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Kristina Hooper | 10 mai 2022

Les marchés peinent à s’adapter à l’incertitude entourant la Fed

Les marchés sont confus car ils ignorent à quel point la Fed va resserrer sa politique monétaire cette année; c’est ce qui explique pourquoi les marchés ont évolué en montagnes russes en avril et la situation se poursuit en mai. Cependant, Kristina Hooper voit la lumière au bout du tunnel.

Je suis assez vieille pour me souvenir des marchés des titres à revenu fixe « avant le RQ » — c’est-à-dire avant l’assouplissement quantitatif, lorsque les rendements étaient plus normaux. Lorsque nous étions jeunes mariés, en 1996, mon mari et moi avons décidé d’acheter une première maison. Nous avons rencontré un préposé aux prêts d’une banque locale (qui a depuis longtemps été acquise par une série de grandes banques) qui nous a fourni une « calculatrice » d’hypothèque en plastique;– il s’agissait essentiellement d’un petit bidule en carton muni d’une glissière qui nous indiquait à combien s’élèverait notre versement hypothécaire par tranche de 1 000 $ d’emprunt, selon le taux d’intérêt. L’échelle du calculateur allait de 6 à 20 %, ce qui correspondait à la fourchette des taux hypothécaires des dernières décennies. J’ai conservé ce gadget en souvenir, mais il s’est avéré obsolète une fois que la politique monétaire est devenue très accommodante et que les taux hypothécaires sont tombés bien en dessous de 6 %. Bien sûr, tout comme les robes trapèze et les pantalons à pattes d’éléphant cachés au fond des placards, je soupçonne que cette relique enfouie au fond du tiroir de mon bureau pourrait de nouveau être utile, du moins pour mes enfants.

Impact de la politique monétaire expérimentale

À mon avis, les taux hypothécaires aux États-Unis ne sont qu’un exemple de la façon dont la politique monétaire expérimentale des grandes banques centrales des pays développés a créé une répression financière et remodelé les marchés des titres à revenu fixe dans une grande partie du monde. Alors que de nombreux économistes et observateurs des marchés se languissent d’un « retour à la normale » depuis plus d’une décennie, cela ne s’est jamais réellement produit. Oui, la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a mené la charge en faveur de l’adoption d’une politique monétaire accommodante tout ce qu’il y a de plus expérimentale à la suite de la crise financière mondiale, a amorcé un cycle de resserrement en 2015, mais il a été excessivement lent et n’est jamais allé très loin avant de faire marche arrière. Nous revoici donc au point où les grandes banques centrales occidentales entament un autre cycle de resserrement et certaines doivent serrer la vis beaucoup plus fort.

Il va sans dire que les marchés sont très anxieux. Nous nous sommes tous habitués à une conjoncture de bas taux, puisque la situation perdure depuis si longtemps. Il est parfois très difficile de s’adapter au changement, surtout s’il s’accompagne d’incertitude quant à l’inflation élevée et de confusion quant à la politique monétaire de la Fed. Voilà pourquoi les marchés ont évolué en montagnes russes en avril et la situation se poursuit en mai, notamment en raison de la confusion qui règne quant à l’orientation de la politique monétaire de la Fed. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a d’abord adopté un ton très belliqueux, s’adressant directement aux consommateurs américains et déclarant catégoriquement que « l’inflation est beaucoup trop élevée » à sa conférence de presse qui a suivi la réunion du Federal Open Market Committee en mai. (Cela m’a rappelé un obscur politicien populiste de New York dont le slogan était « les prix des loyers sont trop élevés » qui a fondé un parti politique dont la plateforme reposait uniquement sur ce thème). M. Powell s’est targué de dire que la Fed a les outils nécessaires pour faire baisser l’inflation et qu’elle va les utiliser. Il a réitéré que la Fed est « très attentive » aux risques d’inflation.

Cependant, pendant la période de questions de la conférence de presse (qui, bien sûr, est la partie non scriptée), M. Powell s’est montré un peu plus conciliant. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait être le taux neutre, il a répondu entre 2 et 3 %. En outre, il a déclaré qu’une hausse de taux de 75 points de base n’était pas envisagée à ce stade-ci et cela a semé une certaine confusion et rendu les marchés boursiers et des titres à revenu fixe volatils.

L’incertitude règne sur les marchés

Les marchés sont clairement confus quant à ce que la Fed fera cette année et à quel point elle va resserrer sa politique monétaire. Cela se voit dans la volatilité des attentes à savoir à combien s’élèvera le taux des fonds fédéraux à la fin de 2022, comme on le voit dans les contrats à terme sur fonds fédéraux. Cela se reflète aussi dans l’indice VIX, de volatilité des marchés boursiers, qui a franchi la barre des 30 points.1

L’incertitude plane sur d’autres grandes banques centrales : seront-elles capables de bien doser leur politique monétaire et de juguler l’inflation sans plonger leur économie en récession? Je crois que les banques centrales devront se fier aux données si elles veulent avoir de meilleures chances d’effectuer un atterrissage en douceur.

En particulier, le choc énergétique et le choc à plus grande échelle des produits de base constitue un défi beaucoup plus grand pour la zone euro et le Royaume-Uni que pour les États-Unis. Au Royaume-Uni, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a ni plus ni moins signalé un risque élevé de récession et presque fixé une limite à l’ampleur du resserrement. La Banque d’Angleterre est ainsi passée de la plus belliciste des grandes banques centrales à l’une des plus en retard sur le peloton. Dans la zone euro, les achats d’actifs vont probablement diminuer, mais une réduction du bilan semble peu probable. Enfin, bien que des hausses de taux semblent de plus en plus probables à partir du milieu de l’année, elles seront vraisemblablement plus petites et plus lentes qu’aux États-Unis.

En conclusion, il est parfois très difficile de s’adapter au changement, surtout s’il s’accompagne de confusion et d’incertitude. Je crois qu’il convient de noter que, malgré la forte volatilité de la semaine dernière, l’indice S&P 500 était essentiellement stable.1 Une de mes amies, conseillère financière bien nantie, m’a dit qu’elle ne recevait pas d’appels de clients qui lui demandent de vendre des titres, mais plutôt de passer des relevés mensuels aux relevés trimestriels pour éviter de voir et, par le fait même, d’être secoués par la volatilité. À mon avis, il faut analyser la situation dans une perspective historique : les taux resteront probablement relativement bas une fois le resserrement terminé d’adopter une perspective historique : les taux seront probablement encore relativement bas une fois le resserrement terminé. Bref, je ne pense pas que nous aurons besoin de consulter nos anciennes calculatrices d’hypothèque en plastique de sitôt, sauf peut-être les plus bas taux de l’échelle. Qui plus est, même si je ne m’attends pas à ce que cette période de volatilité et de replis boursiers se termine immédiatement, car il faudra probablement plus de temps aux marchés pour digérer la nouvelle conjoncture monétaire, je suis convaincue que les marchés finiront par s’adapter à ce changement. Enfin, je crois que cette période de digestion va offrir de bonnes occasions de placement à ceux et celles qui investissent à long terme dans des actions, des titres à revenu fixe et autres placements alternatifs.

Rédigé en collaboration avec Arnab Das et Paul Jackson

1 Source : Bloomberg L.P., au 9 mai 2022.

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Image d’en-tête du blogue : Andy Dean / Adobe Stock

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Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace. Le resserrement quantitatif (RQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour normaliser les bilans.

Le taux neutre est le taux théorique des fonds fédéraux auquel l'orientation de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine n'est ni accommodante ni restrictive.

Un point de base représente un centième d’un point de pourcentage.

Le Federal Open Market Committee (FOMC) est un comité du conseil d’administration de la Fed qui se réunit régulièrement pour établir la politique monétaire, y compris les taux d’intérêt perçus des banques.

Les contrats à terme sur fonds fédéraux sont des contrats financiers qui représentent l’opinion du marché quant à l’orientation du taux des fonds fédéraux à un moment précis dans l’avenir. Le taux des fonds fédéraux est le taux d’intérêt auquel les banques se prêtent des soldes au jour le jour.

L’indice de volatilité du CBOE® (VIX®), l’un des principaux instruments de mesure des attentes de volatilité à court terme, est établi en fonction du prix de levée des options de l’indice S&P 500. VIX est le symbole de téléscripteur de l’indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange (CBOE), qui fait état des perspectives de volatilité du marché sur 30 jours.

En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. De manière générale, les cours des obligations baissent lorsque les taux d’intérêt augmentent, et vice versa; c’est ce que l’on appelle le risque de taux d’intérêt. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

Les produits alternatifs détiennent normalement des placements moins traditionnels et utilisent des stratégies de négociation plus complexes, y compris la couverture et l’effet de levier par l’entremise d’instruments dérivés, de ventes à découvert et de stratégies opportunistes qui changent en fonction des conditions boursières. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. Comme pour tous les placements, les rendements fluctueront. Il est possible de perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 9 mai 2022. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.