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Kristina Hooper | 14 septembre 2021

Les marchés cherchent un point d’appui pour escalader le « mur d’inquiétudes »

Boussole hebdomadaire des marchés : Qu’est-ce qui pourrait aider les actions à escalader le mur d’inquiétudes qui se profile? Kristina Hooper explique ce qui soutient le mur et quel catalyseur pourrait aider.

En général, les actions mondiales ont déçu ces derniers jours. Un certain nombre de facteurs préoccupent les investisseurs en ce moment, si bien que les actions n’ont pas réussi à grimper le proverbial « mur d’inquiétudes ». Du moins pas encore. Dans le commentaire de cette semaine, j’explique ce qui alimente les inquiétudes des investisseurs et quel catalyseur pourrait éventuellement aider les actions à grimper par-dessus ce mur.

De quoi est fait ce « mur d’inquiétudes »?

Voici certaines des préoccupations des investisseurs :

Le discours entourant le retrait graduel des achats d’actifs de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’espoir que le rapport d’août sur l’emploi aux États-Unis puisse retarder le début du retrait graduel des achats d’actifs a été anéanti la semaine dernière par le « Fedspeak ». En effet, plusieurs dirigeants de la Fed sont d’avis que le retrait graduel des achats d’actifs devrait être annoncé et commencer bientôt.

Le président de la Réserve fédérale de St. Louis, Jim Bullard, est celui qui a le mieux exprimé ce souhait, affirmant qu’il n’est pas préoccupé par le rapport d’août sur l’emploi, parce que ce ne sont pas les emplois qui manquent : « Il y a beaucoup de demande de travailleurs et il y a plus d’offres d’emploi que de travailleurs en chômage ».1

En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un ralentissement typique du marché de l’emploi, c’est une situation unique liée à la pandémie. Le marché de l’emploi se porte bien; ce sont les gens qui refusent les emplois disponibles. M. Bullard a plaidé pour que le retrait graduel des achats d’actifs commence dès cette année et se termine pendant la première moitié de 2022. Évidemment, ce « Fedspeak » n’a pas stimulé les marchés.

Un « retrait graduel temporaire » en Europe. La Banque centrale européenne (BCE) a déclaré qu’elle ne procède pas à un retrait graduel, mais plutôt à un « ajustement » à la baisse des achats d’actifs au cours des prochains mois. Autrement dit, le recalibrage va entraîner une diminution des achats d’actifs, mais il devrait être de courte durée.

Même si la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a interdit l’utilisation du mot « retrait graduel ou tapering », certains investisseurs sont sceptiques; ils considèrent cette manœuvre comme un retrait graduel temporaire qui pourrait devenir plus permanent, et cela a accentué le sentiment négatif qui régnait sur les marchés la semaine dernière.

Les craintes entourant les bénéfices des sociétés. Certains investisseurs ont le sentiment que « le meilleur est passé » en ce qui a trait aux bénéfices des sociétés et s’imaginent que les bénéfices ne seront pas aussi élevés à l’avenir. Je m’attends effectivement à ce que la croissance des bénéfices se modère, ce qui est inévitable car elle est extrêmement élevée depuis un certain temps. Cependant, les estimations de croissance des bénéfices pour les prochains trimestres restent bonnes; les analystes prévoient une croissance des bénéfices de plus de 20 % pour le quatrième trimestre de 2021.2 Il faut donc s’attendre à un ralentissement; FactSet prévoit des bénéfices de l’ordre de 9,4 % pour l’année civile 2022, mais ce n’est pas à dédaigner.

Les craintes entourant la COVID-19. Le nombre de cas d’infection à la COVID-19 continue de défrayer la manchette. Comme je l’ai dit, cela n’a pas eu un gros impact sur la mobilité, mais cela a certainement préoccupé les investisseurs. De plus, il y a toujours le spectre de l’émergence d’un variant bien pire, quoique jusqu’à présent, le variant Mu ne semble pas être aussi redoutable que certains le craignaient.

Les craintes d’une hausse du taux d’inflation. L’indice des prix à la production (IPP) d’août aux États-Unis s’est avéré un peu déconcertant, en hausse de 0,7 % (et de 0,6 % en excluant les aliments et l’énergie).2 L’IPP généralisé a augmenté de 8,3 % sur douze mois, tandis que l’IPP de base a progressé de 6,7 %.3 Les pressions inflationnistes ne se font pas uniquement ressentir aux États-Unis. L’inflation est suffisamment préoccupante pour que plusieurs banques centrales des marchés émergents aient augmenté leurs taux. Cependant, cette donnée ne change pas mon opinion selon laquelle la forte augmentation de l’inflation est en grande partie temporaire, mais elle a fait réfléchir les investisseurs et alimente les craintes d’une conjoncture « stagflationniste ».

Les menaces qui planent sur le « statu quo politique ». Les marchés aiment la stabilité politique. Or, nous traversons une période d’incertitude, à commencer par les élections au Canada, qui menacent de renverser le premier ministre Justin Trudeau. Il y a aussi la démission inattendue du premier ministre japonais, Suga Yoshihide, et l’incertitude quant à son successeur. Certains se préoccupent également de la direction que va prendre l’Allemagne et, par conséquent, l’Union européenne, étant donné les récents sondages sur les élections nationales qui auront lieu plus tard ce mois-ci (le successeur de la chancelière Angela Merkel n’obtient pas de bons résultats dans les sondages).

L’agitation saisonnière. Enfin, certains investisseurs sont craintifs simplement parce que nous sommes en septembre et que le mois d’octobre est réputé pour quelques replis boursiers mémorables. Comme mon collègue Brian Levitt l’a expliqué récemment, quelques mois de septembre éprouvants ont joué un rôle exagéré pour nuire à la réputation du mois, alors que le mois de septembre n’a pas été aussi mauvais ces dernières années. Ceci est aussi vrai pour le mois d’octobre.

Comment les marchés boursiers peuvent-ils escalader ce mur?

Il est clair que les marchés font face à un mur d’inquiétudes de toutes sortes, et les investisseurs ne l’ont pas encore escaladé. Mais ça va. La semaine dernière, dans une entrevue que j’ai accordée aux médias, on m’a demandé quel catalyseur était susceptible de faire monter les marchés boursiers. Un catalyseur très probable est un repli boursier. Dans la conjoncture actuelle, vu que l’économie mondiale se redresse, que des mesures de relance budgétaire adéquates ont été adoptées et que les politiques monétaires sont très accommodantes, je m’attends à ce que l’attraction gravitationnelle des actions soit plus élevée. Parfois, le catalyseur d’une hausse des cours boursiers est simplement un repli perçu comme une occasion d’achat. Cela pourrait être le cas; pour ma part, j’en serais ravie.

D’ici là, je vais surveiller de près un certain nombre d’enjeux, y compris ceux énumérés ci-dessous.

Six enjeux que les investisseurs devraient surveiller

La Fed. La prochaine réunion de la Fed aura lieu la semaine prochaine, et les observateurs sont de plus en plus unanimes pour dire que le début du retrait graduel des achats d’actifs sera annoncé après la tenue de cette réunion. Cependant, je tiens à répéter que je ne crois pas que les investisseurs devraient s’en inquiéter. Ce changement de cap a été annoncé longtemps à l’avance et, malgré quelques contretemps, la croissance économique des États-Unis demeure forte. Par conséquent, à mon avis, cette intervention de la Fed est appropriée et ne devrait pas faire dérailler les marchés.

Les rapports de septembre et octobre sur l’emploi aux États-Unis. Je ne peux pas être en désaccord avec M. Bullard, le marché de l’emploi n’est pas mal en point. Et, comme je l’ai déjà dit, je m’attends à ce que les gens commencent à accepter ces emplois maintenant que les enfants sont de retour à l’école et que les prestations d’assurance-chômage bonifiées ont pris fin. Les rapports de septembre et octobre sur l’emploi aux États-Unis seront des tests décisifs pour ma thèse, mais je ne pense pas que la Fed attendra aussi longtemps pour annoncer le début du retrait graduel des achats d’actifs et, encore une fois, tout ira bien pour les marchés, malgré la nervosité qui règne en ce moment.

L’augmentation de l’impôt sur les sociétés américaines. Les démocrates qui siègent au Congrès proposent une augmentation de l’impôt sur les sociétés à 26,5 %. Si cette mesure est adoptée, je crois que ce serait le meilleur scénario possible dans les circonstances; nous savions tous qu’il y aurait une augmentation de l’impôt sur les sociétés éventuellement et cela aurait pu être bien pire. Or, ils proposent d’autres impôts et taxes et ces propositions provoquent évidemment des dissensions. Nous allons suivre ce dossier de près.

Le plafond de la dette publique américaine. Nous sommes également confrontés à cette question imminente du plafond de la dette publique. La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a averti dans une lettre aux dirigeants du Congrès la semaine dernière que le département du Trésor pourrait ne pas être en mesure de continuer à s’acquitter des obligations du gouvernement d’ici le mois prochain, à moins que le Congrès n’augmente ou ne suspende la limite d’emprunt fédérale. Cela ne pouvait pas arriver à un pire moment, étant donné les profondes divisions qui règnent au Congrès. Je m’attends à ce que le problème soit résolu, mais je soupçonne que cela va se régler à la toute dernière minute et à ce que cela nous donne à tous quelques maux d’estomac et des cheveux gris.

Les prévisions de croissance économique. Les récentes révisions à la baisse des prévisions de croissance économique ont retenu énormément d’attention, mais il y a eu aussi quelques révisions à la hausse. La BCE a révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour cette année à 5 %, contre 4,6 % en juin. 4 Bien que la BCE ait révisé à la hausse ses anticipations d’inflation, celles-ci affichent toujours une baisse substantielle en 2022, par rapport à 2021, ce qui soutient la thèse qui veut que l’inflation est en grande partie temporaire. L’inflation est désormais projetée à 2,2 % cette année, mais devrait chuter à 1,7 % l’an prochain, ce qui est passablement inférieur à la cible de 2 % de la BCE.4 Je vais évidemment suivre de près les données de mobilité et les statistiques économiques, de même que les prévisions.

Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. La conversation de la semaine dernière entre Joe Biden et Xi Jinping a suscité un certain optimisme, mais je ne pense pas que cela va changer grand-chose. Je m’attends à ce que les relations restent tendues pour le moment, mais je vais suivre de près ce dossier en espérant que les tarifs américains seront abolis, ce qui serait vraiment mieux pour toutes les personnes concernées.

À noter

Je m’en voudrais de passer sous silence le vingtième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, qui a été commémoré la fin de semaine dernière. Beaucoup de mes collègues américains travaillaient au World Trade Center et ont été directement touchés par les attentats. Je ne peux pas penser à ce jour sans avoir le cœur gros et je prie pour toutes les victimes de cet horrible acte de terrorisme, ainsi que les membres de leurs familles, leurs amis et tous leurs proches.

1 Source : Financial Times, « Top Fed official pushes for quick ‘taper’ despite weak US jobs growth », 7 septembre 2021

2 Source : FactSet, Earnings Insight, 10 septembre 2021

3 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, 10 septembre 2021

4 Source : Banque centrale européenne, 9 septembre 2021

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Image d’en-tête du blogue : Westend61 / Getty

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L’indice des prix à la production (IPP) est compilé par le U.S. Bureau of Labor Statistics et mesure la variation moyenne dans le temps des prix de vente reçus par les producteurs nationaux pour leur production.

Le retrait graduel des achats d’actifs désigne la diminution progressive des activités de la banque centrale visant à contrer une piètre conjoncture économique.

La stagflation est une conjoncture économique caractérisée par une combinaison de faible croissance économique et de hausse des prix.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 13 septembre 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.