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Kristina Hooper | 25 septembre 2019

Les marchés sortent d’une série d’événements inhabituels

Je suis mère de trois enfants, dont une fille de 13 ans et un garçon de 12 ans. Comme beaucoup d’enfants américains de leur âge, ils ont été obsédés ces derniers mois par un mythe urbain entourant la zone 51. De nombreux théoriciens du complot croient que l’armée américaine utilise la zone 51, base secrète de l’armée de l’air située au Nevada, pour héberger des extraterrestres. Un gars créatif a pensé qu’il serait amusant de lancer un mouvement en ligne pour inviter les gens à prendre d’assaut la zone 51 la fin de semaine dernière. Ce qui au départ n’était qu’une blague a rapidement pris de l’ampleur et deux millions de personnes se sont inscrites pour entrer de force dans la zone 51. Le nombre élevé d’inscriptions a généré un véritable engouement et énormément d’anticipation autour de cet événement.

Mon fils, en particulier, était persuadé que ce serait une occasion phénoménale de révéler l’existence des extraterrestres au public. En fin de compte, le résultat a été plutôt décevant. À peine 3 000 personnes se sont présentées et les autorités les ont prévenues des conséquences d’une entrée illégale sur le site, ce qui semble avoir calmé leurs ardeurs de rencontrer des extraterrestres. Mes enfants sont vite passés à autre chose, quoiqu’un ami de ma fille a eu droit à un gâteau d’anniversaire extrêmement créatif sur le thème de la zone 51 en fin de semaine.

 

Le prix du pétrole s’est redressé rapidement après l’attaque de drones en Arabie Saoudite

Une autre chaîne d’événements très surprenants, mais finalement sans grandes conséquences, s’est produite la semaine dernière. Une grave attaque de drones visant les installations pétrolières saoudiennes s’est déroulée la fin de semaine des 14 et 15 septembre, endommageant deux installations clés et réduisant considérablement la production de pétrole. Sans surprise, le prix du pétrole a subi un véritable choc le lundi 16 septembre : le prix du pétrole brut a bondi de plus de 10 dollars le baril.1 Toutefois, les prix ont rapidement chuté mardi et mercredi, les Saoudiens ayant assuré aux consommateurs que le Royaume rétablirait rapidement la production. À la fin de la semaine, les prix du pétrole n’étaient plus qu’autour de 5 dollars de plus qu’à la fin de la semaine précédente.1

Plusieurs clients et médias se sont demandé pourquoi le prix du pétrole n’avait pas augmenté davantage et pourquoi il est redescendu aussi vite. La réponse se trouve dans les livres d’histoire. Jusque dans les années 60, les États-Unis étaient en mesure d’exercer un véritable contrôle sur les prix du pétrole, même s’ils en produisaient très peu, en dictant aux pays producteurs les prix qu’ils étaient prêts à payer pour ce produit de base. Puis, dans les années 60, les pays producteurs de pétrole se sont finalement rebiffés et ont créé une entité destinée à contrôler la production et, par le fait même, le prix du pétrole, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, également appelée OPEP. Dès lors, les États-Unis ont perdu le contrôle sur les prix et l’offre de pétrole et c’est devenu très clair dans les années 70, qui ont été marquées par deux pénuries de pétrole. Les voitures faisaient des files interminables aux stations-service et les moyens de transport étaient pratiquement paralysés en Amérique.

Je crois que la création de l’OPEP a introduit une importante dimension psychologique au marché pétrolier : la perte de contrôle par les États-Unis a contribué à une volatilité accrue et à une hausse généralisée des prix du pétrole au-delà de ce que le jeu de l’offre et de la demande aurait pu imposer. C’est ce que nous avons pu constater lors des événements de 1978 à 1982, lorsque les prix du pétrole ont augmenté considérablement et largement dépassé le cours cible fixé par l’OPEP. Comme le note un compte rendu historique : « Ce n’est pas l’OPEP qui a fait monter les prix… mais les pays consommateurs eux-mêmes, pris d’hystérie alors que l’impensable se produisait. Ce n’était pas tant la pénurie de pétrole que la peur d’une pénurie qui a provoqué la flambée des prix.”2 Autrement dit, le fait de n’avoir aucun contrôle sur la situation a déclenché un mouvement de panique qui a attisé la sensibilité aux événements géopolitiques et une forte hausse des prix du pétrole.

Depuis, les temps ont changé. Les États-Unis sont désormais l’un des principaux producteurs de pétrole et ne se sentent plus aussi impuissants en matière de contrôle de la production de pétrole et d’accès au pétrole brut. Et, je crois que c’est la raison pour laquelle les prix du pétrole n’ont pas augmenté davantage et qu’ils sont redescendus aussi rapidement après la réaction à l’attaque de drones visant les installations pétrolières saoudiennes. Cette sensibilité n’est plus présente parce que la psychologie a changé. Dans une large mesure, les consommateurs de pétrole peuvent contrôler leur propre destin en matière de besoins énergétiques.

Cela étant dit, les tensions ont augmenté au Moyen-Orient dans la foulée de l’attaque de drones visant les installations pétrolières saoudiennes. La semaine dernière, la Japon a déclaré que rien ne prouve que l’attaque de drones a été orchestrée par l’Iran. Malgré tout, plus tard dans la semaine, les États-Unis ont envoyé des soldats au Moyen-Orient. Il y a donc certainement un risque d’exacerbation des frictions et de nouvelles hausses des prix du pétrole. Cependant, je suppose que, comme nous l’avons vu la semaine dernière, les prix redescendront rapidement.

 

Le marché des conventions de mise en pension et les taux des bons du Trésor ont attisé l’incertitude

La volatilité des prix du pétrole n’est pas le seul événement inhabituel survenu sur les marchés la semaine dernière. Le marché des conventions de mise en pension a été mis sous tension la semaine dernière en raison de la flambée des taux et parce que la Réserve fédérale américaine (Fed) a dû fournir des liquidités d’urgence sur une base quotidienne. Cela semble être un problème de conjoncture technique (et, il va sans dire qu’il avait été annoncé par l’inversion de la courbe des taux des bons du Trésor à 3 mois et à 2 ans). Malgré tout, cet événement a certes effrayé certains investisseurs, d’autant plus qu’il est survenu peu après l’inversion de la courbe des taux des bons du Trésor à 2 et à 10 ans en août.

Nous avons également constaté une forte hausse du taux des bons du Trésor américain à 10 ans la semaine dernière. Je pense que les statistiques économiques somme toute encourageantes et le flux de bonnes nouvelles sur les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine y sont pour quelque chose. Je m’attends à ce que les marchés demeurent volatils parce que les statistiques économiques et l’actualité entourant les relations commerciales ont une incidence sur les taux des bons du Trésor. Par exemple, la semaine dernière, les négociateurs commerciaux adjoints américains et chinois se sont rencontrés à Washington et ont repris les négociations en face à face pour la première fois en près de deux mois, ce qui a contribué à la hausse des taux. Par contre, la délégation chinoise devait rencontrer des agriculteurs dans le Midwest américain au début de la semaine prochaine, mais a annulé cette rencontre vendredi, prétextant que les pourparlers ne se déroulent pas bien, ce qui a fait chuter les taux à 10 ans.

 

Conclusion

De toute évidence, les investisseurs craignent que les risques géopolitiques, comme le conflit au Moyen-Orient, entraînent une flambée des prix du pétrole et une chute des cours boursiers. Cette nervosité pourrait être amplifiée par d’autres événements inhabituels, comme des problèmes de liquidités sur le marché des conventions de mise en pension, la récente inversion de la courbe des taux des bons du Trésor de 2 à 10 ans et une recrudescence de volatilité sur le marché des bons du Trésor à plus longue échéance.

À l’instar de la légende urbaine entourant la zone 51, cette situation pourrait s’avérer n’être qu’une tempête dans un verre d’eau. D’ailleurs, j’ai de bonnes raisons de croire que les marchés boursiers pourraient bien performer dans les mois à venir. Premièrement, la Fed a procédé à deux baisses de taux ces derniers mois; or, par le passé, lorsque les banques centrales ont adopté un ton plus accommodant, cela a fait grimper les cours boursiers. De plus, 1,1 mille milliards de dollars ont été retirés des actions en faveur des obligations et des liquidités au cours de la dernière année.3 Historiquement, une période de sorties de fonds considérables a souvent été suivie d’une période de rendements supérieurs des marchés boursiers.

Cette conjoncture d’événements inhabituels montre que les marchés ont souvent tendance à réagir rapidement, et de façon temporaire, à des situations dont l’issue est incertaine et que prévoir les mouvements du marché est une tâche extrêmement difficile. Je crois que les investisseurs doivent se préparer à la volatilité à la hausse comme à la baisse et continuer de bien diversifier leurs portefeuilles pour se prémunir contre les chocs qui risquent de secouer certaines catégories d’actifs, tout en maintenant une exposition adéquate aux actions et aux autres actifs à risque pour pouvoir profiter des redressements et des périodes de croissance.

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1 Source : Bloomberg, L.P.
2 Source : David Halberstam, « The Reckoning », Morrow Publishing, page 680, 1986
3 Source : Bank of America Merrill Lynch, 23 septembre 2019

Renseignements importants
La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.
Une convention de mise en pension est un contrat en vertu duquel une partie prête des liquidités en échange de titres, souvent des bons du Trésor, dont la valeur est à peu près équivalente. Ce marché a pour but de permettre aux entreprises qui détiennent beaucoup de titres, mais pas suffisamment de liquidités d’emprunter à bas prix.
Une courbe de taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un rendement supérieur à celui des obligations à long terme. Lorsque la courbe de taux est normale, les obligations à long terme procurent un rendement plus élevé.
Les actifs à risque sont généralement décrits comme tout titre ou instrument financier, tels que des actions, des produits de base, des obligations à rendement élevé et d’autres produits financiers comportant un risque et dont le cours est susceptible de fluctuer.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 23 septembre 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.