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John Greenwood | 30 mars 2017

Les mesures de relance budgétaire de Trump accentueront-elles l’inflation?

Les marchés financiers ont réagi fortement à l’élection du président américain Donald Trump. Bien que les actions américaines et d’ailleurs dans le monde aient augmenté de façon importante (reflétant les attentes d’une croissance supérieure et l’amélioration des bénéfices des entreprises), les cours des obligations ont reculé (faisant état des taux de rendement supérieurs sous l’effet des attentes d’une inflation accrue). Pendant que le débat se poursuit au sujet du programme de relance budgétaire du président Trump, une question importante a émergé : quelle sera l’incidence de ses politiques sur l’inflation?

Un déficit financier considérable n’est pas nécessairement synonyme d’inflation

La croyance voulant qu’un déficit financier important donne lieu à une inflation accrue constitue l’une des raisons principales expliquant les attentes de l’accroissement de l’inflation. Le programme de Trump prévoit une hausse des dépenses militaires et d’infrastructure. Les participants du marché estiment que les mesures de relance budgétaire et les coupures d’impôt créent des déficits plus élevés, ce qui donne presque certainement lieu à une inflation accrue.

Le président Ronald Reagan a été le dernier à mettre en place un tel programme de dépenses budgétaires comprenant une augmentation des dépenses militaires et un déficit accru. Toutefois, bien que le déficit budgétaire ait passé de 1,3 % à 5,9 % du PIB entre 1980 et 1986, l’inflation a chuté de façon importante au cours de cette période puisque le resserrement de la politique monétaire visait à réduire l’inflation persistante de plus de 10 % de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Autrement dit, une politique budgétaire n’est pas nécessairement inflationniste si elle est également accompagnée d’une hausse de la croissance monétaire. Cela signifie qu’à moins d’une hausse du taux de croissance (très modeste à l’heure actuelle) de la monnaie, le risque d’inflation est très exagéré par les participants du marché.

La courbe de Phillips n’est pas un indicateur fiable de l’inflation

Une autre théorie populaire sur l’inflation dans le milieu universitaire et auprès des banques centrales ainsi que des participants du marché veut qu’il existe une solide relation entre le niveau de capacité disponible dans l’économie et le taux d’inflation. Parfois, le montant de capacité disponible est représenté dans l’écart de production, le niveau d’utilisation de la capacité ou le taux de chômage. Ces variantes sur la théorie de l’inflation sont collectivement appelées « courbe de Phillips ».

D’un point de vue statistique, le problème est que ces relations ont des antécédents extrêmement variés. La courbe de Phillips constitue une observation empirique plutôt qu’une théorie sur l’inflation. En réalité, ses éléments – des mesures du resserrement du marché du travail ainsi que de l’augmentation de l’inflation et des salaires – sont affectés par la croissance de la monnaie et du crédit, bien que d’autres facteurs jouent également un rôle.

Généralement, lorsque le cycle économique prend de l’expansion, l’emploi augmente (ou le chômage baisse) et l’inflation avance dans les dernières phases du cycle. L’expansion de la masse monétaire constitue le moteur sous-jacent de ces dépenses accrues qui, à leur tour, resserrent le marché de l’emploi et accélèrent l’inflation. Cependant, des facteurs idiosyncrasiques peuvent parfois avoir une incidence sur le chômage et l’inflation, faussant ainsi la courbe de Phillips.

Pourquoi l’accentuation des déficits budgétaires et la courbe de Phillips ne sont-ils donc pas des indicateurs fiables de l’inflation? La raison est que l’inflation et la déflation sont, à la base, des phénomènes monétaires provenant d’un excès de la croissance monétaire pendant une longue période. Bien que la hausse des déficits financiers et la baisse du chômage puissent accompagner une croissance monétaire plus élevée, ces deux éléments ne sont pas nécessaires ou suffisants indépendamment pour créer une hausse durable de l’inflation.

Quand l’inflation augmentera-t-elle?

La croissance de la masse monétaire constitue-t-elle donc un meilleur indicateur de l’inflation au sens large? Bien sûr, la relation entre la masse monétaire et l’inflation fait l’objet de beaucoup de controverse auprès des économistes. Toutefois, lorsque cette théorie est bien comprise et mise en pratique, elle constitue un meilleur indicateur de l’inflation par rapport au déficit financier et à la courbe de Phillips.

Les taux de croissance de la masse monétaire et du crédit et les autres mesures plus générales comme le système bancaire parallèle1 demeurent à des niveaux faibles et n’indiquent pas une hausse considérable du taux d’inflation aux États-Unis. Cela signifie que l’expansion du cycle économique actuel devrait durer plusieurs années avant que la Réserve fédérale ne doive resserrer les taux d’intérêt plutôt que les normaliser.

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