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Kristina Hooper | 31 août 2021

M. Powell rassure les marchés en disant que la Fed ne précipitera pas les hausses de taux

Le retrait graduel des achats d’actifs de la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait commencer cette année, mais cela ne signifie pas que des hausses de taux doivent suivre aussitôt. Kristina Hooper analyse l’allocution du président du conseil de la Fed, Jay Powell, à Jackson Hole qui a apaisé les marchés.

La semaine dernière, au beau milieu du mois d’août, la Réserve fédérale de Kansas City a tenu le symposium annuel de Jackson Hole. Véritable signe des temps, le symposium ne s’est pas réellement tenu à Jackson Hole cette année, tel que prévu à l’origine; il a eu lieu virtuellement. Cela montre bien que la situation n’est pas revenue à la normale.

Certains dirigeants de la Fed ont adopté un ton belliciste

À l’approche de l’allocution du président du conseil de la Fed, Jay Powell, plusieurs dirigeants de la Fed ont insisté sur le fait que le retrait graduel des achats d’actifs doit commencer bientôt. La présidente de la Réserve fédérale de Kansas City, Esther George, a dit espérer que la Fed amorcera le retrait graduel des achats d’actifs sous peu. Le président de la Réserve fédérale de Dallas, Robert Kaplan, a demandé que le retrait graduel des achats d’actifs soit annoncé au plus tard en septembre et débute en octobre ou peu de temps après. Les propos les plus surprenants – et les plus bellicistes – sont ceux du président de la Réserve fédérale de St. Louis, James Bullard.

M. Bullard a dit craindre que l’expansion du bilan de la Fed crée une bulle immobilière. Il a déclaré que le processus de retrait graduel des achats d’actifs devrait être terminé d’ici la fin du premier trimestre. De plus, il a exprimé de sérieuses inquiétudes concernant l’inflation; il semble douter que l’inflation soit réellement passagère et a fait valoir que d’ici mars 2022, la Fed serait en mesure d’évaluer si la hausse de l’inflation a diminué. Il a laissé entendre que si la hausse de l’inflation n’a pas diminué, la Fed allait devoir « prendre le taureau par les cornes », ce qui, je suppose, signifierait des hausses de taux plus tôt que prévu. Évidemment, ces propos bellicistes ont secoué les marchés.

Les propos de M. Powell ont calmé les marchés

Ensuite est venu le tour de M. Powell et les marchés ont poussé un soupir de soulagement. Il est vrai que la situation n’est vraiment pas revenue à la normale et M. Powell l’a clairement indiqué. Il a admis que le rythme de la reprise a dépassé les attentes (et a été beaucoup plus rapide qu’après la Grande Récession), même la création d’emplois a été plus rapide que prévu.

Cependant, il a souligné la nature inhabituelle de la reprise, qui, selon ses dires, est « historiquement anormale », notamment parce que les revenus personnels ont en fait augmenté. Il a déclaré que bien que les conditions de travail se soient considérablement améliorées, le marché du travail demeure « turbulent ». Et bien sûr, il a souligné que la reprise économique est menacée par la résurgence de la pandémie.

M. Powell a également souligné l’inégalité de la reprise économique, affirmant que les Américains les moins capables de porter le fardeau de la pandémie sont ceux qui ont été le plus durement touchés. Il a précisé que le secteur tertiaire a été touché de manière disproportionnée, notant que le nombre total d’emplois “est désormais inférieur de 6 millions au seuil de février 2020 et que, de ce nombre, 5 millions proviennent du secteur tertiaire, qui tourne encore au ralenti ».1

Un retrait graduel des achats d’actifs plus doux et rassurant

Mme George et messieurs Kaplan et Bullard ont adopté une position plus belliciste, tandis que M. Powell a offert une vision plus douce et rassurante du retrait graduel des achats d’actifs. Il a admis que le test des « progrès significatifs » à l’égard de l’inflation a été réussi, mais n’a pas annoncé le début du retrait graduel des achats d’actifs, ni même laissé entendre qu’il sera annoncé au plus tard en septembre.

Il a admis qu’à la réunion de juillet du Federal Open Market Committee (FOMC), la plupart des membres étaient persuadés qu’il vaudrait mieux procéder au retrait graduel des achats d’actifs dès cette année. Et il a reconnu qu’au cours du mois qui a suivi la dernière réunion du FOMC, il y a eu encore des progrès sur le plan économique, mais aussi que le variant Delta de la COVID-19 a continué de se propager.

J’en déduis que le retrait graduel des achats d’actifs sera probablement annoncé bientôt, mais que M. Powell aimerait se garder une certaine marge de manœuvre, compte tenu de l’incertitude liée à la COVID.

M. Powell m’a semblé plus certain de son évaluation en ce qui a trait au caractère passager de l’inflation. Il a présenté des arguments convaincants pour soutenir ce point de vue, soulignant en particulier que les anticipations d’inflation à plus long terme demeurent bien ancrées. À mon avis, cela donne de la crédibilité à sa position plus conciliante.

L’élément à retenir : un « découplage volontaire »

M. Powell a puisé dans sa Gwyneth Paltrow intérieure pour affirmer que les hausses de taux sont découplées du retrait graduel des achats d’actifs. Autrement dit, il a laissé entendre que nous ne devrions pas nous attendre à ce que les hausses de taux commencent simplement parce que le retrait graduel des achats d’actifs a pris fin.

Il a affirmé que les hausses de taux sont assujetties à un test différent et beaucoup plus strict, à savoir quelles ne débuteront pas : « tant que l’économie n’aura pas atteint des conditions compatibles avec le plein emploi et qu’elle ne sera pas en voie d’atteindre un taux d’inflation qui pourra se maintenir aux environs de 2 %. »1 C’est, selon moi, l’élément clé à retenir de son allocution, étant donné que les marchés semblent beaucoup plus préoccupés par le début des hausses de taux que par le début du retrait graduel des achats d’actifs.

À surveiller

Tous les yeux seront rivés sur le rapport sur l’emploi du mois d’août, attendu à la fin de cette semaine. La rumeur dit qu’on pourrait assister à une véritable explosion, soit la création de plus de un million d’emplois non agricoles. Si c’est le cas, je pense que la Fed sera encore plus à l’aise d’annoncer le retrait graduel des achats d’actifs en septembre et d’amorcer le processus en octobre.

À plus long terme, des questions se posent à savoir si M. Powell sera reconduit en tant que président du conseil de la Fed. Bien que je soupçonne qu’il y ait un peu de grogne de la part des membres plus radicaux des deux côtés de la chambre du Congrès, je miserais sur sa reconduction. Une chose est sûre, la spéculation entourant sa reconduction et l’avenir des vice-présidents (celui du vice-président et du vice-président chargé de la supervision) occupera certains observateurs des marchés au cours des prochains mois.

1 Source : Réserve fédérale américaine, transcription de l’allocution de Jerome Powell, « Monetary Policy in the Time of COVID », 27 août 2021

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Image d’en-tête du blogue : P_Wei / Getty

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Le retrait graduel des achats d’actifs désigne la diminution progressive des activités de la banque centrale visant à contrer une piètre conjoncture économique.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 30 août 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.