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Matt Peden | 29 décembre 2016

Les raisons pour lesquelles les banques européennes sont si peu attrayantes

Notre fonds commun de placement axé sur l’Europe s’est constamment abstenu de faire des placements dans le secteur financier européen. Pourquoi? Les banques et les sociétés d’assurance européennes ne satisfont généralement pas à nos mesures d’une entreprise de qualité – en se basant sur nos recherches, nous considérons que leurs profils de croissance et leurs taux de rendement du capital investi sont moins élevés, et elles proposent en général des produits non différenciés. Nous nous distinguons grandement de l’indice à cet égard et en tant qu’investisseur à fortes convictions, j’en suis bien aise.

Pourquoi considérons-nous les banques européennes comme des placements peu attrayants? Examinons la question de plus près.

Comparaison de banques : Europe versus États-Unis

Pour montrer les différences entre les niveaux de capital déclaré et l’effet de levier sous-jacent dans les banques européennes et américaines, faisons la comparaison entre les ratios des fonds propres de première catégorie sous forme d’actions ordinaires (CET 1) déclarés et les niveaux de levier1 sous-jacents (fonds propres divisés par les actifs1) de deux grandes banques d’investissement européennes de classe mondiale, Deutsche Bank et Société Générale (SocGen) avec ceux de deux banques américaines comparables, JPMorgan Chase et Goldman Sachs. En quoi consiste le ratio CET 1? Simplement dit, c’est une mesure fréquemment utilisée pour évaluer la solidité financière d’une banque – il établit la comparaison entre les fonds propres consolidés de base d’une banque et son actif total pondéré en fonction du risque total. Je passerai en revue cette mesure ici ainsi que le levier financier des banques.

À la fin de 2015, ces quatre banques avaient déclaré des ratios CET 1 quasiment identiques selon les directives des accords de Bâle III2 – Deutsche Bank, SocGen, JPMorgan et Goldman Sachs avaient déclaré 11,1 %, 10,9 %, 11,6 % et 11,7 %, respectivement. Cependant, elles ont des niveaux de levier financier complètement différents basés sur l’actif3 divisé par les fonds propres tangibles. Deutsche Bank, SocGen, JPMorgan et Goldman Sachs ont affiché des niveaux de levier financier de 18,9, 19,3, 13,5 et 12,1, respectivement.

Pourquoi est-ce que toutes les quatre banques déclarent des ratios CET 1 comparables, tandis que les deux banques européennes affichent des degrés de levier sous-jacent considérablement plus élevés en comparaison de banques américaines équivalentes? La différence est notable – Deutsche Bank exerce ses opérations avec un levier supérieur de 40 % et de 57 % à celui de JPMorgan et de Goldman Sachs, respectivement, et SocGen exerce ses activités avec un levier supérieur de 43 % et de 60 % à celui de JPMorgan et de Goldman Sachs, respectivement.4

Cette différence est due au fait que les banques européennes attribuent à leur actif des pondérations de risque nettement moins élevées lorsqu’elles calculent leurs ratios de fonds propres CET 1. L’actif de Deutsche Bank et de SocGen est-il pour autant plus en sécurité que celui de JPMorgan et de Goldman Sachs? À mon avis, cette assertion est extrêmement invraisemblable. Toutes les quatre institutions exercent leurs opérations de la même manière que les grandes banques d’investissement mondiales, mais à mon avis la culture d’entreprise et les pratiques de gestion du risque de JPMorgan et de Goldman Sachs sont généralement reconnues dans le secteur comme étant plus sûres que celles de Deutsche Bank et de SocGen.

Si les différences dans le risque lié à l’actif expliquent les incohérences dans les pondérations de risque appliquées aux banques européennes et américaines, pourquoi y a-t-il une différence aussi considérable?

Bâle II A-IRB – qu’est-ce que c’est et que signifie-t-il?

Depuis 2007, les banques européennes ont adopté la méthode de notation interne avancée (méthode IRB avancée ou « A-IRB ») des accords de Bâle II qui leur permettait de créer et d’utiliser leurs propres modèles internes pour déterminer les pondérations de risque attribuées aux actifs qu’elles possédaient. Donner aux banques européennes la latitude de fixer leurs propres pondérations de risque sur leurs propres actifs au moyen de modèles complexes et opaques équivalait à leur permettre de noter elles-mêmes leurs résultats.

Les principaux organismes de réglementation américains, en revanche, ont affiché beaucoup de scepticisme à l’égard de cette méthode qui permettait en fait aux banques de déterminer le caractère risqué de leurs propres actifs compte tenu de la tentation inhérente que les banques auraient à sous-estimer leurs pondérations de risque afin de rehausser le niveau de leur capital déclaré et du rendement de leurs fonds propres. Conscients des limites de n’importe quel cadre d’adéquation des fonds propres, les organismes de réglementation américains ont maintenu le ratio de levier financier (basé sur un simple calcul des fonds propres par rapport aux actifs) pour servir de plancher minimum pour les niveaux de capital, ce qui est plus difficile à contourner.

Par exemple, Sheila Blair, ancienne directrice de la société fédérale d’assurance dépôts des États-Unis (FDIC), a mentionné dans son livre, Bull by the Horns: Fighting to Save Main Street from Wall Street and Wall Street from Itself, la remarquable expansion du levier financier des banques européennes à la suite de l’adoption de la méthode A-IRB et ses efforts pour maintenir le ratio de levier financier. En outre, Daniel Tarullo, membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Fed) et personne-ressource de la Fed pour ce qui concerne la réglementation financière, a exposé dans son livre, Banking on Basel: The Future of International Financial Regulation, les problèmes liés à la méthode A-IRB.

En raison de l’influence de ces membres des organismes de réglementation, les États-Unis ont reporté et n’ont jamais vraiment mis en œuvre la méthode A-IRB. Le levier financier ainsi que les limites rigoureuses appliquées aux pondérations de risque par rapport aux actifs ont abouti en général à des niveaux de capital plus prudents parmi les banques américaines.

Pour résoudre la question récurrente de la suffisance du capital du système bancaire européen, il faut que les organismes de réglementation abandonnent la méthode A-IRB, adoptent et appliquent un ratio de levier financier satisfaisant et obligent les banques européennes à lever le capital nécessaire pour satisfaire à ces exigences plus élevées en matière de capital. Cependant, même si les réformes réglementaires susmentionnées étaient mises en œuvre, il se pourrait que les modèles de gestion de nombreuses banques européennes ne soient pas viables pour ce qui est de la production d’un rendement des fonds propres supérieur à un coût du capital raisonnable dans un contexte de niveaux de capital plus élevés et de taux d’intérêt obstinément bas.

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1 Le recours au levier est l’utilisation de capital emprunté, comme une marge ou d’autres instruments financiers, afin de rehausser le rendement potentiel d’un placement.

2 Bâle III est une série de mesures réglementaires, mises au point par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, visant à renforcer la réglementation, la supervision et la gestion du risque dans le secteur bancaire.

3 Rajusté en fonction des différences dans le traitement des conventions-cadres de compensation et le nantissement en espèces conformément aux normes internationales d’information financière (IFRS) et aux principes comptables généralement reconnus (PCGR) de manière à ce que les chiffres bancaires européens et américains soient comparables.

4 Toutes les données financières propres à chacune des sociétés sont tirées de leur rapport annuel 2015. Ces données sont en date du 31 décembre 2015.

Matt Peden est vice-président et gestionnaire de portefeuille à Invesco Advisers, Inc., qui agit à titre de sous-conseiller pour le compte de certains fonds d'Invesco Canada Ltée.