Sinon, pardonnez-moi de m’être laissé aller au pessimisme qui a envahi les investisseurs tactiques, et pour cause. Pour être clair, le scénario que je suis sur le point d’explorer n’est pas le scénario de référence du Bureau de la stratégie des marchés mondiaux. Il s’agit plutôt d’un scénario de risque extrême, dont la probabilité pourrait augmenter.

Après tout, l’indice S&P 500 a chuté de 14 % entre son sommet du 3 janvier 2022 et la fin avril, sans aucun creux majeur en vue.1 Certes, une remontée exploitable de 11 % s’est développée du 8 au 29 mars1, mais ce bref rebond s’est finalement transformé en ce qui semble maintenant être une séquence de hauts plus bas et de bas plus bas.

Récession économique généralisée ou contraction tactique?

Certes, je travaillais en partant de l’hypothèse que les actions connaîtraient une certaine volatilité, ce qui est typique, en prévision du décollage de la Réserve fédérale américaine (Fed), en me disant que le marché aurait le temps de se rétablir complètement (voire même d’atteindre de nouveaux sommets) avant le début de la prochaine récession.

Aujourd’hui, je n’en suis plus aussi sûr. L’inflation s’est étendue,  exacerbée par les perturbations des chaînes d’approvisionnement alimentaires et énergétiques par suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la Fed est en retard sur la courbe avec ses hausses de taux d’intérêt et la croissance économique réelle semble stagner. Ainsi, je crains que les autorités monétaires américaines ne soient pas en mesure de maîtriser les pressions sur les prix sans causer encore plus de tort à l’économie.

Compte tenu de la trajectoire descendante décourageante de l’activité manufacturière aux États-Unis et de l’orientation récente de l’ensemble de l’économie, je crois que les investisseurs devraient au moins envisager la possibilité d’une période de contraction tactique au cours des six à neuf prochains mois.

Le ton de plus en plus belliciste de la Fed et les conditions financières difficiles m’inquiètent, car cela envoie un signal de baisse de la production industrielle et d’une possible récession des bénéfices plus tard cette année (voir la figure 1).

Figure 1 : Les conditions financières difficiles ralentissent déjà l’activité manufacturière aux États-Unis

Conditions financières (bleu foncé, inversées) et activité manufacturière (bleu clair) des É.-U. depuis 1996

Sources : Bloomberg L.P., Goldman Sachs et Invesco, 02/05/2022. Remarques : L’indice des conditions financières des É.-U. est calculé par Goldman Sachs et comprend le taux des fonds fédéraux, le taux des obligations du Trésor à dix ans, l’écart de taux des obligations de sociétés notées BBB, l’indice S&P 500 et le dollar américain. ISM = Institute for Supply Management. PMI = Purchasing Managers Index (indice des gestionnaires en approvisionnement). NBER = National Bureau of Economic Research. Les zones ombrées indiquent les récessions aux États-Unis telles que définies par le NBER. La ligne à 50 % délimite le moment où le PMI est en expansion (supérieur à 50 %) ou en contraction (inférieur à 50 %). Le coefficient de corrélation mesure la force de la relation entre les mouvements relatifs des deux indices; 1,0 correspond à une corrélation positive parfaite et -1,0 à une corrélation négative parfaite. Le cercle met en évidence où nous en sommes maintenant. Plus précisément, que les conditions financières sont serrées et restreignent la croissance. Un investissement ne peut pas être fait dans un indice. Plus précisément, que les conditions financières sont difficiles et freinent la croissance économique. Il est impossible d’investir directement dans un indice. Les rendements passés ne sont pas indicatifs des résultats futurs.

Déflation récessionnaire ou désinflation « immaculée »?

Y a-t-il un scénario dans lequel la Fed n’aurait pas à augmenter autant son taux directeur grâce à un resserrement marqué des conditions financières? Le sentiment d’appauvrissement freinera-t-il suffisamment la demande pour mettre un terme à la surchauffe de l’économie américaine? La baisse des prix du pétrole et l’atténuation des perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient-elles engendrer une sorte de désinflation « immaculée »?

Malgré mon appréhension baissière, je peux voir un moyen de sortir de cette triste situation, mais je doute que le chemin vers la reprise 2.0 soit facile. Beaucoup de choses vont devoir commencer à bien se passer pour faire changement, alors que tant de choses ont mal été.

À mon point de vue, une chaîne d’événements potentiellement positive pourrait inclure :

  1. Ralentissement de l’activité économique – c’est fait
  2. Baisse du prix du pétrole – c’est fait
  3. Atténuation des perturbations des chaînes d’approvisionnement – premiers signes d’espoir (voir la figure 2)
  4. Plafonnement de l’inflation – ?
  5. Attitude moins belliciste, voire légèrement accommodante, de la Fed – ?

Figure 2 : Les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à la pandémie semblent s’atténuer, ce qui pourrait contribuer à faire baisser les prix à la consommation.

Perturbations des chaînes d’approvisionnement (bleu foncé, extrapolées) et inflation des prix à la consommation aux É.-U. (bleu clair) depuis 2017

Sources : Bloomberg, L.P., Bureau of Labor Statistics, FRED, Invesco, 04/05/2022. Remarques : Les perturbations des chaînes d’approvisionnement indiquées dans le graphique comprennent les livraisons des fournisseurs, les carnets de commandes et les stocks des indices des secteurs manufacturier et tertiaire de l’Institute for Supply Management (ISM), données inversées; l’indice Baltic Dry (BDI) de la bourse baltique, qui est un composite des moyennes des affrètements à temps de transport maritime en vrac de matières sèches; le prix au comptant de la DRAM d’inSpectrum Tech Inc. (DDR4 4Gb 512Mx8 2133/2400 MHz); et le tarif conteneur Drewry Hong Kong-Los Angeles par conteneur de 40 pieds. Il est impossible d’investir directement dans un indice. Les rendements passés ne sont pas indicatifs des résultats futurs.

Rotation vers les titres à caractère défensif ou occasion de placement dans les actifs à risque?

Une contraction tactique peut dégénérer en une récession économique généralisée, tout dépendant de l’intensité du cycle de resserrement de la Fed et de son seuil de tolérance à la douleur. D’une manière ou d’une autre, la situation pourrait s’avérer tout aussi pénible pour les investisseurs boursiers en temps réel.

Dans les mois à venir, attendez-vous à ce que l’indice manufacturier des gestionnaires en approvisionnement de l’Institute of Supply Management passe sous la barre des 50 points, ce qui confirmerait une contraction tactique. En pareilles circonstances, la dynamique de marché se caractérise généralement par une rotation des actions et des titres cycliques vers les obligations et les titres à caractère défensif, virage qui est peut-être déjà amorcé.

Il est peut-être encore un peu tôt, mais je crois que les investisseurs qui ont un portefeuille équilibré pourraient envisager d’augmenter leur exposition aux obligations. On pourrait penser que la hausse des taux obligataires montre déjà qu’on se dirige vers le taux neutre des fonds fédéraux. De plus, selon moi, cette catégorie d’actifs offre désormais de meilleurs revenus et des valorisations plus attrayantes et pourrait bénéficier d’une détérioration des perspectives économiques. En effet, les rendements ont tendance à fondre lorsque la production subit des pressions.

Personnellement, j’aurais tendance à réduire mon exposition aux actions et aux titres cycliques en profitant des redressements spontanés pour procéder à des liquidations. Certes, j’ai commencé à cocher des éléments sur ma liste d’événements positifs. Cependant, nous n’aurons probablement pas un signal clair de prise de risque et d’augmentation des pondérations avant d’arriver à un point d’inflexion des prix à la consommation et à une réaction plus posée de la Fed. Gardez l’œil ouvert.

1 Source : Bloomberg, L.P.

Autres blogues de Talley Léger

Les marchés boursiers flairent-ils déjà une récession économique?
20 mai 2022

À quelle étape du cycle des bénéfices des entreprises américaines en sommes-nous?
18 mai 2022

Banque du Canada : c’est parti
2 mars 2022

Comment les investisseurs devraient-ils être positionnés lors d’un cycle de resserrement de la Réserve fédérale américaine?
16 février 2022

La Banque du Canada se montre belliciste, mais laisse les taux inchangés
26 janvier 2022

Défis et occasions parmi les actions des marchés émergents
17 janvier 2022

Le bon côté de l’inflation et la façon dont les investisseurs peuvent en profiter
26 novembre 2021

Trois « craintes » du marché qui pourraient devenir moins effrayantes après l’Halloween
21 octobre 2021

Le plus gros de la domination des actions cycliques est-il derrière nous?
19 juillet 2021

Le meilleur reste-t-il à venir pour les actions américaines?
14 juin 2021

La faiblesse du dollar américain durera-t-elle?
19 mars 2021

La hausse des taux obligataires sonnera-t-elle le glas du marché haussier des actions?
4 mars 2021

Les investisseurs devraient-ils consacrer plus de temps à l’examen des risques de hausse?
4 novembre 2020

Les effets saisonniers des élections américaines et la faiblesse des taux d’intérêt soutiennent les actions
25 septembre 2020

La force de l’or se révèle dans l’adversité
8 septembre 2020

Réponses aux questions urgentes des investisseurs
24 juillet 2020

Repli à court terme, tendance haussière à long terme
22 juin 2020

Cinq choses à savoir sur les actions des marchés chinois et émergents
28 mai 2020

Du chaos peuvent émerger des occasions de placement
23 mars 2020

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

Renseignements importants

NA2188658

Image d’en-tête du blogue : Rialto Images / Stocksy

Certaines références se rapportent aux États-Unis et peuvent ne pas s’appliquer au Canada.

Un placement dans un fonds commun de placement peut donner lieu à des commissions, des commissions de suivi, des honoraires de gestion et autres frais. Les fonds communs de placement ne sont pas garantis, leur valeur fluctue souvent et leur rendement passé n’est pas indicatif de leur rendement futur. Veuillez lire le prospectus simplifié avant de faire un placement. Vous pouvez en obtenir des exemplaires auprès de votre conseiller ou d’Invesco Canada Ltée.

Il ne s’agit pas d’une recommandation d’une stratégie de placement ou d’un produit pour un investisseur en particulier. Les investisseurs devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement.

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. De manière générale, les cours des obligations baissent lorsque les taux d’intérêt augmentent, et vice versa; c’est ce que l’on appelle le risque de taux d’intérêt. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

Le taux des fonds fédéraux est le taux de financement à un jour auquel les banques se prêtent entre elles.

Une note de crédit est une évaluation d’un organisme nationalement reconnu de notation statistique (NRSRO : Nationally Recognized Statistical Rating Organizations) qui se prononce sur la solvabilité d’un émetteur de titres de créance, y compris des titres en particulier, des titres du marché monétaire ou d’autres titres de créance. La note est attribuée selon une échelle allant généralement de AAA (la plus élevée) à D (la plus basse); la note est appelée à changer sans préavis. La mention « non notée » indique seulement que le débiteur n’a pas été noté; elle ne devrait pas être considérée comme une indication qu’il s’agit d’un titre de qualité inférieure.

Pour en savoir davantage sur la méthodologie de notation, visitez le site web des NRSRO : www.standardandpoors.com à la rubrique « Understanding Ratings » sous Rating Resources à la page d’accueil; www.moodys.com à la rubrique « Rating Methodologies » sous Research and Ratings à la page d’accueil et www.fitchratings.com à la rubrique « Ratings Definitions » à la page d’accueil.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 4 mai 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.