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Kristina Hooper | 14 avril 2021

Les perspectives économiques s’améliorent, mais la COVID jette une ombre au tableau

Boussole hebdomadaire des marchés : Les États-Unis et la Chine mènent la reprise, tandis que les craintes d’une nouvelle vague de virus se multiplient au Brésil et en Inde

La semaine dernière a été écourtée par un jour férié pour de nombreux travailleurs et certains sont de retour au travail après un congé printanier. Voici un résumé des principaux événements dont vous n’avez peut-être pas entendu parler la semaine dernière.

Le FMI a révisé à la hausse ses perspectives économiques

Le Fonds monétaire international (FMI) a tenu un point de presse la semaine dernière pour nous faire part des plus récents changements apportés à ses perspectives économiques mondiales pour cette année. Il s’attend désormais à une croissance de l’économie mondiale de 6 % en 2021, soit le plus fort taux de croissance depuis 1980.1 C’est une révision à la hausse par rapport à son estimation précédente d’octobre dernier, alors qu’il prévoyait une croissance économique mondiale de 5,5 % en 2021.

Cela témoigne de l’optimisme suscité par la découverte et le déploiement de vaccins efficaces ainsi que par les généreuses mesures de relance budgétaires, qui ont déjà un impact positif sur certains pays comme les États-Unis. Il a considérablement révisé ses prévisions de croissance pour l’économie américaine en 2021, qui sont passées de 5,1 % à 6,4 %.1 Le FMI a légèrement relevé ses attentes de croissance économique pour la Chine en 2021, les portant de 8,1 % à 8,4 %.1 L’un des éléments à retenir du point de presse du FMI est que tous les pays n’empruntent pas le même chemin qui mène à la reprise. Les États-Unis et la Chine, les deux plus grandes puissances économiques mondiales, sont en tête, tandis que d’autres pays connaissent une reprise beaucoup plus lente et leur PIB ne reviendra probablement pas au seuil d’avant la pandémie avant 2023.

Les indices PMI de la zone euro montrent des signes d’amélioration

L’indice composé des gestionnaires en approvisionnement (PMI) final de la zone euro pour le mois de mars s’établit à 52,5 points par rapport à 48,8 points en février.2 Que dire de l’indice PMI final du secteur tertiaire pour le mois de mars, qui a grimpé à 49,6 points contre 45,7 points en février.2 Nous avons constaté une amélioration significative dans un certain nombre de pays, dont l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Bien que je ne sois pas étonnée de voir que le secteur manufacturier continue de se redresser, à commencer par la puissance manufacturière allemande, il est à la fois surprenant et encourageant de voir le secteur tertiaire prendre du mieux dans certains pays, malgré la hausse du nombre de cas d’infection à la COVID-19 et les mesures de confinement.

Chris Williamson d’IHS Markit a expliqué ce qui s’est produit dans la zone euro : « Le sondage révèle que l’économie a bien mieux résisté aux récents confinements que ce à quoi beaucoup d’observateurs s’attendaient, grâce à la reprise de la croissance dans le secteur manufacturier et aux signes qui montrent que la distanciation sociale et les restrictions sur les déplacements ont beaucoup moins d’impact sur les entreprises du secteur tertiaire par rapport à la même période l’an dernier. Cette résilience suggère non seulement que les entreprises et leurs clients anticipent des jours meilleurs, mais aussi qu’ils apprennent à vivre avec le virus. »2

C’est une bonne nouvelle, d’autant plus que le déploiement des vaccins dans la zone euro n’est pas à la hauteur des attentes. Bien que je n’entrevoie pas une reprise robuste tant que la COVID-19 n’aura pas été bien maîtrisée, les indices PMI suggèrent que l’économie peut continuer de se redresser, malgré la lenteur de la vaccination et les restrictions plus strictes.

Le procès-verbal de la réunion du FOMC donne l’impression qu’on peut tout avoir

La Réserve fédérale américaine (Fed) a révisé à la hausse ses perspectives économiques, mais a maintenu sa politique monétaire accommodante. Le procès-verbal de la réunion de mars du Federal Open Market Committee (FOMC), qui a été rendu public la semaine dernière, révèle que les prévisions de croissance de l’économie américaine pour 2021 ont — à l’instar de celles du FMI — été révisées à la hausse, soit de 4,2 % à 6,5 %, tandis que celles du taux de chômage ont été révisées à la baisse, à 4,5 % pour 2021 au lieu de 5 %.3 L’optimisme de la Fed découle de la réouverture de l’économie et de l’adoption de nouvelles mesures de relance budgétaires. De plus, la Fed a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation, car elle anticipe une hausse de 2,2 % des dépenses de consommation personnelle en 2021 — il s’agit d’une augmentation substantielle par rapport à sa prévision précédente de 1,8 %.3

À mon avis, ce procès-verbal donne l’impression qu’on peut tout avoir — la Fed qui s’attend à ce que l’économie enregistre une forte croissance — mais qui n’entend pas resserrer sa politique monétaire de manière préventive comme elle l’a souvent fait. La Fed prévoit des perspectives économiques plus reluisantes, mais veut maintenir une politique monétaire très accommodante. Le procès-verbal stipule qu’il faudra « un certain temps avant que les conditions soient réunies pour que le programme d’achat d’actifs soit réduit » et que la Fed s’attend toujours à ce que les taux demeurent autour de zéro jusqu’en 2023.3 Dans ce procès-verbal, la Fed a une fois de plus réitéré son intention de maintenir le statu quo longtemps après 2021 et mentionne que le pic d’inflation qui, selon elle, sera atteint cette année sera passager. Les investisseurs ne pouvaient pas demander mieux de la Fed.

Nous avons eu droit à beaucoup de « Fedspeak »

Nous n’avons pas seulement reçu le compte rendu de la réunion de mars du FOMC la semaine dernière. Nous avons également entendu divers dirigeants de la Fed. Voici les faits saillants :

  • La semaine dernière, le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a déclaré que le nombre de cas d’infection à la COVID-19 est la plus grosse menace qui pèse sur l’économie. Malgré l’optimisme grandissant quant aux perspectives économiques, il a fait la mise en garde suivante à l’égard de la pandémie la semaine dernière : « Étant donné que le nombre de cas est reparti à la hausse, j’inciterais tout le monde à se faire vacciner et à continuer de respecter les mesures de distanciation sociale. Nous ne voulons pas avoir à composer avec une autre épidémie, même si elle risque d’avoir de moins graves conséquences économiques et de tuer moins de personnes, elle va ralentir la reprise. »4
  • Le président de la Fed de St-Louis, James Bullard, a déclaré qu’à son avis, la Fed ne devrait même pas envisager de modifier sa politique monétaire tant que nous n’aurons pas la certitude que la pandémie est terminée. À mon avis, cela risque de retarder davantage le retour à la normale de la politique monétaire, car cela pourrait lier les décisions futures de la Fed à la situation sanitaire.
  • Puis, hier soir, M. Powell a accordé une entrevue à l’émission télévisée américaine « 60 Minutes ». Il a insisté sur le fait que le principal risque pour l’économie est une résurgence de la pandémie. Il a expliqué que les États-Unis sont « à un point d’inflexion » et a ajouté qu’il s’attend à ce que la croissance soit très forte pendant la deuxième moitié de 2021. Un élément important à retenir de cette entrevue est que « la Fed fera l’impossible pour soutenir l’économie aussi longtemps qu’il le faudra pour mener à bien la reprise. »5

Les IPP envoient des signes d’inflation

L’indice des prix à la production (IPP) des États-Unis a augmenté considérablement en mars et a dépassé les attentes. Pourtant, cela n’a eu pratiquement aucune incidence sur les marchés. D’ailleurs, cette hausse de l’IPP n’est pas unique aux États-Unis; la Chine a elle aussi enregistré une forte hausse des prix à la production. À mon avis, il faut s’attendre à ces points de données, ils découlent de la combinaison des effets de base et des problèmes d’approvisionnement à court terme. Cependant, cela ne signifie pas que nous ne voulons pas suivre de près les futures données d’inflation, y compris l’indice des prix à la consommation aux États-Unis cette semaine.

La menace d’une « quatrième vague » plane toujours

Les craintes de la Fed entourant la COVID-19 sont fondées. Le nombre de cas de COVID-19 augmente dans un certain nombre de pays, en particulier au Brésil et en Inde. Bruce Aylward, responsable de l’Organisation mondiale de la santé, a décrit la situation au Brésil en termes sévères : « Ce à quoi vous avez affaire ici, c’est une épidémie qui se répand comme une traînée de poudre. »6 Je crois que les craintes entourant le nombre de cas d’infection, en particulier la montée de la propagation de variants plus contagieux, vont demeurer une source de préoccupation intermittente pour les marchés.

Que s’est-il passé sur les marchés?

La grande nouvelle est que le taux des bons du Trésor américain à dix ans a légèrement diminué la semaine dernière. Cela en a surpris plus d’un, étant donné que les perspectives économiques continuent de s’améliorer, tout comme les attentes d’inflation.

Je crois que plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. Tout d’abord, cela pourrait être une réaction à l’augmentation du nombre de cas d’infection à la COVID-19 dans certaines régions du monde, qui incite les investisseurs à réduire leurs attentes de croissance. De même, tous ces discours sur les hausses d’impôts aux États-Unis soulèvent peut-être un doute sur la possibilité d’une très forte reprise économique. Ou peut-être que les investisseurs commencent enfin à croire la Fed quand elle dit qu’elle ne procédera pas de sitôt à un resserrement de la politique monétaire.

Comme on pouvait s’y attendre, la baisse des taux obligataires a entraîné une rotation sur les marchés boursiers. Dans l’ensemble, les marchés ont enregistré des gains la semaine dernière, mais les valeurs technologiques et d’autres actions à plus forte croissance — ainsi que certaines actions de sociétés à plus grande capitalisation — ont pris la tête au chapitre du rendement. Pour le moment, je m’attends à ce que cette tendance se maintienne, c’est-à-dire une alternance des titres les plus performants liée à la fluctuation du taux des obligations à dix ans. Cela étant dit, je suis de ceux qui anticipent une hausse des taux obligataires cette année. Malgré la baisse enregistrée la semaine dernière, je m’attends à ce que le taux des bons du Trésor américain à dix ans atteigne 2 % ou plus cette année.

Perspectives

On attend beaucoup de statistiques la semaine prochaine, à commencer par les ventes au détail aux États-Unis, le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni et l’enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada. Voici les principaux éléments qui vont retenir mon attention :

  • Ventes au détail de la zone euro. Les indices PMI du secteur tertiaire dont j’ai parlé précédemment montrent que la pandémie et les mesures de confinement ne semblent pas avoir un effet aussi important sur le secteur tertiaire. Ces données devraient aider à confirmer cette théorie.
  • Livre beige. Le « Livre beige » de la Fed regorge de données anecdotiques provenant d’entreprises des différents districts de la Fed. Il brosse le portrait réel de ce que vivent les propriétaires d’entreprises et de ce qui les préoccupent.
  • PIB de la Chine. La Chine a visiblement ouvert la voie à la reprise économique. Cette donnée va nous montrer à quel point elle a dominé au dernier trimestre et quels pans de l’économie ont donné le ton.
  • Période de déclaration des bénéfices. La période de déclaration des bénéfices trimestriels débute cette semaine. De nombreuses entreprises ont abandonné l’idée de donner des indications aux marchés en raison de la pandémie, mais j’espère que nous aurons une meilleure idée de leurs orientations ce trimestre‑ci. Nous allons nous accrocher aux moindres indices.
  • Progrès de la vaccination à l’échelle mondiale. Comme toujours, ma première préoccupation demeure notre capacité à maîtriser la pandémie et la rapidité avec laquelle nous vaccinons les populations joue un rôle crucial. Comme l’a clairement indiqué le président de la Fed, Jay Powell, la pandémie est la plus grosse menace qui pèse sur l’économie cette année. Hier, lorsque je suis allée recevoir ma deuxième dose du vaccin contre la COVID-19, l’assistant du médecin qui a fait l’injection m’a mise en garde de ne pas plastifier ma carte de vaccination. Elle m’a dit tout bonnement ceci : « Vous allez devoir revenir périodiquement pour des rappels. Ce n’est pas fini. » C’est que les variants se propagent, en particulier là où la COVID-19 n’a pas encore été maîtrisée, et qu’ils vont probablement envahir rapidement d’autres régions du monde. Il y a une expression amusante aux États-Unis pour décrire la ville la plus connue pour le jeu et le divertissement en général, mais aussi sans doute la plus décadente qui dit que : « Ce qui se passe à Vegas, reste à Vegas. » Mais il n’en est rien de la pandémie. Ce qui se passe à São Paulo (ou New Delhi ou Paris ou Amsterdam ou Los Angeles) n’y reste pas. Le virus peut se propager partout. Nous devons donc nous soucier de la vaccination à l’échelle mondiale.

1 Source : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale, « Managing divergent recoveries », avril 2021

2 Source : Action Forex, « Eurozone PMI composite finalized at 53.2, increasingly adapted to life with the virus », 7 avril 2021

3 Source : Réserve fédérale américaine, 7 avril 2021

4 Source : Reuters, « Fed policymakers see risk from infections, not inflation »

5 Source : 60 Minutes, 11 avril 2021 6 Source : Reuters, « WHO warns on Brazil COVID-19 outbreak as Bolsonaro blasts Senate inquiry », 9 avril 2021

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Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Marko Geber / Getty

En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

L’indice PMI manufacturier® (indice des gestionnaires en approvisionnement®) de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 3 000 entreprises manufacturières. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce.

L’indice PMI (indice des gestionnaires en approvisionnement) du secteur tertiaire de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 2 000 entreprises privées. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.

L’indice des prix des dépenses de consommation personnelle mesure la variation des prix des biens et services. Les dépenses comprises dans l’indice sont les dépenses réelles des ménages américains.

L’indice des prix à la production (IPP) est compilé par le U.S. Bureau of Labor Statistics et mesure la variation moyenne dans le temps des prix de vente reçus par les producteurs nationaux pour leur production.

L'indice des prix à la consommation (IPC) mesure la variation des prix à la consommation et est compilé par le U.S. Bureau of Labor Statistics. L’indice général des prix à la consommation exclut les prix des aliments et de l’énergie.

Le document Summary of Commentary on Current Economic Conditions de la Réserve Fédérale (le Livre beige) est publié huit fois par année. Chaque banque fédérale de réserve recueille des données anecdotiques sur les conditions économiques dans son district et le Livre beige en fait un résumé par district et par secteur.

Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 12 avril 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes