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Kristina Hooper | 2 juin 2021

Marchés mondiaux : À surveiller en juin

Boussole hebdomadaire des marchés : Ventes au détail (Europe), emplois (É.-U.), inflation et tarifs. Quelques données que Kristina va surveiller en juin.

Le mois de mai a été long, nous avons eu beaucoup de données à digérer et de déclarations de la banque centrale à déchiffrer. Les investisseurs qui ont fait fi de l’adage boursier qui dit de « vendre en mai et s’en aller » ont été ravis de voir l’indice S&P 500 enregistrer un quatrième mois positif consécutif en mai.1 Le moment est venu de nous tourner vers juin et de suivre de près les données et événements énumérés ci-dessous :

  1. Indice PMI du secteur tertiaire et ventes au détail de la zone euro. L’Europe sort du confinement; nous allons évaluer ses progrès économiques. Il est certes encourageant de voir que l’indice Ifo, qui mesure la confiance des entreprises pour l’Allemagne, est passé de 96,6 points en avril à 99,2 points en mai, un sommet depuis mai 2019, car les entreprises allemandes sont non seulement satisfaites de leur situation actuelle, mais sont optimistes quant à l’avenir.2 En outre, les données de mobilité de Google indiquent que la zone euro évolue vers un environnement plus normal avec une augmentation de l’achalandage dans les commerces de détail et les restaurants. Cependant, nous attendons une confirmation des ventes au détail et de l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) du secteur tertiaire de la zone euro.
  2. Rapport sur l’emploi de mai aux États-Unis. Le rapport sur l’emploi d’avril était très décevant et la rumeur veut que celui de mai puisse être tout aussi désastreux. Selon les prévisions officielles, environ 600 000 emplois non agricoles pourraient être créés. Je pense que le chiffre réel sera inférieur à cela, mais pas beaucoup plus bas, parce que l’économie américaine continue de se redresser et que les Américains sont de plus en plus disposés à retourner au travail.

    Fait intéressant, la semaine dernière, la Réserve fédérale (Fed) de Dallas a publié une note de recherche affirmant que la pénurie de main-d’œuvre est déjà plus marquée que ne le pensent la plupart des économistes. Son argument est fondé sur l’idée que même s’il y a encore 8,5 millions de personnes de moins qui ont un emploi aujourd’hui qu’avant la pandémie, la Fed de Dallas s’attend à ce que moins de la moitié de ces personnes retournent au travail, mais aussi parce que beaucoup d’autres ont décidé de prendre leur retraite.3 Cependant, je pense que la majorité des chômeurs n’ont pas pris leur retraite de façon permanente et retourneront lentement au travail à mesure que les obstacles se dissiperont (les options de garde d’enfants se multiplient, les craintes pour la santé diminuent à mesure que le taux d’infection baisse, la disponibilité des transports en commun s’améliore et les prestations d’assurance-chômage bonifiées prennent fin).

    Un point important qui a été soulevé dans la note de recherche est que la croissance des salaires indique une pénurie de main-d’œuvre accrue; dans le rapport sur l’emploi d’avril, le salaire horaire moyen a augmenté considérablement, malgré la création de nombreux emplois moins bien rémunérés dans le secteur tertiaire. Voilà pourquoi nous accorderons une attention particulière à la croissance des salaires dans ce rapport sur l’emploi.
  3. Livre beige de la Réserve fédérale américaine. J’adore le livre beige de la Réserve fédérale américaine. À mon avis, il aide à mettre les données en perspective; par exemple, il nous a aidés à mieux comprendre le rapport sur l’emploi décevant d’avril. Je soupçonne que le rapport de juin va nous éclairer à la fois sur le rapport sur l’emploi de mai et sur les pressions inflationnistes, mais je suis davantage intéressée par les plans de dépenses en immobilisations des entreprises. Je m’attends à ce que les dépenses d’investissement des entreprises augmentent cette année à mesure que la réouverture va progresser et que la confiance des entreprises va s’améliorer; nous aurons peut-être quelques indices à ce sujet dans le prochain livre beige.
  4. Réunion de juin du FOMC. Au cours des dernières semaines, nous avons entendu davantage de « Fedspeak » sur la nécessité que la Fed aborde bientôt le moment où il faudra commencer à diminuer graduellement les achats d’actifs, mais le président de la Fed, Jay Powell, est réticent à la simple idée « d’aborder le sujet du retrait graduel des achats d’actifs ». Dans le procès-verbal de la dernière réunion du Federal Open Market Committee (FOMC), on peut lire ceci : « un certain nombre de membres du comité ont suggéré que si l’économie continue à progresser rapidement vers les objectifs du comité, il pourrait éventuellement être de mise, dans une prochaine réunion, de commencer à discuter d’un plan pour ajuster la cadence des achats d’actifs. » Je m’attends à ce que des lignes de faille se forment au sein du FOMC alors qu’un groupe petit, mais de plus en plus bruyant, de membres du FOMC milite pour que la diminution graduelle des achats d’actifs débute sou peu; nous verrons peut-être des signes de ce débat interne qui prend de l’ampleur dans le procès-verbal.
  5. Réunion de juin de la BCE. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, s’est montrée très accommodante ces derniers mois et a insisté sur la nécessité de renforcer les mesures de relance de l’économie dans la zone euro et a rejeté d’emblée tout débat sur la diminution graduelle des achats d’actifs à court terme. Or, comme le taux d’inflation sommaire évolue à la hausse, la BCE aura de plus en plus de difficulté à faire abstraction de la diminution graduelle des achats d’actifs.
  6. Anticipations d’inflation des consommateurs. Il existe plusieurs types d’anticipations d’inflation : les anticipations des consommateurs et des entreprises, les prévisions des économistes et les anticipations d’inflation extrapolées à partir d’instruments financiers. Les anticipations d’inflation des consommateurs n’avaient que peu d’importance jusqu’ici car elles sont relativement faibles depuis des années. Cependant, les choses ont changé ces derniers mois et les consommateurs américains semblent désormais très conscients des prix élevés. La semaine dernière, l’Université du Michigan a dévoilé son indice des attentes d’inflation des consommateurs, qui a considérablement augmenté en mai. La Fed devrait s’inquiéter si les anticipations d’inflation des consommateurs restent plus élevées, car l’une des principales justifications pour maintenir les taux bas est que « les anticipations d’inflation sont bien ancrées »; nous allons donc suivre cela de près.
  7. Tarifs. La semaine dernière, le département américain du Commerce a proposé de doubler les tarifs sur le bois d’œuvre en provenance du Canada. J’ai peut-être été trop idéaliste en présumant que l’Administration Biden ne tarderait pas à réduire les tarifs de l’Administration Trump, sachant que les tarifs ne sont qu’une autre taxe pour les consommateurs américains. Non seulement ce n’est pas ce qui s’est produit, mais le département du Commerce pense que les tarifs pourraient servir à résoudre les différends commerciaux. Je ne peux qu’espérer que le contrecoup de cette éventuelle action sera suffisamment fort dans les semaines à venir pour dissuader le Bureau du représentant américain au commerce de considérer les tarifs comme un bon moyen de régler les différends commerciaux à l’avenir.
  8. Statistiques de la COVID-19. La COVID-19 domine l’économie mondiale depuis plus d’un an. Même si de nombreux investisseurs se préoccupent désormais davantage de l’inflation que de la COVID-19, une résurgence de la pandémie demeure un risque. Les taux d’infection au coronavirus ont augmenté dans des pays tels que Taïwan et la Malaisie, qui ont jusqu’à présent fait un excellent travail pour contrôler la propagation du virus. Cela s’explique peut-être par la progression plus lente de la vaccination; nous allons suivre la situation de près, car tout pays dont la vaccination est plus lente pourrait être à risque. Alors que l’Inde parvient finalement à « aplatir la courbe » de cas de COVID-19, nous avons assisté à une situation préoccupante : certains patients qui se remettaient de la COVID ont été atteints d’une infection au « champignon noir », communément appelée mucormycose, dont le taux de mortalité est de 50 %. La semaine dernière, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a tiré la sonnette d’alarme au sujet d’une variante de la COVID-19 qui a proliféré en Inde et se propage maintenant rapidement au Royaume-Uni, malgré un taux de vaccination qui frôle les 60 %. En conséquence, le Royaume-Uni pourrait reporter ses plans de réouverture. Nous allons suivre de près les taux d’infection et de vaccination.4
  9. Conflit géopolitique. Il semble que plus le monde se déconfine, plus les crises géopolitiques sont fréquentes. Ces dernières semaines, un conflit a éclaté entre les Israéliens et les Palestiniens, tandis que le gouvernement biélorusse a forcé l’atterrissage d’un avion de Ryanair afin de procéder à l’arrestation d’un dissident. Le cessez-le-feu au Moyen-Orient dure depuis une semaine, mais il est fragile. Les dirigeants européens ont répudié la République du Bélarus, mais on ignore si d’autres mesures seront prises en guise de représailles à cette violation flagrante des lois internationales. Tout semble indiquer que les problèmes vont se multiplier, plutôt que de se raréfier, alors que les économies du monde entier poursuivent leur réouverture.

Conclusion

En bout de ligne, tout dépendra de l’impact de ces points de données et des discours sur les marchés, qui pourraient certainement contribuer à la volatilité. Il semble y avoir un malaise grandissant, alors que les investisseurs s’attendent de plus en plus à un repli massif cet été. Je n’ai pas de boule de cristal, mais une correction est toujours possible, d’autant plus que les marchés boursiers ont enregistré des gains appréciables au cours de la dernière année. Mais, à mon avis, le potentiel d’une correction cet été ne devrait rien changer pour ceux et celles qui investissent dans une perspective à long terme. Je crois qu’il faut maintenir le cap, maintenir une diversification dans toutes les catégories d’actifs, assurer une exposition adéquate aux actions et considérer les replis massifs comme de bonnes occasions d’achat.

1 Source : CNBC, « S&P 500 gains slightly to wrap up 4th straight positive month, sits less than 1% from record high », 27 mai 2021

2 Source : indice Ifo, qui mesure la confiance des entreprises, 25 mai 2021

3 Source : Réserve fédérale de Dallas, « The Labor Market May Be Tighter than the Level of Employment Suggests », 27 mai 2021

4 Source : Bloomberg News, « Fear of Variant Poses Deadly New Dilemma for Boris Johnson », 28 mai 2021

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Image d’en-tête du blogue : Leo Patrizi / Getty

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En règle générale, les cours des actions fluctuent, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

L’indice PMI (indice des gestionnaires en approvisionnement) du secteur tertiaire de la zone euro est compilé par IHS Markit à partir de données d’un sondage original recueillies auprès d’un échantillon représentatif d’environ 2 000 entreprises privées. Les données nationales sont incluses pour l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la République d’Irlande.

L’indice allemand IFO évalue la confiance des entreprises en Allemagne et mesure les attentes pour les six prochains mois. Il s’agit d’un indice composite basé sur un sondage effectué auprès des fabricants, des constructeurs, des grossistes et des détaillants. L’indice est compilé par l’Institut de recherche économique de l’ifo.

Le document Summary of Commentary on Current Economic Conditions by Federal Reserve District (le Livre beige) est publié huit fois par année. Chaque banque fédérale de réserve recueille des données anecdotiques sur les conditions économiques dans son district et le Livre beige en fait un résumé par district et par secteur.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteure au 1er juin 2021. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.