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Kristina Hooper | 9 juin 2020

Les « pousses vertes » en plein essor nourrissent l’espoir d’une reprise économique

La dernière fois que j’ai utilisé le terme « pousses vertes », c’était à la fin du printemps et à l’été 2009. Comme tout le monde, je cherchais des signes de vie économique après la crise financière mondiale et des indices qui montraient que les États-Unis et d’autres pays développés renaîtraient de leurs cendres, tels un phoenix. Aujourd’hui, 11 ans plus tard, me voilà encore à chercher et à trouver des signes encourageants de reprise aux États-Unis et dans d’autres grands pays développés. Dans mon blogue de cette semaine, je vais me concentrer sur quelques pousses vertes qui ont retenu mon attention ces dernières semaines.

 

États-Unis : Le rapport de mai sur l’emploi est éblouissant, tandis que les constructeurs automobiles signalent un rebond

Commençons par le plus récent rapport sur l’emploi aux États-Unis. Quelle agréable surprise, c’est le moins qu’on puisse dire. La création de 2,5 millions d’emplois non agricoles1 en mai et la baisse du taux de chômage étaient tout à fait inattendues, voire même à couper le souffle.

Il faut savoir qu’il y a une note de bas de page à ce rapport sur l’emploi. Une erreur de classification a abaissé exagérément le taux de chômage. Certains employés en congé forcé, qui auraient dû être classés comme chômeurs, ont été classés à tort comme ayant un emploi. En fait, cela s’est produit en avril et en mai. Si le Bureau de la statistique du travail avait corrigé ces erreurs de classification, il semble que le taux de chômage aurait été de cinq points de pourcentage plus élevé en avril (19,7 % au lieu des 14,7 % déclarés) et de trois points de pourcentage plus élevé en mai (16,3 % au lieu des 13,3 % déclarés).1 La bonne nouvelle est que le rapport sur l’emploi de mai représente tout de même une amélioration très significative par rapport à celui d’avril. Pousses vertes.

Il n’y a pas que le rapport sur l’emploi. Prenez les ventes d’automobiles aux États-Unis, un domaine que beaucoup (y compris moi-même) s’attendaient à trouver dans un état catatonique pendant des mois. En mai, les ventes d’automobiles aux États-Unis se sont nettement améliorées par rapport à avril et, pour de nombreux constructeurs d’automobiles, elles ont été meilleures que prévu. Par exemple, les ventes de voitures Hyundai n’ont baissé que de 12,9 % par rapport à mai 2019; Hyundai a décrit ce résultat comme une « remontée spectaculaire des ventes au détail ».2 Toyota a enregistré une baisse des ventes d’automobiles de 25,7% sur douze mois en mai, une nette amélioration par rapport à avril, alors que Toyota a connu une baisse de 55,7 %.2 Le rebond a été suffisamment marqué pour que le constructeurs d’automobiles américains envisagent même de laisser les usines ouvertes pendant la période de fermeture estivale annuelle.

 

Canada : Le taux de création d’emplois rebondit en mai

Le rapport sur l’emploi fait état de pousses vertes au Canada. En mai, 290 000 emplois ont été créés et le nombre d’heures travaillées a augmenté de 6,3 %.3 Bien que le taux de chômage soit passé de 13,0 % à 13,7 %3, cela indique simplement que davantage de gens cherchent activement un emploi. Le Québec compte une forte proportion des emplois créés, étant donné qu’il a amorcé son déconfinement plus tôt.

 

Europe : L’activité dans les secteurs manufacturier et tertiaire a augmenté en mai

On trouve aussi des pousses vertes en Europe, qui, selon mes estimations, ont environ deux ou trois semaines d’avance sur les États-Unis au chapitre de la reprise. Le résultat final de l’indice composé des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la zone euro pour le mois de mai s’établit à 31,9 points, une nette amélioration par rapport au résultat de 13,6 points pour le mois d’avril.4 Les indices manufacturier et tertiaire ont tous deux commencé à s’améliorer. L’indice PMI manufacturier est passé de 33,4 points en avril à 39,4 points en mai. L’indice PMI du secteur tertiaire est passé de 12,0 points en avril (un résultat désastreux qui reflétait la nature de cette crise qui a provoqué une paralysie généralisée du secteur tertiaire) à 30,5 points en mai.4

 

Chine : Les indicateurs économiques continuent d’augmenter

Nous avons bien sûr constaté une remontée des statistiques économiques chinoises ces derniers mois. Cela n’a rien d’étonnant puisque la COVID-19 est apparue d’abord en Chine et, grâce aux mesures efficaces mises en place pour contrôler le virus, la Chine a déjà aboli les mesures de confinement très strictes imposées en mars (la plupart des statistiques économiques chinoises ont atteint le creux de la vague en février). L’indice PMI manufacturier privé généralisé Caixin de la Chine se chiffrait à 50,7 points en mai, contre 49,4 points en avril.5 L’indice PMI non manufacturier s’établissait à 55,0 points en mai, par rapport à 44,4 points en avril.5 Divers indicateurs, y compris la pollution, malheureusement, montrent que la Chine a amorcé une forte reprise.

Je m’en voudrais de passer sous silence le problème qui touche le secteur manufacturier en Asie. Ce secteur est en perte de vitesse parce que les économies occidentales qui accusent un retard sur l’Asie sur le plan de la reprise achètent moins de produits fabriqués en Asie. La Corée du Sud figure parmi les pays qui ont été les plus durement touchés par ce phénomène, son indice PMI manufacturier pour le mois de mai se chiffre à 41,3 points, un recul par rapport aux 41,6 points du mois d’avril.6 En Chine, l’indice PMI manufacturier officiel témoigne aussi de cet impact : il a fléchi à 50,6 points en mai, par rapport à 50,8 points en avril.7 Cependant, je m’attends à ce que le secteur manufacturier de l’Asie aille en s’améliorant (le mois de mai devrait être le pire), puisque les économies occidentales reprennent du poil de la bête.

 

Conclusion

J’en conclus que malgré la férocité de la pandémie et le ralentissement marqué de l’activité économique qu’elle a provoqué, la reprise semble s’accélérer dans un certain nombre de grandes puissances économiques. Jusqu’à présent, la politique budgétaire y a contribué. Par exemple, la création d’emplois aux États-Unis et au Canada est probablement en grande partie attribuable au Paycheck Protection Program (PPP) aux États-Unis et à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) au Canada.

Voici où réside le problème. Certains décideurs examineront les résultats récents et concluront que les mesures de relance budgétaire ne sont plus nécessaires. Au contraire, je pense que les récentes statistiques économiques prouvent que des mesures de relance budgétaire s’imposent. Les paiements versés dans le cadre de la PCU durent actuellement un maximum de quatre mois, ce qui signifie que les personnes qui ont commencé à recevoir des paiements en avril n’en recevront pas après juillet; les versements de PPP durent huit semaines (autrement dit, les prêts PPP sont actuellement entièrement effacés si les entreprises gardent leurs employés sur la liste de paie pendant seulement huit semaines). De plus, le point décevant du rapport sur l’emploi aux États-Unis vise les emplois gouvernementaux. Je crois que c’est un signe du stress que subissent les États et les municipalités; sans le soutien budgétaire du gouvernement fédéral américain, nous assisterons probablement à d’autres pertes d’emplois.

L’UE est consciente que davantage de mesures de relance budgétaire sont nécessaires, d’où la récente proposition de soutien budgétaire substantiel malgré l’amélioration des statistiques économiques. De son côté, la Chine prévoit adopter d’autres mesures de relance budgétaire même si les statistiques économiques s’améliorent. Bref, il m’apparaît évident que les mesures de relance budgétaire doivent être maintenues sinon la situation économique pourrait se détériorer rapidement. Qui plus est, les économies doivent se préparer à l’éventualité d’une deuxième vague d’infection. Les programmes de relance budgétaire devraient être en attente, prêts à être déployés ou augmentés afin de contrer une nouvelle paralysie. Jusqu’ici, la plupart des grandes puissances économiques ont été agiles et généreuses dans leur relance budgétaire; qui doit continuer, sans quoi les pousses vertes pourraient rapidement flétrir et mourir.

 

 

 

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Renseignements importants

1 Source : Bureau américain de la statistique du travail, 5 juin 2020

2 Source : CNBC.com, « U.S. auto sales rebound somewhat from dismal April as states lift coronavirus restrictions », 2 juin 2020

3 Source : Statistique Canada, 5 juin 2020

4 Source : IHS Markit, 3 juin 2020

5 Source : Caixin, IHS Markit, 1er juin 2020

6 Source : IHS Markit, 1er juin 2020

7 Source : National Bureau of Statistics (Chine), 1er juin 2020

Renseignements importants

Image d’en-tête du blogue : Crédits : Carolyn Lagattuta / Stocksy

L’indice composé PMI (indice des gestionnaires en approvisionnement) de la zone euro® est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 5 000 entreprises des secteurs manufacturier et tertiaire. Les données nationales du secteur manufacturier sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la République d’Irlande et la Grèce. Les données nationales du secteur tertiaire sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.

L’indice PMI® manufacturier généralisé Caixin de la Chine est compilé par IHS Markit à partir des réponses à un questionnaire envoyé à un panel d’environ 500 gestionnaires en approvisionnement d’entreprises privées et de sociétés d’état du secteur manufacturier.

L’indice PMI® manufacturier IHS Markit de la Corée du Sud est compilé par IHS Markit à partir des réponses à un questionnaire mensuel envoyé à un panel d’environ 400 gestionnaires en approvisionnement d’entreprises du secteur manufacturier.

Le Paycheck Protection Program est un programme de prêts de la Small Business Administration des États-Unis destiné à aider les entreprises à conserver leur main-d’œuvre pendant la crise de la COVID-19.

La Prestation canadienne d’urgence (PCU) procure un soutien financier aux employés et aux travailleurs autonomes canadiens qui sont directement touchés par la COVID-19.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 8 juin 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.