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Kristina Hooper | 12 décembre 2018

Mettre le repli en perspective

La semaine dernière, les marchés boursiers et les bons du Trésor américain se sont fortement repliés. Au moment où j’écris ces lignes, le repli se poursuit. Cependant, j’ai encore espoir que les marchés boursiers terminent l’année en hausse par rapport au seuil actuel. Et, oui, je crois encore à la possibilité d’une « trêve du temps des fêtes ».

Examinons les causes du repli

Les investisseurs semblent surtout réagir aux préoccupations entourant l’intensification possible de la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine. Tout d’abord, ils se sont aperçus que les négociations sur les échanges commerciaux entre Donald Trump et Xi Jinping lors du sommet du G-20 n’ont pas donné les résultats escomptés. Plus tard dans la semaine, l’arrestation de la directrice financière de Huawei par les autorités canadiennes à la demande des États-Unis a fait augmenter considérablement les craintes d’une détérioration des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Maintenant que la Chine a convoqué les ambassadeurs américains et canadiens à propos de l’arrestation dans le dossier de Huawei et menace de prendre des mesures redoutables, je ne suis pas étonnée de voir que les actifs risqués sont toujours en baisse et que les cours des bons du Trésor sont en hausse.

En arrière-plan, le ralentissement économique mondial suscite également des craintes, ce qui provoque énormément de nervosité et d’appréhension et contribue clairement à fragiliser les marchés boursiers. La semaine dernière, nous avons appris que le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a remis en question la santé de l’économie mondiale, ce qui a fait reculer les marchés boursiers asiatiques. On note des signes d’un léger ralentissement économique mondial, mais pas de récession, dans diverses régions du monde. Par exemple, le produit intérieur brut (PIB) du Japon pour le troisième trimestre a fléchi de 0,6 % en glissement trimestriel selon l’estimation finale, ce qui est inférieur aux prévisions et nettement inférieur aux données préliminaires.1 Le taux de croissance du PIB de la zone euro pour le troisième trimestre a avancé d’à peine 0,2 % en glissement trimestriel, comparativement à un taux moyen de 0,7 % en glissement trimestriel l’année dernière.2

De plus, je crois que le rapport de novembre sur le marché de l’emploi aux États-Unis a accentué les pressions à la baisse sur les actions et les pressions à la hausse sur les bons du Trésor. Non seulement la croissance de l’emploi a été inférieure aux attentes, ce qui a touché une corde sensible, compte tenu de la réaction des investisseurs aux moindres signes de ralentissement économique mondial, mais plus important encore, la croissance des salaires est demeurée relativement élevée, ce qui pourrait limiter la capacité de la Réserve fédérale américaine (Fed) à mettre la pédale douce sur la normalisation des taux d’intérêt en 2019.

Voici trois éléments que les investisseurs doivent garder en tête

1. La relation entre les États-Unis et la Chine va probablement se détériorer, du moins, c’est ce que j’ai toujours cru et utilisé comme scénario de référence et cela ne devrait pas nous surprendre. Cependant, du moins pour le moment, les hausses de tarifs douaniers ont cessé et je crois que c’est tout ce que nous pouvions attendre du sommet du G-20.

2. En soi, la récente augmentation du taux de croissance des salaires aux États-Unis ne suffira pas à empêcher la Fed de ralentir la cadence de la normalisation de la politique monétaire. Autrement dit, je crois que la Fed ne procèdera pas à autant de hausses de taux que prévu l’an prochain et que c’est ce que nous verrons probablement dans les prévisions (les « dot plots ») de la Fed, qui seront rendues publiques après la réunion du Federal Open Market Committee la semaine prochaine. Bien que je m’attende à ce que la Fed aille de l’avant avec une hausse de taux la semaine prochaine, je crois que la politique préconisée par la Fed en 2019 se limitera probablement à deux hausses de taux et ce serait, selon moi, une bonne nouvelle pour les marchés. (Et, tout dépendant des données, la politique préconisée pourrait être rajustée à la baisse dans les prochains dot plots.)

3. Bien que j’anticipe une plus forte volatilité, cela ne signifie pas que les investisseurs à long terme devraient abandonner les actifs à risque. Nous vous avons prévenus il y a longtemps que la volatilité pourrait augmenter avec la normalisation de la Fed. De plus, la turbulence des marchés a été exacerbée par la négociation programmée à l’aide d’algorithmes et par l’utilisation d’instruments dérivés, mais tout cela n’a rien à voir avec les caractéristiques fondamentales.

En conclusion, j’étais beaucoup plus inquiète en août et en septembre que maintenant. À ce moment-là, les évaluations étaient exagérées et je craignais que les investisseurs aient perdu confiance dans les actions depuis le repli de février, ce qui les aurait incités à fuir les marchés boursiers et à développer une « aversion pour le risque » au moindre signe de difficulté. J’avais l’impression que les marchés accordaient trop d’importance aux points positifs et pas assez aux points négatifs, comme la détérioration potentielle des relations commerciales, à leurs risques et périls. Beaucoup de mes craintes se sont concrétisées et, ce faisant, une bonne partie des excès a été éliminée des marchés.

Même si on pourrait certainement assister à une baisse des cours boursiers, je ne crois pas que ce soit le moment pour les investisseurs qui ont un long horizon temporel d’abandonner les actifs à risque. (Je dirais même plus que, selon moi, ce n’est jamais le moment d’agir ainsi parce que les investisseurs ont besoin du potentiel de croissance des actions pour atteindre leurs objectifs de placement, d’autant plus qu’ils choisissent souvent le mauvais moment pour se retirer du marché.) Je vois plutôt ce repli comme une occasion pour les investisseurs qui disposent de liquidités de commencer à dresser leur « liste de souhaits ». Les valeurs technologiques sont un bon exemple; après tout, certains investisseurs n’avaient pas les nerfs assez solides pour investir dans des titres technologiques aux cours auxquels ils se négociaient plus tôt cette année, étant donné la montée spectaculaire de ces titres. Aujourd’hui, selon moi, ces titres se négocient à des cours beaucoup plus raisonnables. Par ailleurs, je crois que les titres des marchés émergents, en particulier dans la région asiatique, sont plus attrayants, étant donné que la Fed va peut-être mettre la pédale douce sur les hausses de taux l’an prochain. Qui plus est, l’indice MSCI marchés émergents a grimpé d’environ 5 % par rapport à son creux de l’automne dernier.3

On dirait que les investisseurs marchent sur des œufs et sont devenus hypersensibles aux mauvaises nouvelles. Cependant, je m’attends à de bonnes nouvelles au cours des prochaines semaines, notamment des « dot plots » plus encourageantes, à défaut d’avoir un répit dans le dossier des tensions commerciales. Par conséquent, je garde espoir que nous assisterons à un léger « redressement des actions favorisé par la trêve du temps des fêtes » d’ici la fin de l’année. Que cela se produise ou non, je pense qu’il est essentiel que les investisseurs qui ont un long horizon de placement et qui se sont fixé des objectifs mettent la turbulence des marchés en perspective et gardent le cap.

Voici les événements à surveiller cette semaine

Voici ce que nous allons surveiller :

1. Vote sur le Brexit. Le parlement était censé voter sur le plan de Brexit proposé par la première ministre britannique, Theresa May, mardi et tout semblait indiquer que la proposition serait rejetée. Cependant, au moment où ce blogue a été rédigé, Mme May a annoncé qu’elle annulait le vote et qu’elle tenterait de négocier un meilleur accord avec l’Union européenne (UE) à quelques mois de la date butoir de mars 2019. Fait à noter, un tribunal de l’UE vient tout juste de rendre sa décision qui dit que le Royaume-Uni peut unilatéralement revenir sur sa décision de quitter l’UE, ce qui va peut-être ouvrir la voie à un deuxième référendum sur le Brexit au Royaume-Uni. C’est peut-être l’option la plus simple à ce stade-ci.

2. Élections en Inde. Les élections qui se tiendront cette semaine dans cinq États indiens sont considérées comme un test décisif du succès que remportera le Premier ministre Narendra Modi lors des élections nationales l’an prochain. Jusqu’ici, les sondages des votants à chaud indiquent un faible taux de popularité de M. Modi et son parti, ce qui augure mal pour les élections de l’an prochain.

3. Réunion de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE est sensée annoncer la fin de son programme d’achat d’actifs à grande échelle. Je continue d’espérer que la BCE va, à tout le moins, envoyer un signal clair disant qu’elle est disposée à remettre en place les mesures d’assouplissement quantitatif au premier signe de détérioration de l’économie de la zone euro.

4. Discours de M. Macron. La France a été secouée par plusieurs semaines de manifestations et le président français, Emmanuel Macron, n’est pas parvenu à calmer le jeu, malgré la révocation de la taxe sur le carburant, tant méprisée. Aujourd’hui, M. Macron prononcera un discours en espérant mettre un terme aux manifestations. Certains disent que le seul moyen d’arrêter les émeutes est que M. Macron démissionne, mais je crois que ce serait extrêmement néfaste pour la France, qui devrait, selon moi, bénéficier de ses projets de réforme.

 

 

 

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1 Source : Secrétariat d’État, 10 décembre 2018
2 Source : Eurostat, 7 décembre 2018
3 Source : Bloomberg, L.P., 10 décembre 2018

Renseignements importants
Toutes les données boursières sont exprimées en dollars américains.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents, peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

Les portefeuilles concentrés dans un secteur en particulier, comme les technologies de l’information, comportent un degré de risque plus élevé et sont plus sensibles à la volatilité des marchés que les portefeuilles plus diversifiés.

Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE en mars 2019 sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.

Les « dot plots » de la Réserve fédérale désignent un graphique que la banque centrale utilise pour illustrer ses perspectives de la trajectoire des taux d’intérêt.

Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.

L’aversion pour le risque fait référence à une variation des cours motivée par un changement de tolérance au risque; les investisseurs se tournent vers des placements moins risqués lorsqu’ils perçoivent le degré de risque comme étant élevé.

L’indice MSCI Marchés émergents est un indice non géré considéré comme représentatif des actions des pays en voie de développement.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 10 décembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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