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Kristina Hooper | 22 juillet 2020

« L’omniprésence de l’État » se fait de plus en plus sentir, à mesure que les cas de virus aux États-Unis se multiplient

J’ai vu un bout d’un film de James Bond « Casino Royale » à la télévision en fin de semaine et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un aspect qui ne m’avait jamais effleuré l’esprit auparavant, à savoir les dépenses gouvernementales astronomiques nécessaires pour financer les missions de l’agent 007. Après tout, ce type n’est pas indépendant de fortune. Imaginez si les contribuables britanniques devaient vraiment financer les gadgets au coût faramineux, les montres hors de prix, les VUS de luxe, les chambres d’hôtel inabordables, sans oublier une généreuse allocation de jeu. Si James Bond était une vraie personne, et surtout s’il était Américain, n’y aurait-il pas de vives protestations contre lui, le dénigrant comme le porte-étendard de « l’omniprésence de l’État »? Peut-être. Mais il y a un élément important qu’il faut toujours garder à l’esprit : ses missions ont souvent résolu des crises, ce qui lui vaut l’admiration de la plupart des gens. Dans la vraie vie, tout comme dans ces films, il faut souvent un État omniprésent pour résoudre les gros problèmes.

Pas besoin de chercher loin, il suffit de penser à la crise financière mondiale et à l’intervention historique du gouvernement fédéral pour secourir l’économie. Même les autorités qui s’opposent habituellement à l’omniprésence de l’État ont compris que l’ampleur du défi nécessitait une intervention musclée. Cela me rappelle la désormais célèbre citation du président du conseil de la Réserve fédérale américaine de l’époque, M. Ben Bernanke, qui a dit : « Il n’y a pas plus d’athées dans les tranchées que d’idéologues dans les crises financières. »1

Bien que la crise actuelle soit d’abord et avant tout de nature sanitaire, elle a énormément de ramifications financières. Par conséquent, je doute fort qu’une autre injection de mesures de relance budgétaire suscite beaucoup de plaintes, surtout aux États-Unis, qui ne sont pas parvenus à contenir la propagation de la COVID-19, contrairement aux autres grandes puissances économiques comme l’UE, le Royaume-Uni et la Chine. Malgré l’amélioration des statistiques économiques, il est évident qu’une aide supplémentaire s’impose.

Comme je le disais la semaine dernière, les États-Unis se trouvent dans une situation très différente de la Chine, qui a réussi à contrôler le virus. La semaine dernière, les États-Unis ont établi un nouveau record quotidien de plus de 75 000 nouveaux cas de coronavirus.2 L’augmentation du nombre de cas d’infection aux États-Unis pourrait entraîner une application plus rigoureuse des protocoles (c’est-à-dire l’annulation de certaines réouvertures) et inciter les ménages à se mettre volontairement en quarantaine, deux facteurs qui risquent de retarder la reprise très récente de l’activité économique aux États-Unis. On est loin du portrait de la Chine, où le produit intérieur brut du deuxième trimestre indique l’amorce d’une reprise économique : le virus a été contrôlé et les mesures de confinement ont été levées. De plus, la Chine a multiplié les mesures de relance budgétaire. Et, parce qu’elle est parvenue à éradiquer le virus, la Chine a tous les outils nécessaires pour gérer la moindre résurgence, y compris l’éventualité tant redoutée d’une deuxième vague plus tard cette année.

Les États-Unis pourraient adopter un nouveau programme de relance
Les États-Unis semblent sur le point d’adopter des mesures d’aide supplémentaire. De plus en plus d’analystes s’accordent à dire que le prochain programme de relance budgétaire pourrait dépasser les mille milliards de dollars, tandis que les faucons budgétaires américains semblent disparaître au même titre que les désormais célèbres athées dans les tranchées.3 Le fait que le pays soit en année électorale n’est évidemment pas étranger à tout cela. Ce programme de relance inclura probablement d’autres mesures de soutien aux travailleurs (quoique plus modestes), des chèques pour les ménages à faible revenu et du financement pour les États et les municipalités. (Je tiens à faire une mise en garde : cet éventuel programme de relance n’est pas un fait accompli étant donné que le président Donald Trump a menacé de lui opposer son veto s’il n’inclut pas de baisse d’impôt sur la masse salariale.)

Même si ce programme sera loin d’être aussi généreux que le programme HEROES de 3 mille milliards de dollars adopté par la Chambre des représentants en mai, je pense que c’est un pas dans la bonne direction. Je m’attends à ce que les États-Unis tombent dans un cercle vicieux où, tous les mois ou deux, le Congrès devra adopter un nouveau programme de relance pour maintenir l’économie à flot, surtout si le pays ne parvient pas à aplatir « la courbe ».

Les essais sur les vaccins vont bon train et il est de plus en plus évident que le port du masque est efficace
Nous avons également appris de bonnes nouvelles dans le domaine de la santé. La semaine dernière, un rapport préliminaire publié dans le New England Journal of Medicine a révélé que les essais cliniques de phase 1 d’un vaccin développé par Moderna ont généré des anticorps chez tous les cobayes.4 Ceux qui ont reçu deux doses du vaccin ont développé des seuils d’anticorps neutralisants plus élevés que la moyenne observée sur les personnes auxquelles on a administré du sérum de convalescents (c’est-à-dire le sérum prélevé sur des personnes qui se sont rétablies d’un cas confirmé du nouveau coronavirus). On ignore si cela crée une immunité à plus long terme, mais les cobayes continueront d’être suivis pour mesurer la présence d’anticorps et nous en saurons plus avec le temps.

Les informations rendues publiques la semaine dernière par les Centers for Disease Control and Prevention concernant deux coiffeurs de Springfield, au Missouri, sont tout aussi importantes, mais elles n’ont pas retenu l’attention de Wall Street.5 Ces coiffeurs étaient porteurs du virus de la COVID-19 et étaient symptomatiques, ce qui leur permettait de transmettre plus facilement le virus et, en mai dernier, ils ont malgré tout continué à couper les cheveux de leurs clients (139 au total). Pourtant, aucun cas secondaire symptomatique n’a été signalé par suite de ces contacts; des 67 clients qui se sont portés volontaires pour subir un test de dépistage de la COVID-19, tous ont été déclarés négatifs. Un élément important à souligner : les coiffeurs et les clients portaient tous des masques pendant les coupes de cheveux.

Perspectives
Pour moi, le message est clair : Le port du masque peut favoriser la reprise de l’activité économique et potentiellement éviter le retour aux mesures strictes de confinement qui ont pratiquement stoppé toute activité économique plus tôt cette année. À mon avis, il s’agit d’une mesure simple qui peut promouvoir à la fois la santé publique et la santé des actions américaines. Voyez cela comme un genre de vaccin en tissu.

À plus long terme, je crois que les marchés boursiers bénéficieraient de l’adoption d’un nouveau programme de relance, même s’il ne représente qu’une fraction de ce qu’aurait été la loi HEROES. En pareilles circonstances, malgré un déficit budgétaire colossal qui va en augmentant, je pense que l’omniprésence de l’État est probablement une bonne nouvelle pour les marchés boursiers. Cependant, je tiens à ajouter que je m’inquiète du retour du risque lié à l’intensification des tensions entre les États-Unis et la Chine. La semaine dernière, le procureur général William Barr a été très provocateur dans un discours qu’il a prononcé au Michigan, accusant la Chine d’avoir déclenché une « guerre-éclair économique » contre les États-Unis.6 Au même moment, le président Trump a signé un décret qui prévoit l’imposition de sanctions contre les autorités chinoises et le retrait de Hong Kong de la liste des partenaires commerciaux privilégiés.7 La Chine pourrait prendre des mesures de représailles, ce qui risque de miner la confiance des investisseurs à l’égard des marchés boursiers mondiaux. Nous allons suivre la situation de près.

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1 Source : The New York Times, « A Professor and a Banker Bury Old Dogma on Markets », 20 septembre 2008

2 Source : Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis

3 Source : CNBC : « Nancy Pelosi says coronavirus aid bill will cost at least $1.3 trillion, but ‘that’s not enough’ », 16 juillet 2020

4 Source : New England Journal of Medicine, « An mRNA Vaccine against SARS-CoV-2 — Preliminary Report », 14 juillet 2020

5 Source : Centers for Disease Control and Prevention, « Absence of Apparent Transmission of SARS-CoV-2 from Two Stylists After Exposure at a Hair Salon with a Universal Face Covering Policy — Springfield, Missouri, May 2020 », 17 juillet 2020

6 Source : CNBC, « AG Barr slams U.S. tech companies for becoming ‘pawns of Chinese influence’ », 16 juillet 2020

7 Source : NBC News, « Trump signs Hong Kong sanctions bill, announces executive order in escalation with China », 14 juillet 2020

Renseignements importants
Image d’en-tête du blogue : Tempura / Getty

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur au 20 juillet 2020. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.