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Kristina Hooper | 4 mai 2021

Marché boursier en mode « PMH »

Boussole hebdomadaire des marchés : Parfois, les bonnes nouvelles économiques nuisent aux actions. Voici pourquoi je pense que c’est le cas en ce moment.

La semaine dernière, les marchés ont réellement vécu un épisode de « PMH », alors que les marchés boursiers américains ont fait fi des annonces de bénéfices élevés. Certaines entreprises de prestige ont dévoilé d’excellents résultats et, jusqu’ici, 86 % des sociétés de l’indice S&P 500 ont obtenu des résultats supérieurs aux attentes des marchés, alors que 60 % des sociétés de l’indice ont divulgué leurs résultats.1 Malgré ces excellents résultats, l’indice S&P 500 a ni plus ni moins fait du surplace. Qu’on se le dise, les États-Unis sont dans une conjoncture « PMH » : Politique monétaire dominante, Mérite et Hésitation. Par conséquent, il se peut que les bonnes nouvelles n’aient pas beaucoup d’impact sur les marchés. Laissez-moi vous expliquer :

  • Politique monétaire dominante. La remontée des marchés boursiers s’est amorcée parce que la Réserve fédérale américaine (Fed) est intervenue et a adopté des mesures d’assouplissement monétaire extraordinaires. Comme ce fut le cas lors de la crise financière mondiale, je crois que l’intervention de la Fed a faussé les profils de risque et de rendement des catégories d’actifs, ainsi que des marchés en général. Lorsque la politique monétaire est extrêmement accommodante, les investisseurs sont plus enclins à applaudir les nouvelles décevantes et à huer les bonnes nouvelles parce qu’ils veulent que la politique monétaire accommodante reste en place. Or, une politique monétaire dominante comporte certains risques, notamment celui que les marchés boursiers deviennent extrêmement dépendants d’une politique monétaire très accommodante. Rien qu’évoquer l’idée de commencer à réduire le soutien monétaire risque de perturber les marchés ne serait-ce qu’à très court terme. On n’a qu’à penser à l’épisode de « taper tantrum » survenu en 2013 (alors que la Fed a retiré son programme d’assouplissement quantitatif, ce qui a provoqué une hausse des taux et une chute des cours boursiers et obligataires.
  • Mérite. À mon avis, les investisseurs ne sont tout simplement pas surpris par les bénéfices explosifs d’un certain nombre de sociétés de premier plan. J’irais même jusqu’à dire qu’ils ont l’impression d’avoir mérité tous ces rapports d’excellents bénéfices. Comme je le disais plus tôt, 60 % des sociétés de l’indice S&P 500 ont déclaré leurs bénéfices pour le premier trimestre et 86 % d’entre elles ont dépassé les estimations.1 Qui plus est, ces bénéfices ont « devancé » les attentes plus qu’un peu. L’avance moyenne est de 22,8 % par rapport aux estimations, ce qui se compare très avantageusement à la moyenne sur cinq ans, qui est de 6,9 %.1
  • Le comportement des marchés boursiers la semaine dernière me porte à croire que ces excellents bénéfices trimestriels étaient déjà escomptés et je crois que les résultats du prochain trimestre devront être encore meilleurs pour que l’élan se maintienne. Cela dit, je tiens à ajouter que je ne suis pas inquiète, car je m’attends à de meilleures surprises encore au deuxième trimestre. Comme l’a mentionné le PDG d’Apple, Tim Cook, la semaine dernière, l’augmentation des ventes, surtout en Chine, reflète « l’optimisme que les consommateurs semblent ressentir à l’égard de jours meilleurs pour nous tous ».2
  • Hésitation. Les marchés boursiers restent sur leurs gardes. Après tout, les cours boursiers se sont déjà fortement redressés et les investisseurs craignent que cette formidable conjoncture ne dure pas, car la dette publique augmente et on prévoit des hausses d’impôts. Cette prudence est également due au fait que la conjoncture dépend de la politique monétaire, car une inflation persistante pourrait être imminente, ce qui forcerait la Fed à retirer le bol à punch (comme la Banque du Canada a déjà commencé à le faire). Par exemple, la semaine dernière, les prix du bois d’œuvre ont monté en flèche. Et, ce n’est pas un cas isolé; les prix de nombreux matériaux sont en hausse. Or, jusqu’à présent, nous n’avons vu aucune augmentation spectaculaire de l’inflation et je reste optimiste que toute augmentation de l’inflation sera passagère et provoquée par une poussée des dépenses alors que l’économie rouvre et accélère de nouveau, mais que les dépenses vont finir par revenir à la normale. La semaine dernière, nous avons également eu le sentiment qu’il pourrait y avoir des fissures dans l’unité des membres du Federal Open Market Committee (FOMC) : le président de la Fed de Dallas, Robert Kaplan, a déclaré qu’il voyait « des excès et des déséquilibres sur les marchés financiers »3, ce qui laisse entendre que le moment est venu pour la Fed d’aborder la question de la réduction de son programme d’achat d’obligations. Les investisseurs ne sont certes pas prêts à entendre que quelques puristes de la Fed songent à retirer le bol à punch sous peu.
  • Enfin, la pandémie demeure une source de préoccupation. Comme je l’ai mentionné dans un blogue précédent, les tragédies qui se produisent dans des pays comme l’Inde et le Brésil présentent des risques énormes pour le reste du monde. Lorsque le virus est capable de se propager aussi rapidement et largement, cela augmente les probabilités de souches mutantes, y compris celles qui peuvent être résistantes aux vaccins actuels. On a appris la semaine dernière que 41 cas de la souche double mutante de la COVID‑19 originaire de l’Inde ont été répertoriés en Israël et cette souche a infecté des personnes qui avaient été vaccinées.4 Même si on pense que les vaccins seront assez efficaces pour au moins minimiser l’impact du virus, ce n’est pas ce qu’on veut entendre.4

Les bonnes nouvelles passent inaperçues

Compte tenu de cette conjoncture « PMH », les investisseurs ont fait fi des bonnes nouvelles économiques de la semaine dernière. Or, Dieu sait qu’il y en a eu :

  • L’indice manufacturier de la région de Chicago pour avril est tout simplement phénoménal, soit 72,1 points.5 C’est le résultat le plus élevé depuis décembre 1983 et je pense que cela nous donne un avant-goût de la vigueur de la croissance manufacturière aux États-Unis dans les mois à venir, alors que la reprise économique s’accélère.
  • Le revenu des ménages américains a grimpé de 21,1 % en mars.6 Bien sûr, cette hausse survient après un mois de février décevant et semble en grande partie attribuable à l’adoption de généreuses mesures de relance, mais cela indique que les mesures de relance budgétaires vont fort probablement aider à dynamiser les dépenses des consommateurs dans les mois à venir.
  • Le prix du cuivre a franchi le cap des 10 000 $ la tonne, ce qui frôle le prix record, parce que les investisseurs anticipent une forte reprise économique mondiale, mais aussi en raison des dépenses considérables pour les projets d’infrastructures.7 Depuis mes débuts dans l’industrie, le cuivre se fait appeler « Dr Cuivre » parce qu’il a toujours été un indicateur avancé des phases d’expansion économique. À mon avis, cela annonce la possibilité d’une forte reprise économique.
  • Le FOMC a tenu sa réunion régulière la semaine dernière et a clairement indiqué que la Fed va maintenir une politique monétaire très accommodante malgré tous les progrès économiques, ainsi que les signes de hausse des prix.

Certains clients craignent même une forte correction cet été. Même si une telle correction est tout à fait possible, je ne peux m’empêcher de demander : jusqu’où le marché boursier ira-t-il avant de subir une correction potentielle? Ce que j’ai appris en plus de 25 ans à suivre les marchés, c’est que les humains n’ont aucun talent pour deviner l’orientation des marchés. À mon avis, il vaut mieux conserver ses placements et bien les diversifier afin de pouvoir surmonter toutes sortes de conjonctures, y compris l’épisode de « PMH » que nous traversons en ce moment, plutôt que d’abandonner « volontairement » les actions de peur qu’une correction ne survienne.

Perspectives

Cette semaine, de nombreuses statistiques économiques seront dévoilées à l’échelle mondiale, mais celle qui retiendra le plus l’attention sera le rapport sur l’emploi d’avril aux États-Unis. Je m’attends à une forte création d’emplois, une explosion à vrai dire. Or, cela pourrait poser un problème aux investisseurs déjà anxieux et dépendants de la politique monétaire, car un très bon rapport sur l’emploi donnerait à la Fed une raison de plus d’amorcer un retour à la normale de la politique monétaire. Je ne dirai jamais assez à quel point il est important que les investisseurs prennent du recul et évitent de s’inquiéter de ce qui se passe à court terme. Ils pourraient peut-être même prendre le temps d’admirer la forte reprise économique mondiale, propulsée par la Chine et les États-Unis, suivis de près par de nombreuses autres économies.

1 Source : FactSet Research Systems, 30 avril 2021

2 Source : Communiqué de presse d’Apple, 28 avril 2021

3 Source : Bloomberg, « Fed’s Kaplan Wants to Talk Taper, Breaks Ranks With Powell », 30 avril 2021

4 Source : Haaretz, « Indian COVID Strain Spreads in Israel, Also Among Vaccinated », 29 avril 2021

5 Source : Institute for Supply Management

6 Source : U.S. Census Bureau

7 Source : Bloomberg, L.P.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 3 mai 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.